Les producteurs laitiers dans la rue

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Des centaines de producteurs laitiers se sont mobilisés, mercredi matin, pour demander un resserrement aux douanes.

Janick Marois, La Voix de l'Est

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Cynthia Laflamme
La Voix de l'Est

(St-Armand) La mobilisation de quelques centaines de producteurs laitiers a démontré une fois de plus leur inquiétude face à leur avenir. Mercredi matin, ils ont circulé sur la route 133 de Pike River jusqu'à la douane, à Saint-Armand, en voitures et en tracteurs. La file d'une centaine de véhicules agricoles était imposante, bloquant du même coup la circulation. Ils étaient là pour demander un resserrement aux douanes afin que cesse l'entrée de protéines laitières au Québec.

«Il y a des protéines laitières qui entrent à pleines portes présentement, déguisées sous toutes sortes de noms, et on veut que le gouvernement fasse en sorte de respecter le contingent laitier, explique Charles Benoit, un producteur de Saint-Armand. Les Américains transforment légèrement les protéines laitières et ils leur donnent un autre nom. Essentiellement, c'est un jeu administratif.»

Les producteurs de lait des États-Unis séparent leur lait pour en faire de la crème ou d'autres produits, ajoute-t-il. Ce qu'il reste est une concentration de protéines laitières que les producteurs de fromage et de yogourt au Québec utilisent. Les producteurs canadiens en font aussi, mais comme leurs voisins ont de forts surplus, ils vendent à faible prix. Les transformateurs d'ici, à la recherche du meilleur prix, préfèrent alors importer cette concentration, au détriment des producteurs locaux. La productrice de Saint-Paul-d'Abbotsford Chantal Clément réclame que les transformateurs prennent 100% de leur lait.

Les producteurs interrogés par La Voix de l'Est sont unanimes. Les conséquences se font durement sentir depuis quelques mois. «On est tous bien enragés, commente M. Benoit. Ça fait deux, trois mois qu'on a des baisses de revenus importantes parce qu'on a ce problème de gestion de protéines laitières. C'est sûr que ça nous crée un important problème. Ça fait plus longtemps encore que ça dur, mais c'est une crise qui a frappé dans nos revenus et qui nous a tous réveillés en même temps qu'il y avait les négociations sur le PTP (Partenariat transpacifique).»

Même le ministre de l'Agriculture du Québec et député de Brome-Missisquoi, Pierre Paradis, a fermé son bureau de comté pour participer à la manifestation. Selon lui, depuis le début de l'année, une ferme moyenne de 60 vaches en lactation perd 1000$ par semaine sur son chèque de paie. «Pour celui qui a un certain niveau d'endettement, ça devient difficile à gérer. Pour celui qui vient de s'endetter, qui fait partie de la relève, c'est totalement ingérable et on ne voit pas la possibilité de faire mieux à l'avenir.»

La balle dans le camp du fédéral

«Avec l'entente de principe du PTP qui a été conclue, on nous annonce encore un accès à nos marchés. Si nos frontières ne sont pas étanches, on est excessivement inquiets de ce qui peut se produire. Et aujourd'hui, les producteurs sont venus le démontrer. On en a plus qu'assez et on veut que ça se règle, clame Yvon Boucher, président des Producteurs de lait de la Montérégie-Est. On est en élection fédérale et je pense qu'il y a une bonne opportunité de régler ce problème-là avant la date du 19 octobre.»

Le problème en est un essentiellement fédéral, puisque les frontières sont régies par ce palier gouvernemental, de même que les normes en matière d'agriculture.

En plus du fait que les États-Unis permettent l'injection d'hormones de croissance pour les vaches, ce qui est interdit ici par Santé Canada, deux autres éléments posent problème selon Pierre Paradis: «Un manque de définition claire de ce qui est permis en vertu des ententes qui existent déjà et un manque d'effectif. Les douaniers ont manifesté la semaine dernière à Dorval. Le premier élément invoqué par le président du syndicat des douaniers, Jean-Pierre Fortin, c'était qu'il manquait d'effectif pour appliquer correctement la règlementation.»

Selon lui, la solution passe à la fois par l'amélioration du contrôle douanier, la réciprocité des normes et une juste indemnisation aux producteurs amputés de leur revenu, en tenant compte des particularités des fermes familiales québécoises.

La manifestation s'est déroulée dans le calme tout l'avant-midi. Après avoir bloqué la circulation vers les États-Unis, les tracteurs se sont stationnés dans l'autre direction, sur l'accotement, la voie de droite et quelques terrains, ce qui a pu ralentir quelque peu l'entrée au Québec.

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