Grève dans le milieu de l'éducation : sons de cloche divergents

Des dizaines de membres du personnel non enseignant... (photo Alain Dion)

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Des dizaines de membres du personnel non enseignant se sont relayés dans le cadre du mouvement de grève, mercredi, devant le CRIF et l'école Joseph-Hermas-Leclerc à Granby.

photo Alain Dion

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Jean-François Guillet
La Voix de l'Est

(Granby) Alors que les grévistes du réseau de la santé semblent avoir la sympathie de la population, les appuis à ceux qui oeuvrent en éducation sont plus partagés, a constaté La Voix de l'Est.

«Les professeurs et les gens qui travaillent dans les écoles devraient s'asseoir un peu pour évaluer leur situation. Je crois qu'ils se plaignent le ventre plein», a lancé le Granbyen Jacques Trudeau, interpellé par le journal près de l'école Joseph-Hermas-Leclerc où des dizaines de grévistes brandissaient leurs pancartes dans un tintamarre continuel. «La plupart ont des mois de vacances et de bons salaires. Je ne crois pas que leur mouvement de grève soit justifié, contrairement à ceux qui sont dans le réseau de la santé.»

Un avis partagé par Johanne Valcourt, une résidante d'Acton Vale. «Dans un contexte de compression budgétaire, il faut revoir nos priorités. L'éducation, c'est important, mais je crois qu'il y a des gens pas mal plus en difficulté que les professeurs et les autres personnes autour d'eux. Et les parents dans tout ça? Ils sont au pied du mur et doivent manquer du travail pour rester à la maison pendant qu'eux manifestent. Ça n'a pas de sens!», a-t-elle déploré.

À l'opposé, d'autres endossent le mouvement contestataire sans hésiter. C'est le cas de Brigitte Pétrin. «Les professeurs font un travail admirable dans des conditions misérables. Même chose pour ceux qui travaillent dans le réseau de la santé. Comme citoyenne, je ne peux pas les laisser tomber. Ce sont les services à la population et à nos enfants qui en dépendent. Tout ce que j'espère, c'est que le gouvernement aura la décence de s'ouvrir les yeux avant qu'il soit trop tard!», a lancé la mère de famille de Bromont.

 Le Granbyen Gaston Boudrias tient des propos similaires. «Manifester, c'est le seul moyen que les gens ont pour se faire entendre. Les désagréments des citoyens à cause de la grève sont minimes en comparaison avec ce qui se passe dans les écoles et dans les hôpitaux. Les médecins ont eu leur part du gâteau. Le gouvernement doit être équitable avec tout le monde», a-t-il indiqué.

Les enfants d'abord

Les éducatrices spécialisées Lucie Thibault et Nathalie Dubuc étaient du nombre des grévistes, mercredi. Selon elles, la population est «très sensible» au message véhiculé par les membres du Front commun intersyndical.

«On est conscients que pour certains parents, ça ne doit pas être évident de gérer leur horaire avec la grève. Certains nous font des gros yeux. D'autres nous appuient. Mais la majorité est consciente que nos conditions de travail sont loin d'être faciles. On doit gérer plein d'enfants en difficulté. On nous en demande toujours plus. Ce n'est pas pour rien qu'il y a autant de gens [en éducation] qui sont en arrêt de travail», a fait valoir Mme Dubuc.

«La grève ne fait pas l'unanimité, même auprès de nos proches, a renchéri sa collègue. Dans nos demandes, on parle d'avoir un meilleur salaire. Mais la grève, on la fait pour les enfants d'abord. Et une meilleure éducation passe par de meilleures conditions de travail.»

Les deux femmes estiment néanmoins qu'elles devront poursuivre cette grève tournante jusqu'en décembre. «C'est évident que le gouvernement veut nous pousser à la limite dans les négociations, a mentionné Mme Dubuc. Mais on est prêtes à aller jusqu'au bout.»

«Je me sens pris en otage»

Simon St-Cyr, un étudiant du Centre régional intégré de formation (CRIF), en a «ras le bol» du mouvement de grève amorcé il y a quelques jours. Selon lui, les dommages collatéraux seront majeurs si l'impasse persiste dans les négociations entre Québec et les syndiqués de la fonction publique.

Simon St-Cyr est travailleur autonome dans le domaine de l'électronique. À 24 ans, il fait un retour sur les bancs d'école pour accroître son bagage de connaissances. En entrant au CRIF, il croyait être à l'abri d'un débrayage. Or, il n'en est rien, a constaté celui qui se sent lésé. «Depuis le début de la grève, on a perdu 18 heures de cours. L'équivalent de six heures par jour. C'est majeur. Et ce n'est que le début. Moi, je suis là pour apprendre, pas pour rester assis à la maison. Je me sens pris en otage dans tout ça!», a-t-il clamé en entrevue.

Selon le jeune homme, des mois d'étude sont compromis. «Chaque fois que les profs manifestent, l'école est fermée et il y a beaucoup de matière qu'on ne peut pas voir. Je ne leur en veux pas. Ils sont aussi mal pris que moi là-dedans. Mais la réalité, c'est que dans quelques jours, on va avoir un examen important. La note de passage pour le cours est 80 %. J'ai bien peur de ce que ça va donner parce qu'on n'aura pas toutes les connaissances pour répondre aux questions.»

Simon St-Cyr est d'avis qu'il est grand temps que les deux parties trouvent un terrain d'entente. «Si les trois quarts des étudiants échouent, pensons à tout ce que ça signifie. Il va falloir faire des reprises [de cours]. Ça va retarder plusieurs personnes pour entrer sur le marché du travail. Il n'y a personne qui est gagnant là-dedans.»

  

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