Déçue par le système québécois

Brigitte Beaudoin aimerait que le traitement de chimioembolisation... (Catherine Trudeau, La Voix de l'Est)

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Brigitte Beaudoin aimerait que le traitement de chimioembolisation soit offert au Québec, peu importe le degré de progression du cancer et sa nature.

Catherine Trudeau, La Voix de l'Est

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Cynthia Laflamme
La Voix de l'Est

(Roxton Falls) Si elle n'avait pas eu la rage et l'espoir de vivre et qu'elle n'avait pas fait trois voyages en Allemagne pour être guérie du cancer du pancréas, Brigitte Beaudoin serait aujourd'hui six pieds sous terre. Et c'est elle-même qui le dit.

Aujourd'hui, la résidante de Roxton Falls dit bien se porter. Elle a reçu récemment son dernier traitement en Allemagne - du moins l'espère-t-elle. Et elle n'a pas du tout apprécié les propos du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, au sujet du Dr Thomas Vogl, ce médecin allemand accusé de faire le «commerce de l'espoir».

«Ça me fâche. Ça me déçoit du système québécois, dit-elle en entrevue. Tout ce qu'on se fait dire, c'est qu'il n'y a plus rien à faire, d'aller arranger nos papiers. Si ça lui arrivait (au ministre Barrette), je suis sûre qu'il se servirait d'autres moyens pour pouvoir vivre et ne pas attendre après la mort. En tout cas, pour moi, c'est impossible d'attendre après la mort. Il y a deux ou trois médecins qui ont essayé de me décourager, qui m'ont dit que je me faisais avoir. J'y suis allée et je ne le regrette pas parce que je suis encore là.»

Au printemps dernier, on lui annonçait que sa maladie ne pouvait être soignée. On lui a suggéré de profiter de son été, disant que ce serait son dernier. On lui donnait alors trois mois à vivre. Et sa qualité de vie s'est nettement dégradée.

Elle a alors pris connaissance de l'expérience de Marc-André Michaud, qui s'est fait soigner en Allemagne, à l'hôpital universitaire de Francfort. Et elle a décidé d'emprunter la même voie.

Un comité pour parler au Dr Barrette

Depuis qu'elle s'est confiée dans les pages de La Voix de l'Est, en juillet, Brigitte Beaudoin a reçu plusieurs appels et courriels de personnes atteintes du cancer, pour qui le système de santé du Québec ne peut plus rien. Plusieurs Québécois, comme elle, ont fait le voyage. Elle raconte qu'ils étaient cinq dans la même salle, un matin.

 «Il y a une dame de Magog qui a le cancer du foie. Les médecins disent avoir la chimioembolisation pour le foie au Québec, mais ils ne la lui ont pas offerte. Ils disent la donner quand t'es en soins palliatifs, soutient Mme Beaudoin. J'en connais beaucoup qui aimeraient avoir le traitement, mais c'est comme ça que ça leur a été expliqué.»

C'est justement avec cette patiente de Magog qu'elle veut former un comité pour parler au ministre de la Santé. Elles veulent qu'on leur explique pourquoi la chimioembolisation est réservée aux malades en soins palliatifs, plutôt qu'à ceux qui sont au début de maladie. Elles veulent que le traitement offert en Allemagne soit importé au Québec. Et elles veulent que l'assurance maladie leur rembourse le traitement.

Mission: vivre

Quand La Voix de l'Est l'a rencontrée, la dame était en forme. Le 2 octobre, elle revenait de son dernier traitement. Après deux voyages pour recevoir quatre traitements de chimioembolisation, qui permet de traiter une région spécifique du corps, elle est retournée là-bas pour un traitement au laser pour brûler la masse. Il lui reste un peu plus de deux mois de chimiothérapie (par comprimé) à suivre. Les résultats d'un scan seront ensuite envoyés au Dr Vogl qui évaluera la situation.

L'oncologue lui prédit plusieurs autres belles années à vivre auprès des siens. «Si j'ai dix ans, j'aurai dix ans! lance-t-elle. C'est beaucoup à comparer à trois mois. Je vais pouvoir faire plein de choses avec ma famille...»

«Avant, je détestais le mot espoir parce que j'étais tannée d'espérer. Ça n'a pas été facile dans mes autres épreuves et j'étais tannée de vivre d'espoir. Mais quand t'as une maladie et que tu penses mourir, t'en veux de l'espoir, ajoute-t-elle, la gorge nouée. Maintenant je vais toujours espérer vivre. S'il faut que je retourne en Allemagne dans six mois, deux ans, dix ans, je vais y aller. Mais j'aimerais tellement que ça se fasse au Québec, qu'on n'ait pas besoin de laisser nos familles, nos maisons, notre vie, notre lit douillet.»

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