Marcher pour dénoncer

La marche contre la violence sexuelle faite aux... (photo Julie Catudal)

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La marche contre la violence sexuelle faite aux femmes, partie du parc Victoria, a réuni une soixantaine de personnes, hier soir.

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<p>Cynthia Laflamme</p>
Cynthia Laflamme
La Voix de l'Est

(Granby) Pour dénoncer la violence sexuelle faite envers les femmes, une soixantaine de personnes -femmes, hommes et enfants-ont pris part à la marche annuelle organisée par la coalition des groupes de femmes de la Haute-Yamaska et de Brome-Missisquoi, qui se déroulait hier soir.

Un exercice très évocateur s'est déroulé au parc Victoria, à Granby, avant de donner le départ. Des «post-its» numérotés ont été distribués au hasard. Les rouges pour les femmes, les bleus pour les hommes. Tous se sont accroupis, jusqu'à ce que Sophie Labrie, intervenante au Centre d'aide et de luttes aux agressions à caractère sexuel (CALACS) de Granby, demande à celles et ceux portant le numéro 1 de se lever. Selon les statistiques, un homme sur six et une femme sur trois ont été ou seront victimes d'une agression sexuelle. Les statistiques, plutôt qu'être abstraites, étaient cette fois bien tangibles. Puis, tous ceux connaissant une victime ont été priés de se lever. Tous les participants se sont ainsi retrouvés debout.

La marche, qui s'est déroulée sous le thème «Les agressions sexuelles brisent des vies», n'a pas réuni autant de gens qu'espéré. «C'est tellement dur de faire venir du monde pour la cause des agressions sexuelles, a expliqué Mme Labrie. Les gens ont peur de s'afficher parce que c'est honteux, ils ne veulent pas l'avoir écrit dans le front, et même les autres ne veulent pas être associés à ça.» Ils auraient ainsi peur que les témoins croient qu'ils sont une victime.

Pourquoi tant de honte? «Les agressions sexuelles c'est le seul crime qui est commis où on va remettre en question les agissements de la victime, du genre «as-tu vu comment elle était habillée?», «qu'est-ce qu'elle faisait sur la rue toute seule?». Ils remettent en question au lieu de dire que le responsable, c'est l'agresseur. Les femmes se sentent honteuses parce qu'elles savent que les gens ont ces pensées-là.»

Le thème abordé servait également à soulever tout le mal que font les agressions sexuelles aux victimes et les dommages collatéraux à leur entourage.

«Les gens n'ont pas l'air de réaliser à quel point il y a de graves conséquences quand on est agressé sexuellement. Soixante-dix pour cent ont un choc post-traumatique, comme les gens qui ont failli mourir ou qui ont été victimes d'un hold-up. C'est grave.»

Une victime peut vivre un flash-back si la personne à qui elle parle a la même odeur que son agresseur. Par exemple, si son agresseur sentait l'alcool, une odeur semblable peut réveiller tout le mal qui dort. Certaines ont ce genre de réaction à cause d'un bruit ou même d'un lieu.

Une victime d'inceste est venue raconter son histoire aux marcheurs, à la fin des deux kilomètres. Pour elle, l'odeur de café est intolérable puisque son père l'agressait toujours après son premier café.

Et comme l'agresseur est connu de sa victime dans 85% des cas, les impacts se font sentir chez les proches, lorsqu'elle brise le secret. Elle fait à l'occasion face au regard accusateur des gens. Les victimes se font souvent dire de passer à autre chose et d'accepter que l'agresseur vienne quand même à la fête de famille, affirme Mme Labrie. Il y a nécessairement des déchirements.

Une marche comme celle d'hier peut faire la différence, ne serait-ce que pour montrer son désaccord envers la violence sexuelle faite aux femmes. Le mot-clic #AgressionNonDénoncée, a créé un précédent. «Les gens ont réalisé qu'il y en a plus qu'on pensait. Quand on se promène dans les rues avec nos pancartes, ça les sensibilise.»

Jamais il n'y a eu autant de politiciens présents à la marche contre la violence sexuelle faite aux femmes. Des quatre candidats aux élections fédérales dans Shefford, seule la candidate conservatrice brillait par son absence. Toutefois, les aspirants députés semblaient plus présents pour serrer des mains. Aucun n'avait de solution concrète à proposer à la représentante de La Voix de l'Est pour faire avancer la cause.

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