Le lac Champlain sous pression

Le lac Champlain est un plan d'eau unique.... (Janick Marois, La Voix de l'Est)

Agrandir

Le lac Champlain est un plan d'eau unique. Une province, deux États et deux pays se le partagent. Son eau sert de source d'eau potable aux citoyens de 34 municipalités. Mais des dangers le guettent. Des efforts sont faits pour corriger les problèmes, mais la patience reste de mise.

Janick Marois, La Voix de l'Est

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Michel Laliberté
La Voix de l'Est

(Venise-en-Québec) Le lac Champlain est un plan d'eau unique. Une province, deux États et deux pays se le partagent. Il est le terrain de jeu d'amateurs de voile, de canot, de kayak, de bateaux à moteur et de pêcheurs. Son eau sert de source d'eau potable aux citoyens de 34 municipalités. Mais des dangers le guettent. En particulier la pollution agricole provenant des rivières qui s'y jettent. Des efforts sont faits pour corriger les problèmes, mais la patience reste de mise.

Jacques Landry habite un bout de paradis. La belle maison qu'il partage avec sa conjointe est située à quelques dizaines de mètres des rives de la baie de Venise. Il ne changerait pour rien au monde le spectacle que leur offre quotidiennement le lac Champlain. «Comment ne pas être heureux ici», demande le maire de Venise-en-Québec.

Mais tout n'est pas rose, reconnaît-il. Le majestueux lac, terrain de jeu de milliers de vacanciers au Québec, au Vermont et dans l'État de New York, perd de son lustre, constate-t-il. Des problèmes nuisent à la qualité de son eau. Au sommet de ces nuisances trône la pollution agricole.

À la fin du mois d'août, alors que le sud du Québec vivait sous la canicule, la baie de Venise a connu quelques éclosions d'algues bleues. «Les petits enfants de ma conjointe devaient venir chez nous pour qu'on passe la journée tous ensemble. Le matin, je leur ai dit de ne pas venir; c'était de la soupe aux pois. C'était laid.»

M. Landry attribue le problème au phosphore, de source agricole. Il cite la rivière aux Brochets, qui entre dans le lac non loin de sa municipalité. Il est temps, soutient-il, de mettre un terme à cette pollution.

Agriculture = pollution... c'est un vieux débat, convient Richard Lauzier. L'équation n'en demeure pas moins vraie, indique l'agronome à la retraite du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation. «Les recherches sont unanimes pour dire que l'apport de l'agriculture est très important. On parle d'à peu près 70 % desnutriments agricoles qui se retrouvent dans le réseau des cours d'eau du bassin versant.»

Cette pollution est causée par des pratiques agricoles dépassées, dit-il. Cela inclut un recours exagéré aux engrais chimiques, un labourage excessif des terres, trop de production de maïs et de soya et des bandes riveraines trop étroites ou carrément inexistantes. Une exploitation intense fait que les sols deviennent étanches, ce qui provoque leur lavement lors de fortes pluies et cause l'érosion des berges. «Et tout ça est chargé de phosphore», indique M. Lauzier.

Culture intense

Ces pratiques agricoles ont cours depuis plus d'un siècle au Vermont et au Québec, souligne William Howland, directeur du Lake Champlain Basin Program (LCBP). «On cultive à grande échelle jusqu'au bout des terres, jusqu'aux berges des rivières et des ruisseaux. Tout ça favorise le ruissellement des terres, pleines de nutriments. Tout ça se ramasse dans les cours d'eau.»

Depuis 1990, le Lake Champlain Basin Program, le pendant américain des organismes de bassin versant au Québec, cumule des données sur la santé du lac Champlain. Des échantillons d'eau des 18 principaux tributaires de son bassin versant - dont les rivières aux Brochets et Missisquoi au Québec - sont analysés plusieurs fois par année. En 2012, estiment les analystes de l'organisme, ces rivières ont transporté 757 tonnes métriques de phosphore dans le lac Champlain.

C'est sans compter tout le phosphore qui se trouve déjà dans le lac Champlain, fait remarquer M. Howland. Des 13 secteurs du plan d'eau qui font l'objet d'un suivi scientifique, seulement trois affichaient en 2014 des taux acceptables : Burlington Bay, Shelburne Bay et Cumberland Bay. Le problème demeure entier, souligne-t-il.

Les bilans de quelques rivières s'améliorent, note M. Howland. La charge en phosphore de la rivière Otter dans le sud du lac Champlain a été réduite de 32 tonnes métriques (tm) en 2012. Celle de la rivière Missisquoi au Québec a baissé de 9,4 tm, tandis que 9,2 tm ont été retranchées de la rivière Winooski, au nord de Burlington.

Ces légers progrès compensent quelques reculs enregistrés dans d'autres tributaires du lac Champlain, notamment les rivières Saranac, dans l'État de New York (hausse de 5,7 tm), Lamoille au Vermont (hausse de 4,7 tm) et aux Brochets (hausse de 0,6 tm).

Les activités agricoles ne sont pas les seules responsables des charges de phosphore de ces rivières, indique M. Howland. Les toits, stationnements, rues et routes, les rejets des usines municipales d'épuration des eaux usées y contribuent aussi. Mais dans une moindre proportion que l'agriculture, précise-t-il. «C'est marginal lorsqu'on compare ça à l'agriculture», dit-il.

Faire mieux

L'amélioration de l'état du lac Champlain passe par de meilleures pratiques agricoles, soutient M. Howland. «C'est possible. Je sais que c'est possible avec un changement dans les pratiques agricoles et un changement dans la façon que l'agriculture se fait en dépendant moins de la culture du maïs surtout dans les basses terres et près des rivières et ruisseaux. Si la culture du maïs pouvait être remplacée par un autre type d'agriculture qui ne perturbe pas le sol et qui ne requiert pas de fumier, ce serait un très grand pas dans la bonne direction. En plus, certaines basses terres agricoles, près des cours d'eau, qui sont inondées chaque année ne devraient pas être cultivées. Elles doivent devenir des basses terres boisées au lieu de champs de maïs labourés. Nous devons faire ce changement ou nous allons continuer de voir la qualité de l'eau se dégrader.»

Le temps est aux actions concrètes, pense Christina Baertschi, copropriétaire du camping Kirkland à Venise-en-Québec. Les épisodes d'algues bleues nuisent à la réputation du lac comme destination de vacances. Les affaires en souffrent, dit-elle.

Entre 2012 et 2014, 25 fermetures de plages du lac Champlain ont été ordonnées pour cause d'épisodes d'algues bleues, selon les données du LCBP.

«C'est sûr que l'impact est là. Les réservations rentrent en moins grand nombre. Je ne peux pas dire que ça nous a affectés cette année. On a déjà eu des années que ça nous a touchés plus. Mais il faut faire quelque chose parce que les gens ne viendront plus si ça continue comme ça», craint Mme Baertschi.

S'il faut considérer les difficultés économiques des agriculteurs, souligne William Howland, il faut en faire de même avec les commerces liés au tourisme, insiste-t-il. Dans ce cas, fait-il remarquer, le lien de causalité entre la pollution agricole et les difficultés de commerçants est direct. «Si vous avez une ferme qui encaisse de l'argent en polluant et qu'à l'autre bout vous avez un hôtel qui est en faillite parce que le lac est pollué et que les plages sont fermées, dans les faits cet agriculteur est en train de voler cet hôtel», affirme-t-il.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer