Gilles Duceppe fait de l'oeil à Granby

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En entrevue, Gilles Duceppe n'a pas hésité à décocher une flèche aux deux députés néo-démocrates sortants de la région, les qualifiant de «fantômes».

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Jean-François Guillet
La Voix de l'Est

(Granby) Alors que s'amorce la dernière ligne droite avant le scrutin, le chef du Bloc québécois a fait un arrêt à Granby, mardi. Au cours de son allocution dans le bureau de circonscription de Shefford, Gilles Duceppe s'est entre autres engagé à proposer un amendement à la loi électorale limitant à 49 jours la durée d'une future campagne. Le dépôt d'un projet de loi pour «éviter l'usage abusif des questions de confiance» est aussi dans les cartons.

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Gilles Duceppe a fait une brève allocution, mardi, dans les locaux du candidat local dans Shefford, Jocelyn Beaudoin (droite). Son homologue dans Brome-Missisquoi, Patrick Melchior, était également aux côtés du chef bloquiste.

Alain Dion, La Voix de l'Est

«On est au 73e jour de cette campagne. On aura eu le temps de faire deux campagnes complètes. Pour les contribuables, c'est clairement excessif. Stephen Harper a pris une décision qui va coûter au moins 100 M$», a indiqué d'entrée de jeu Gilles Duceppe devant des dizaines de militants, invitant les électeurs «à se le rappeler et à lui en faire payer le prix politique».

Question d'éviter les «marathons électoraux», le chef bloquiste veut faire en sorte que les campagnes n'excèdent pas 49 jours. M. Duceppe souhaite aussi réduire le plafond des dépenses des partis admissibles à un remboursement. «Nous pourrons ainsi économiser des millions de dollars d'argent public», a-t-il mentionné, conviant ses homologues à emboîter le pas.

«Psychodrames»

Selon le chef du Bloc québécois, le prochain gouvernement sera minoritaire. Pour empêcher que les électeurs soient conviés aux urnes à courte échéance après le 19 octobre, M. Duceppe compte «améliorer le processus démocratique» à la Chambre des communes. Pour ce faire, le politicien veut que la notion du «vote de confiance» soit mieux balisée. «Je veux que ce soit le Parlement qui décide si tel ou tel vote remet en cause la confiance envers le gouvernement. Si le gouvernement n'obtient pas l'appui de la majorité des députés, son projet de loi sera défait sans qu'il soit renversé. À moins bien sûr que la Chambre en décide autrement.»

À ce propos, M. Duceppe souhaite déposer un projet de loi pour «éviter les psychodrames périodiques des élections précipitées». «Nous utiliserons la balance du pouvoir pour faire avancer les intérêts du Québec tout en demeurant responsables», a-t-il mentionné. 

Effet boomerang

En point de presse, le chef bloquiste a été mis au fait des propos tenus plus tôt par le chef libéral, Justin Trudeau, qui voterait contre un gouvernement piloté par Stephen Harper à la première occasion. M. Duceppe a donc concédé qu'un gouvernement minoritaire conservateur serait rapidement renversé.

«[M. Trudeau] a dit qu'il n'appuiera pas M. Harper pour former un gouvernement, si ce dernier est minoritaire. M. Mulcair a dit la même chose et moi aussi. C'est clair que M. Harper ne sera pas premier ministre même s'il finissait premier dans le cadre d'un gouvernement minoritaire», a-t-il fait valoir Gilles Duceppe en dépit de l'annonce qu'il venait de faire quelques minutes auparavant.

Duceppe écorche les députés sortants du  NPD

La Voix de l'Est a profité du passage à Granby mardi du chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, pour s'entretenir avec lui du déroulement de sa campagne ainsi que d'importants enjeux pour les électeurs de la région.

Le premier thème abordé en entrevue avec le chevronné politicien est le Partenariat transpacifique (PTP). Selon Gilles Duceppe, de façon globale, le Québec ne sort pas gagnant de cette entente dans sa mouture actuelle. «Harper a dans son cadre financier un milliard pour [l'industrie] automobile, en Ontario exclusivement. Donc, pas un sou pour le Québec. Ça n'a pas de sens parce qu'on fabrique des pièces ici, a-t-il déploré. L'auto électrique est plus développée au Québec qu'ailleurs et on a aussi une spécialisation dans les autobus, avec Prévost et Novabus.»

M. Duceppe est aussi d'avis que les producteurs de la région ont raison d'être inquiets de la brèche ouverte par le PTP dans le système de gestion de l'offre. «[Stephen Harper] avait promis 2,4 milliards sur 10 ans aux producteurs de lait. Or, dans le cadre qu'il présente, c'est 155 millions sur trois ans, alors que ça devrait être 240 millions par année. Donc, les compensations promises ne sont pas au rendez-vous. Pas plus que les 300 millions pour indemniser les producteurs de fromage en vertu de l'entente avec l'Union européenne. Au Bloc, on va être vigilants pour s'assurer que les promesses soient tenues.»

Un Québec souverain aurait-il fait davantage de gains dans le cadre du PTP? M. Duceppe croit que oui. «Je pense qu'on exigerait des subventions bien plus généreuses que celles que reçoivent les fermiers européens, japonais et américains, a-t-il soutenu. Deuxièmement, on assurerait un véritable contrôle aux frontières. Il y a toutes sortes de choses qui passent parce que le contrôle n'est pas suffisant. Il y a toujours de nouvelles protéines, alors il faut être très vigilants.»

Enjeux

Gilles Duceppe l'avoue sans détour, la campagne a été longue. Le vétéran politicien n'en est toutefois pas à ses premières armes. Pour le chef bloquiste, en quoi la course électorale actuelle diffère-t-elle des précédentes? «On partait avec le vent dans le visage et je sens que le vent a tourné parce qu'on l'a dans le dos maintenant. Ce qui est différent, c'est qu'on a démontré qu'il y a une rupture plus clairement affichée entre les partis fédéralistes et le Bloc québécois sur plusieurs sujets», a mentionné M. Duceppe, citant entre autres le controversé projet d'oléoduc Énergie Est, piloté par TransCanada puis les valeurs hommes-femmes endossées par les trois partis adverses.

Depuis le jour un de la campagne, M. Duceppe sillonne le Québec pour prendre le pouls des électeurs. Selon le chef bloquiste, le principal enjeu de la course électorale pour les Québécois est la balance du pouvoir. «Il est de plus en plus clair qu'on va vers un gouvernement minoritaire. Ça met tout le poids du Québec dans la balance. On a fait des gains dans le passé. Et quand vient le temps de choisir entre les intérêts du Canada et ceux du Québec [le Bloc] a toujours choisi le Québec, alors que les autres partis ont choisi le Canada.»

Alors, lorsque le temps sera venu pour les électeurs de la région d'apposer un X sur leur bulletin de vote, en quoi seront-ils avantagés de miser sur un candidat bloquiste plutôt qu'un représentant d'un autre parti qui se retrouverait potentiellement au pouvoir? Gilles Duceppe n'a pas raté l'occasion de décocher une flèche bien sentie aux deux députés néo-démocrates sortants de la région. «Pas besoin de fantômes! a-t-il lancé. Les gens ont besoin de députés solides qui vont travailler dans la circonscription, pas seulement encaisser leur salaire et disparaître de la circulation. Et, d'autre part, qui se lèveront à Ottawa pour défendre les intérêts du coin. Et qui ne se tairont pas parce que leurs collègues de l'Ontario, de l'Ouest ou des Maritimes vont dire qu'en défendant le Québec, ils nuisent à leurs intérêts.»

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