«On sait enfin à quoi s'en tenir» - Frédéric Paris, producteur avicole

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«C'est sûr que dans les prochains jours et semaines, l'heure va être au bilan pour bien comprendre. On va prendre le temps nécessaire pour analyser tous les impacts du PTP, les programmes d'aide à la transition et il va falloir être à l'affût des moindres opportunités qui pourraient se présenter à nous», évoque Frédéric Paris, producteur de volailles.

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<p>Cynthia Laflamme</p>
Cynthia Laflamme
La Voix de l'Est

(Granby) Inquiétude, déception et soulagement. Trois mots qui résument l'état dans lequel se trouvent les producteurs de lait, de volailles et d'oeufs de la région, quelques heures après la signature de l'entente de principe du Partenariat transpacifique (PTP), qui ouvre partiellement le marché canadien à l'importation de ces produits.

En marchant dans les rues de Saint-Hyacinthe, jeudi dernier, plus d'un millier de producteurs et d'employés demandaient que le négociateur mandaté par le gouvernement Harper ne fasse aucune concession dans le système de gestion de l'offre, qui permet de protéger producteurs et consommateurs.

Le lait canadien, produit à 40% au Québec, est actuellement vendu sur le marché canadien, sans compétition. Si le partenariat est ratifié tel quel par le Parlement canadien, du lait, de la volaille et des oeufs étrangers pourront entrer sur le marché (voir autre texte). Cette entrée sera cependant plus limitée que ce que craignaient les producteurs laitiers (3,25 % du marché canadien au lieu des 10 % évoqués).

Malgré tout, «on n'est pas confiants parce qu'on sait que les Américains réussissent déjà à entrer des produits alimentaires illégalement, affirme le président du Syndicat de l'UPA de la rivière Noire, Claude Lapointe. Ils réussissent à contourner les règles en place. Si les douaniers sont capables de contrôler les entrées, ce n'est pas si pire, mais on n'en sait pas beaucoup plus sur le contrôle.»

Les producteurs avaient effectivement fait savoir, la semaine dernière, que des protéines laitières entraient illégalement au pays, dans une quantité suffisante pour qu'ils en ressentent les effets au niveau du prix de vente de leur lait.

«Plus tu fais des brèches, plus la gestion de l'offre ne joue pas son rôle, croit l'Uptonais. Ça va nous être de plus en plus difficile de demander l'augmentation du prix du lait pour couvrir nos coûts de production. Au Canada, le lait n'a aucune subvention, tandis qu'aux États-Unis, il y a des subventions directes et indirectes pour les producteurs. Et le lait n'est pas fait avec les mêmes normes environnementales, avec les mêmes normes de qualité qu'on s'impose en tant que producteur.»

«L'heure est au bilan»

«On sait enfin à quoi s'en tenir. C'est plate, mais tout le système de gestion de l'offre aurait pu être complètement démantelé», philosophe le producteur avicole de Sainte-Cécile-de-Milton, Frédéric Paris.

Il suit religieusement tout le dossier de la gestion de l'offre et du Partenariat transpacifique depuis longtemps. «Ce n'est pas du positif, mais c'est moins pire que la catastrophe qu'on pouvait appréhender», relativise M. Paris.

L'industrie de la volaille a connu des changements dans la répartition, par province, de la future croissance du marché. Le Québec a perdu deux points de pourcentage dans sa part de marché au Canada pour les dix prochaines années. Si bien qu'en plus de subir une perte avec l'entrée au pays de volailles étrangères, les aviculteurs de la province subiront une baisse sur leur propre marché national, expose-t-il. Une situation qui, au bout de la ligne, fait mal.

«Depuis deux ans, ma petite ferme a eu une baisse annuelle équivalant à 40 000$ en revenus. C'est récurant ; en plus des abattoirs qui ont diminué le prix qu'ils nous paient...»

Quand au retour du balancier, à l'exportation, cela fait partie des données manquantes pour le moment. Selon lui, décrocher des contrats sur la scène internationale ne sera pas chose aisée.

«C'est sûr que dans les prochains jours et semaines, l'heure va être au bilan pour bien comprendre. On va prendre le temps nécessaire pour analyser tous les impacts du PTP, les programmes d'aide à la transition et il va falloir être à l'affût des moindres opportunités qui pourraient se présenter à nous.»

«D'un autre côté, ça fait des mois, si ce n'est pas des années, qu'il y a une insécurité pour nous parce qu'on ne savait pas ce qui nous attendait. Je pense qu'on a sécurisé notre principal système qui est la gestion de l'offre. On va être capable de se retrousser les manches.»

2,8 millions de douzaines d'oeufs

Quant aux oeufs, Paulin Bouchard, président de la Fédération des producteurs d'oeufs du Québec, chiffre les pertes à 16,7 millions de douzaines d'oeufs sur les cinq premières années. Annuellement, on parle de 2,8 millions de douzaines d'oeufs en perte de marché.

«C'est sûr que, dans un premier temps, on a un réflexe de déception, dit-il. Par contre, on réalise quand même que le gouvernement a préservé la gestion de l'offre dans cette entente-là et qu'il a pris acte que c'est un système qui devait avoir une pérennité. C'est sûr que ça aurait pu être pire.»

Producteur d'oeufs à Ange-Gardien, Serge Lefebvre est aussi inquiet pour l'avenir. «Ce qu'on ne sait pas, c'est tous les petits détails qui entourent cette entente-là.»

Avec la croissance de la consommation d'oeufs, il espère que les revenus seront au moins stables au fur et à mesure que l'ouverture à l'importation se fera. Si les consommateurs ne sont pas au rendez-vous, il est sûr que lui et ses confrères en subiront les conséquences.

«Les producteurs devront prendre des décisions, c'est certain. Ça met une certaine pression et ça amène une réflexion (...) On va souhaiter qu'à travers tout ça, ils mettent des règles de réciprocité en terme de qualité et de normes.»

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