Excursion au coeur des algues bleues

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Peter Isles, candidat au PhD à la Rubenstein School of Environment and Natural Resources, et Yaoyang Xu, postdoctorant à la Rubenstein School, ont rassemblé une quantité considérable de données sur la vie des cellules des cyanobactéries.

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Joel Baird, Burlington Free Press
La Voix de l'Est

(HIGHGATE SPRINGS) «Quand ça pourrit, ça sent vraiment mauvais», affirme Jim Tinker. Pêcheur passionné, M. Tinker ne parlait pas d'une carcasse de poisson. Le résident de Highgate Springs faisait plutôt allusion à la masse d'algues bleu-vert, lesquelles se collent à la rampe de mise à l'eau de Rock River, lors de leur déplacement vers la baie Missisquoi.

Les cyanobactéries, aussi appelées les algues bleu-vert, sont des visiteurs fréquents, quoique sporadiques, comme un grand nombre de défenseurs du lac Champlain vous le diront. Est-ce que cela nuit à la pêche? Pas vraiment aux dires de M. Tinker.

Algues ou non, il navigue sur les eaux chaudes et peu profondes du lac Champlain depuis les 20 dernières années. Il suit les directives de sécurité affichées par le Département de la Santé américain sur la rampe de mise à l'eau: éviter le contact avec l'écume colorée. Garder les enfants et les animaux domestiques hors de l'eau si elle semble de qualité douteuse.

M. Tinker sait que certains types de cyanobactéries, de temps à autre, vont libérer des toxines qui peuvent irriter la peau, provoquer des maux d'estomac et, dans de très rares cas, causer des maladies graves ou la mort. Des précautions relevant du bon sens sont donc nécessaires selon M. Tinker.

Cependant, il a remarqué une tendance déconcertante: «Il ne fait aucun doute que la quantité d'algues a définitivement augmenté au cours des dernières cinq, six et sept dernières années.» À quel point a-t-elle empiré? L'arrivée d'un autre bateau à la rampe de mise à l'eau, 10 minutes après que M. Tinker ait disparu en aval, allait peut-être nous fournir une réponse.

Les deux jeunes chercheurs de l'Université du Vermont (UVM) qui ont déchargé l'embarcation pneumatique orange vif n'avaient pas de matériel de pêche. Ils sont partis avec à leur bord leurs pochettes étanches et leurs planchettes à pince, vers le centre de la baie, près de la frontière canadienne.

La baie a environ trois mètres de profondeur à cet endroit, alors qu'elle peut atteindre plus de 100 mètres à d'autres. Cette différence de profondeur affecte la rapidité à laquelle l'étendue d'eau se réchauffe, et celle à laquelle elle apporte les éléments nutritifs aux organismes qui y vivent.

Peter Isles, candidat au PhD à la Rubenstein School of Environment and Natural Resources, explique que sa routine hebdomadaire estivale consiste à lancer une bouée chargée d'appareils de mesure. Accompagné de Yaoyang Xu, postdoctorant à la Rubenstein School, Isles a rassemblé une quantité considérable de données sur la vie des cellules des cyanobactéries.

Par exemple, qu'est-ce qui amène les colonies à prospérer et à dépérir? Pourquoi et à quel moment certaines cellules ne créent pas de cyanotoxines? De quelle manière les cyanobactéries sont-elles liées à d'autres espèces aquatiques?

Le travail de Isles et de Xu - ainsi que celui de douzaines de scientifiques du monde entier - est plus qu'académique: le réchauffement climatique produit des cyanobactéries en raison des saisons de croissance plus longues et de plus grandes opportunités pour la production de toxines.

En effet, le projet de l'équipe de l'UVM fait partie de l'initiative de l'Adaptation to Climate Change in the Lake Champlain Basin, financée par le Program to Stimulate Competitive Research (EPSCoR) du Vermont.

Vers la bouée

En route vers la bouée ancrée, le bateau orange se fraie difficilement un passage à travers plusieurs arpents de fleurs d'eau de cyanobactéries. L'eau est successivement apparue comme un nuage vert olive, puis comme une avalanche de stries vertes, et, pour terminer, en une apparence d'un terrain jonché de cailloux et de grosses pépites.

Parfois, il était difficile de distinguer les fleurs d'eau des reflets des nuages. Certains équipements étaient légèrement graisseux.

Une autre sorte de fleurs d'eau, large, huileuse et d'un reflet bleu-vert, a attiré l'attention des chercheurs. Ils ont atteint la bouée, laquelle servait quelques minutes plus tôt de perchoir pour les goélands. Isles et Xu se sont alors mis au travail.

Ils ont remplacé une batterie. Puis, ils ont repêché un capteur qui, chaque semaine, a été abaissé par palier d'un demi-mètre de profondeur, afin de recueillir un échantillonnage servant à mesurer les conditions de vie des cyanobactéries. Pendant que Isles récupérait les échantillons d'eau d'une semaine à partir d'un dispositif de type carrousel, Xu recueillait l'eau canalisée de la journée dans des bocaux pour les mettre ensuite sur la glace.

Ils ont manié des ordinateurs portables et des pinces multiprises. Isles a dégagé l'anémomètre des toiles d'araignée.

Le vent est faible dans cette partie de la région, ce qui constitue une condition idéale pour la formation d'éclosion de fleurs d'eau en surface. Les chercheurs ont finalement emballé leur équipement et ont largué les amarres.

Leurs données amassées sur le terrain seront jointes à des décennies d'études antérieures; à des idées nouvellement recueillies par les scientifiques du monde entier; à de nouvelles perspectives offertes par les satellites et même les drones, rapporte Isles.

Plus à l'ouest, l'équipe s'est approchée du delta de la rivière Missisquoi, où l'eau s'est appréciablement éclaircie. Les milieux humides sont, comme l'explique Isles, un filtre naturel pour les excès de nutriments.

Nuisance attrayante

Vers midi, l'équipe de l'UVM est revenue à River Rock. Le sillage du bateau formait une vague qui ressemblait à une purée de pois. Au loin, des jeunes à bord d'une embarcation de plaisance s'amusent à se faire glisser sur l'eau, à l'arrière du bateau, sur une chambre à air - la plupart des experts s'entendent pour dire qu'il s'agit d'un acte d'imprudence, en raison de la possibilité d'exposition aux toxines.

Soudain, apparaît à tribord une traînée blanche et verte à la surface de l'eau, de plusieurs mètres de long et de plusieurs mètres de large. Pendant quelques minutes, personne ne parlait. Xu se penche avec un sceau au-dessus de l'eau afin de recueillir des échantillons de l'écume mousseuse et crémeuse.

Plus tard, au laboratoire, Isles explique que le vent et les courants étaient favorables à une éclosion concentrée de cyanobactéries. La colonie était devenue surpeuplée; l'accès à la nourriture et à la lumière avait diminué. Lorsqu'ils meurent, les organismes se décomposent, laissant un mucilage blanchi au pigment bleu-vert - un élixir qui pourrait éventuellement nous empoisonner.

Quels sont les risques? Isles a affirmé qu'il en saurait plus, juste un peu plus, lorsqu'il finirait d'analyser l'eau qu'il avait recueillie quelques jours plus tôt.

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