Le référendum, 20 ans après

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Daniel Johnson, chef de la campagne du «non», était de passage à Granby.

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Cynthia Laflamme
La Voix de l'Est

(Granby) Il y a vingt ans jour pour jour, le Québec votait non. La province était déchirée par le référendum. Ce fut une défaite amère pour les souverainistes et un soulagement pour les fédéralistes. Mais qu'a-t-on voté dans la région? L'historien Mario Gendron, de la Société d'histoire de la Haute-Yamaska, s'est penché sur la question.

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Bernard Landry, de la campagne du «oui».

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Dans un billet publié sur le site de la société, il dresse un portrait des MRC Haute-Yamaska, Brome-Misssisquoi et Acton à partir d'un tableau comparant par municipalité les résultats du «oui» du premier référendum, en 1980, et du deuxième, en 1995.

Dans les extrêmes du tableau, on remarque que Saint-Alphonse-de-Granby a voté à 64,1% en faveur de la séparation du Québec en 1995, tandis que 92% des électeurs de Brome ont rejeté la proposition gouvernementale. Les chiffres varient d'une municipalité à l'autre. Par exemple, 14 municipalités enregistrent un résultat favorable supérieur à celui de la scène nationale.

Par MRC, Haute-Yamaska et Acton étaient en faveur de la proposition du Parti québécois à 53%, tandis que Brome-Missisquoi ne voulait l'indépendance qu'à 38,6%. Le camp du «oui» a d'ailleurs considérablement progressé entre 1980 et 1995.

Dans Haute-Yamaska, le «non» l'emporte uniquement à Warden, Waterloo et Saint-Joachim, où les anglophones sont plus présents. Dans Acton, seuls Béthanie, Roxton Falls et Upton votent contre la séparation du Québec. Et dans Brome-Missisquoi, sept électeurs sur dix rejettent la proposition du PQ dans Stanbridge, Philipsburg, Saint-Armand, Knowlton, Brome, Abercorn et Sutton, ville et canton.

Analyse

«En tant qu'historien, ce que je trouve intéressant c'est la corrélation entre les résultats et la trame historique de la région», souligne d'abord M. Gendron. Plusieurs municipalités se retrouvent dans la région des cantons, où les Britanniques se sont installés. Peu de francophones ont colonisé ces municipalités. Par exemple, il a fallu attendre les années 1970 pour que les francophones soient majoritaires dans le canton de Brome. D'un autre côté, il y a ces municipalités qui faisaient partie des seigneuries françaises où peu d'anglophones habitent.»

«C'est sûr qu'il y a des fédéralistes et des souverainistes chez les francophones, note-t-il. Il semble qu'il y a une tendance qui voudrait que le vote soit plus favorable au "oui" quand on est dans un endroit où la langue parlée à la maison, selon des données du recensement de 1991, est très française plutôt qu'anglaise. Mais j'ai remarqué aussi que, dans un endroit comme Warden, où il y a seulement 16 à 20% des gens qui parlent anglais à la maison, ça a voté massivement pour le "non". L'hypothèse que j'émets est que les francophones vivant depuis longtemps dans des territoires plus anglophones finissent par mieux connaître leurs voisins et leurs inquiétudes. Ces gens-là finissent par adopter le point de vue des autres. Peut-être que ça joue de l'autre côté, mais c'est dur à savoir qui a voté quoi pour faire des recoupements directs.»

Traumatisme

Quelques semaines avant le jour du vote, en 1995, on donnait le «non» vainqueur. Puis, la situation a changé du tout au tout. Le «oui» était majoritaire à un peu plus de 50% dans les sondages. «Après ça, il y a eu le pseudo Love-In de Montréal, où le Canada anglais s'est mobilisé. Ils sont tous descendus dans le centre-ville de Montréal pour nous dire qu'ils nous aimaient», se souvient l'historien.

La tentative de séduction a plutôt eu l'effet inverse. «Même des fédéralistes ont changé d'idée. On a vu ça comme un affront terrible. Comme quelque chose d'insultant de voir les anglophones débarquer alors que les Québécois se sentaient maltraités dans le Canada. Ils trouvaient ça hypocrite qu'à la dernière minute ils se mettent à nous aimer.»

Pour l'avoir vécu, M. Gendron se souvient des émotions que ce référendum a soulevées. «Je peux vous dire d'un point de vue personnel, que trois ou quatre jours avant le référendum, quand les journaux du monde entier ont commencé à envoyer des émissaires et des caméramans au Québec, c'est là qu'on a réalisé un peu plus ce qui se passait. C'était terriblement stressant. On se retrouvait dans un climat à la limite traumatisant. Il n'y a personne, parmi ceux qui ont vécu ça intimement par intérêt, qui est sorti indemne, d'un côté comme de l'autre.»

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