En guerre contre General Motors

«Les trois premières années, je n'ai pas su... (photo Alain Dion)

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«Les trois premières années, je n'ai pas su ce qui s'était passé, confie Muriel Transon, qui demeure à Bromont. Aujourd'hui, je vois un jeune au volant d'une Cobalt et j'ai envie de le prévenir du danger qu'il court. C'est grave ce que GM a fait, en connaissance de cause.».

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<p>Marie-Ève Martel</p>
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est

(Granby) Les parents de deux jeunes adultes ayant perdu la vie en 2010 s'en vont en guerre contre le géant de l'automobile General Motors (GM). Représentés par le cabinet granbyen Gaudet Cabanac Piette Avocats, ils mettent en demeure la multinationale de les indemniser, estimant qu'une défectuosité du véhicule connue du fabricant automobile depuis 2001 est à l'origine de la tragédie.

C'est tôt dans la nuit du 27 août 2010, à Les Cèdres, que les vies de Muriel Transon, de Lise Tanguay et de Marc Thériault ont chaviré. Pour une raison inexpliquée, la Chevrolet Cobalt 2006 conduite par Mélissa Tanguay-Thériault et dans laquelle prenait place Sébastien Bernatchez a dérapé sur 53 mètres, avant de renverser un minibus et de terminer sa course dans une résidence. Éjectée du véhicule, la jeune femme à l'aube de la vingtaine est morte sur le coup; son ami a pour sa part passé deux semaines à l'hôpital avant de succomber à ses graves blessures.

Sur place, on n'a décelé aucune trace de freinage. Les coussins gonflables ne se sont jamais déployés malgré la force de l'impact. Les ceintures de sécurité semblaient détachées.

«Mélissa dérape alors qu'elle circule sur un chemin droit. On est en plein été, il n'y a pas de raison pour que survienne un dérapage de cet ordre-là», énumère Me Leilani Piette.

Même si l'accident est survenu à la sortie d'un bar, tous assurent que Mélissa et Sébastien étaient de jeunes adultes responsables. «Jamais ils ne se seraient pas attachés et ils auraient fait les fous», ajoute l'avocate responsable des procédures.

Deux cas similaires

Pendant trois ans, les deux familles, en plus d'être détruites, ont vécu dans l'incompréhension. Les questions étaient nombreuses, mais les réponses, rares.

«Je n'arrivais pas à m'expliquer les circonstances qui avaient fait en sorte que c'était arrivé», affirme Mme Tanguay. «On se fait un film, on essaie d'imaginer ce qui a pu se passer ce soir-là», renchérit son époux.

La pièce manquante du puzzle est arrivée en octobre 2014, dans un épisode de l'émission Enquête qui portait sur le rappel de plusieurs voitures fabriquées par GM et à laquelle a participé le Granbyen Normand Dubuc, le père de Dany Dubuc-Marquis, qui avait perdu la vie en 2013 à Roxton Falls. Les parents de Dany ont été indemnisés un peu plus tôt cette année, après que le fabricant ait reconnu que la défectuosité dont faisait l'objet le Colbalt de leur fils pouvait avoir anéanti ses chances de survie.

En effet, le commutateur d'allumage faisait défaut. Celui-ci pouvait sortir de lui-même de la position de marche pour se mettre en position «accessoire», empêchant entre autres le module de contrôle des coussins gonflables d'être alimenté électriquement et donc, de détecter les collisions. Une pièce qui ne coûte que 57 sous, plus le temps, à remplacer.

La voiture de Mélissa Tanguay-Thériault était touchée par un rappel concernant cette défectuosité, ce qui pourrait expliquer pourquoi elle n'était pas attachée ou pourquoi elle n'aurait jamais freiné. «Ça a été une révélation pour nous», explique Mme  Tanguay.

«Les trois premières années, je n'ai pas su ce qui s'était passé, ajoute Mme Transon, qui demeure à Bromont. Aujourd'hui, je vois un jeune au volant d'une Cobalt et j'ai envie de le prévenir du danger qu'il court. C'est grave ce que GM a fait, en connaissance de cause.»

«Les deux cas sont d'une ressemblance incroyable, commente Me Piette. Dans les deux cas, les coroners ont conclu hâtivement à des histoires de jeunes, d'alcool et de vitesse, alors qu'on n'a aucune confirmation que l'alcool était un enjeu. Dans les deux cas, la voiture était visée par un rappel. Et dans les deux cas, il n'y a pas eu, à notre connaissance, d'enquête ou de rapport par les autorités compétentes.»

Victoire morale

Malgré ces similitudes et le fait que leur situation semble correspondre aux critères d'admissibilité énumérés dans le formulaire de réclamation, Mmes Transon, Tanguay et M. Thériault ont vu leur demande d'indemnisation refusée par General Motors sous prétexte qu'il manquait des informations pour conclure à sa responsabilité. On réclamait entre autres la boîte noire, pourtant indiquée comme «non essentielle» dans le formulaire de réclamation.

«La boîte noire est partie à la ferraille avec la voiture. On ne savait même pas que ça existait, comment pouvait-on savoir qu'il fallait la garder?», demande Marc Thériault.

«C'est évident que la plupart des gens n'ont pas accès aux boîtes noires, explique George Iny, président de l'Association pour la protection des automobilistes (APA). Les assureurs ou la police peuvent y avoir accès, mais ils ne les vérifient pas systématiquement.»

«GM a choisi d'indemniser les familles de victimes de façon qui semble discrétionnaire, constate Me Piette. Avec le protocole, on considère qu'il s'agit d'une offre de règlement, qui a été acceptée par nos clients quand ils l'ont rempli. Mais comme GM a refusé de donner suite à son offre, nous considérons cela comme un refus de signer une transaction.»

Si le fabricant n'accède pas à leur demande, les parents endeuillés poursuivront celui-ci aux États-Unis, étant donné que la loi québécoise proscrit les recours judiciaires en vertu du «sans-faute» (no fault).

 «Ces gens-là n'iront jamais en prison, ajoute Mme Transon. Le seul moyen de leur faire mal, c'est de les faire payer.»

Le processus pourrait prendre des années avant d'aboutir. Mais bien avant d'obtenir une indemnisation financière, ces parents qui souffrent toujours d'avoir perdu un enfant cinq ans après le drame recherchent avant tout une victoire morale sur le géant de l'automobile. «J'aurais voulu que GM reconnaisse enfin Mélissa et Sébastien comme des victimes», laisse tomber Lise Tanguay.

Selon La Presse, 124 familles de personnes décédées au Canada et aux États-Unis ont bénéficié du programme d'indemnisation lié au rappel de 2,6 millions de véhicules défectueux. Le fonds d'indemnisation de GM a accepté de verser des compensations financières à 12 victimes canadiennes ou à leurs familles, mais a rejeté 153 demandes.

 

- Avec la collaboration de La Presse

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