L'ultime don de soi

Le 9 septembre prochain, Mickaël Raymond recevra une... (photo Julie Catudal)

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Le 9 septembre prochain, Mickaël Raymond recevra une greffe de rein fort attendue. En contrepartie, son père Stéphane fera don d'un des siens à un inconnu.

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<p>Marie-Ève Martel</p>
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est

(Granby) À les voir, Stéphane et Mickaël Raymond se vouent une grande admiration mutuelle: le premier est fier de son fils, qui a surmonté maintes épreuves et la maladie qui l'afflige; le second est fier de son père, prêt à offrir un de ses reins à un inconnu pour lui permettre d'en recevoir un à son tour.

C'est à l'été 2012 que l'état de santé de Mickaël, alors un grand sportif de vingt ans féru de soccer, a commencé à se détériorer. «Plus l'été avançait, moins j'avais de cardio», raconte le jeune homme. À l'école, sa concentration diminue; il souffre d'insomnie, saigne régulièrement du nez et passe souvent très près de perdre conscience.

Un rendez-vous avec son médecin de famille s'avère nécessaire. «Elle m'avait trouvé gris, se souvient Mickaël, alors elle m'avait fait passer des prises de sang. Au début, en voyant les résultats, on pensait à une erreur. Mon médecin m'a dit: ''tu devrais être mort''.»

Une deuxième série d'analyses confirme le pire. «Après les deuxièmes prises de sang, elle m'a dit de me rendre immédiatement à l'hôpital, parce que j'étais cliniquement mort», relate Mickaël.

Le diagnostic tombe: Mickaël souffre d'une insuffisance rénale en phase terminale, une malformation congénitale qui se serait développée avec le temps.

Un choc pour le jeune homme, mais aussi pour ses parents. «On se demandait pourquoi lui, pourquoi pas nous?, indique Stéphane Raymond. On ne voulait pas que ça arrive à notre fils, à notre héros...»

Complication après complication

C'était le 4 décembre 2012, le même jour où eurent lieu une opération et une première série de traitements. Depuis, Mickaël se soumet, à raison de trois fois par semaine, à des dialyses de quatre heures. Comme ses reins ne fonctionnent pratiquement plus, son organisme conserve tout ce qu'il consomme. Il peut perdre de 3 à 4 kg à chaque traitement subi à l'hôpital de Sherbrooke.

Il a aussi été hospitalisé à de nombreuses reprises, parfois pendant plusieurs semaines. En tout, il a subi quatre opérations, mais aussi beaucoup de complications.

Un cathéter mal placé lui a causé d'atroces douleurs; des migraines atypiques à la mâchoire l'ont empêché de manger lui faisant perdre 20 lbs; une allergie à des filtres de dialyse a provoqué un infarctus, et enfin, il a eu la frousse d'avoir développé un cancer du sang, qui heureusement ne s'est pas avéré.

La totale, quoi. «Tout ce qui aurait pu arriver de mal, ça lui est arrivé», se désole M. Raymond.

Autant d'épreuves qui au bout d'un an et demi, l'ont forcé à choisir entre les soins, le travail et les études. Il a mis ces dernières en veilleuse, mais économise pour pouvoir les reprendre plus tard. «J'ai du faire de nombreux compromis. J'ai lâché le soccer, j'ai fait une croix sur mes études temporairement et il y a beaucoup de choses que je ne peux plus boire ni manger», explique Mickaël.

Montagnes russes

Rapidement, les proches du jeune homme entament des procédures pour savoir s'ils sont des donneurs compatibles. Seule sa mère pourrait lui offrir un rein, mais comme elle a souffert d'un cancer, elle fut automatiquement écartée. Stéphane Raymond, pour sa part, était compatible en tous points, à l'exception du groupe sanguin.

Cela ne l'a pas découragé d'explorer d'autres options, comme le Programme pancanadien d'échange de donneurs vivants, qui jumelle des couples de donneurs-receveurs incompatibles à travers le pays. Au fil de la chaîne, M. Raymond donnera un de ses reins à un patient en attente; ensuite, le donneur incompatible de cette personne offrira un rein à un autre patient et ainsi de suite, jusqu'à ce que la boucle soit bouclée et que Mickaël puisse être greffé.

«C'est important pour moi qu'il ait son donneur, sinon je ne le ferais pas, indique M. Raymond. Ça doit être donnant-donnant.»

Même si ce programme semble être la solution à deux ans et demi d'angoisse, les montagnes russes se sont poursuivies. À deux reprises, la chaîne s'est brisée du côté des donneurs potentiels pour Mickaël, prolongeant l'attente à nouveau.

«Quand on apprend qu'on a un match, et quand on apprend qu'on l'a perdu, ce sont deux grosses émotions», affirme le jeune homme.

«Mon héros»

Mais cette fois, c'est la bonne. Le 9 septembre prochain, Mickaël s'envolera pour London, en Ontario, où il recevra le précieux organe qui pourra lui sauver la vie. «J'ai hâte, je suis fébrile, je suis stressé, et je suis chamboulé», reconnaît Mickaël.

Le lendemain, son père fera don d'un de ses reins à Toronto. «Je me ramasse tout seul!», lance celui qui ne pourra pas être aux côtés de son fils lors de ce moment crucial.

Bien sûr, M. Raymond vit lui aussi un peu de stress face à l'opération, mais elle en vaut largement la chandelle. «C'est pour mon fils que je fais tout ça, affirme-t-il. Mickaël, c'est un exemple de vie, c'est mon héros, mon idole. Il n'a jamais abandonné.»

Et son fils le réalise tout autant. «Ça prend beaucoup d'amour et de courage, dit-il. Il y a quelqu'un dans le monde pour qui je compte assez pour qu'il donne un rein à un inconnu. Il m'aime au point de faire ce don-là pour que j'aie la chance de poursuivre mes rêves.»

En novembre, Mickaël aura 24 ans. Il sera remis de sa greffe, et entreprendra un nouveau mode de vie, plus permissif, qui lui permettra de reprendre un jour ses études en enseignement au primaire et de manger ce qui lui fait envie. Il rêve d'acheter la maison de son grand-père et de s'y installer pour fonder une famille nombreuse.

Il souhaite s'impliquer activement dans sa communauté pour redonner l'équivalent du soutien qu'il a reçu depuis trois ans. Et surtout, il veut vivre vieux, très vieux. «115 ans, ça serait pas pire!», blague-t-il.

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