«Un médicament, c'est censé guérir, pas tuer»

La lecture d'un texte publié dans La Voix... (photo Alain Dion)

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La lecture d'un texte publié dans La Voix de l'Est a ressassé de vives émotions pour Nicole Ménard Dion, dont le mari, Daniel Dion, a perdu son combat contre le cancer il y a cinq ans.

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Jean-François Guillet
La Voix de l'Est

(Granby) Nicole Ménard Dion est sous le choc. Depuis cinq ans, la Granbyenne tente de mettre un terme à ses questionnements entourant le décès de son mari, Daniel Dion. Or, la lecture d'un texte publié récemment dans La Voix de l'Est a confirmé ses soupçons: son conjoint aurait été terrassé par sa chimiothérapie. «Le traitement en question a tué, en cinq ans, plus de 100 Canadiens et en a rendu plus de 2000 autres gravement malades», relatait La Presse.

«Nous n'avions pas d'enfant. Daniel, c'était toute ma vie! , a lancé en entrevue Nicole Ménard Dion. Je savais que sa chimiothérapie n'avait pas fonctionné normalement. Apprendre qu'il aurait pu être sauvé, ça m'a ébranlée. Un médicament, c'est censé guérir, pas tuer.»

Malgré «l'enfer» qu'elle a vécu durant l'agonie de son conjoint, la dame n'éprouve pas de rancune envers le corps médical. Elle a décidé de lever le voile sur sa bouleversante expérience pour sensibiliser la population. «Si en parlant de notre histoire, ça peut sauver ne serait-ce qu'une personne, ce serait bien.»

La vie du couple a basculé en mars 2010. Daniel Dion venait d'encaisser le diagnostic coup-de-poing d'un cancer de l'oesophage. Près de huit ans auparavant, l'homme avait tiré un trait sur une prolifique carrière de plus de 30 ans au sein du service de police de Granby. La retraite ne l'avait pas rendu moins actif pour autant. La soixantaine bedonnante, ce n'était pas son genre, se remémore sa femme. «Mon mari a toujours été dans une forme exceptionnelle. À 62 ans, il avait le corps d'un gars dans la vingtaine. Le jour avant de commencer sa chimio, il était encore dans le gym à s'entraîner», raconte-t-elle.

Daniel Dion a reçu sa première chimiothérapie par intraveineuse le 23 juin, à l'hôpital de Granby. Une seconde session similaire devait suivre avant que l'homme passe sous le bistouri pour retirer la tumeur, relate sa veuve.

Dans l'intervalle, l'ex-président d'Info-Crime devait continuer les traitements en ingérant des comprimés de capécitabine (Xeloda) durant 10 jours, à la demande de l'oncologue sherbrookois qui le suivait. «Le spécialiste nous a dit qu'il était tout à fait normal de recevoir des injections et d'avoir des pilules à prendre. Que ce serait plus efficace pour stopper le cancer. Mais personne ne nous a mentionné que le Xeloda peut faire mourir les gens», fait remarquer Nicole Ménard Dion.

Moins d'un mois plus tard, le gaillard rendait son dernier souffle aux soins intensifs.

Martyr

L'existence de Daniel Dion s'est transformée en un véritable calvaire dès qu'il a commencé à prendre sa médication par voie orale. Une semaine avant la fatidique journée du 16 juillet, d'alarmants symptômes se succédaient à vitesse grand V, se rappelle celle qui l'a épaulé jusqu'à la fin. «La peau lui levait dans le visage. Il était complètement brûlé par son traitement de chimiothérapie. Quand tu vois celui que tu aimes devenir marbré noir et blanc, ça te prend au coeur, confie-t-elle en retenant ses larmes. Il a fallu que je le fasse hospitaliser. Mais [le personnel médical] l'a gardé seulement un jour. Le lendemain, je l'ai sorti de là en fauteuil roulant. Une fois à la maison, il s'est mis à trembler comme un vieux moteur qui va mal. Il faisait des pics de fièvre incroyables. Il avait vraiment l'air d'un martyr.»

Remise en question

«Chaque année, le Xeloda et le 5-FU [par intraveineuse] sont prescrits à des milliers de Québécois atteints de cancer colorectal, du sein, de l'oesophage, de la tête et du cou. Pris seuls ou dans un cocktail de remèdes, ils sauvent tous énormément de vies. Le problème, relèvent plusieurs études, c'est qu'ils tuent de 0,5 à 1,3% des utilisateurs. Et jusqu'à 4% frôlent la mort», soulignait l'article de La Presse traitant d'un cas similaire à celui de M. Dion.

La Granbyenne concède avoir amorcé une longue remise en question après avoir lu ce texte journalistique. Ce qui consterne le plus la veuve est le fait qu'une simple prise de sang aurait pu indiquer si son conjoint était compatible avec le médicament. En effet, «de simples analyses sanguines de plus en plus utilisées en Europe auraient pu sauver la plupart [des gens décédés après avoir pris du Xeloda], tout en rendant leur chimiothérapie plus efficace», mentionnait le quotidien montréalais.

«Je ne peux pas revenir en arrière, laisse tomber la dame. Mais j'aurais souhaité qu'on soit plus transparents dans le dossier médical de mon mari. Ce que je veux que les gens retiennent, c'est de s'informer, de poser des questions sur les effets des traitements. Ça prend quelques minutes pour éviter de briser des vies.»

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