Des pomiculteurs en attente de travailleurs étrangers : des délais qui font mal

«C'est géant comme impact (...) J'aurai donc deux... (photo archives La Voix de l'Est)

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«C'est géant comme impact (...) J'aurai donc deux équipes de moins, soit 60 bines par jour qui ne rentreront pas. Il va y avoir pas mal de pommes qui vont tomber à terre», déplore le directeur des opérations de Coteau Rougemont, André Lamarre.

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Maxime Massé
La Voix de l'Est

(Rougemont) Des pomiculteurs de la région se trouvent dans une fâcheuse position alors que des délais plus longs que prévu priveront ceux-ci de travailleurs étrangers en vue de la période de récolte sur le point de prendre son envol.

Ils perdront par le fait même de précieux revenus, même s'ils s'y sont pris plusieurs mois à l'avance pour s'assurer d'avoir la main-d'oeuvre nécessaire afin de récolter les fruits de leur dur labeur.

«Il risque d'y avoir environ 15% de la récolte du Québec qui ne pourra pas être récoltée parce qu'on n'aura pas les travailleurs étrangers qu'il faut dans les vergers. Ça représente entre 6 et 8 millions de dollars de pertes pour les producteurs de pommes», souligne la présidente de la Fédération des pomiculteurs du Québec, Stéphanie Levasseur.

Les permis de travail se faisant attendre, il manquera notamment 18 travailleurs étrangers au Coteau Rougemont au plus fort de la récolte, dans deux semaines. La cueillette de pommes a déjà débuté dans ce verger qui embauche chaque année plus d'une cinquantaine de travailleurs provenant d'Amérique centrale.

«C'est géant comme impact. Nous, on a des équipes de huit qui ramassent environ 30 bines de pommes par jour. J'aurai donc deux équipes de moins, soit 60 bines par jour qui ne renteront pas. Il va y avoir pas mal de pommes qui vont tomber à terre», déplore le directeur des opérations de Coteau Rougemont, André Lamarre.

Si certains sont parvenus à s'arranger autrement, la saison s'annonce particulièrement difficile pour les producteurs qui attendent désespérément des travailleurs qui n'arriveront pas à la date prévue.

«Les dépenses sont déjà toutes engagées. On a taillé tout l'hiver, on a entretenu le verger tout l'été. Mais si on ne récolte pas en septembre et en octobre, il n'y a pas de revenus qui rentrent. Même si les pommes tombent, ça prend quand même du monde pour les ramasser au sol», illustre Mme Levasseur.

Un délai de 14 semaines

La cause du problème: la lenteur de la bureaucratie fédérale tarde à accorder les permis de travail à certains travailleurs étrangers qui, pour la plupart, oeuvrent déjà dans les vergers du Québec depuis plusieurs années.

À la suite de nouvelles règles instaurées l'année dernière par Ottawa, ceux-ci doivent obtenir un second permis de travail lorsqu'ils changent d'employeur, ce qui n'était pas le cas auparavant. Le hic, c'est que le délai de traitement des demandes par Citoyenneté et Immigration Canada (CIC) qui devait être de huit semaines est passé à 14 semaines et plus.

Autrement dit, les travailleurs attendus ne seront disponibles qu'au moment où la cueillette des pommes sera déjà terminée. Et pas question de contourner les règles puisqu'un employeur qui embauche un travailleur étranger sans permis de travail s'expose à d'importantes pénalités, dont des amendes allant de 500$ à 100 000$ par infraction.

«On ne comprend pas ce qui prend tant de temps. Le travailleur est déjà au Canada. Il demande d'aller sur une seconde ferme où, dans 90% du temps, il est déjà allé. Son dossier est déjà complet. Il n'y pas de vérification à faire de la part de CIC. Ils ont juste à s'assurer que toute la paperasse est en ordre. Ça ne devrait pas prendre une éternité», soutient Mme Levasseur.

M. Lamarre déplore aussi ce dédoublement des demandes et les délais que cela provoque. «Ça coûte plus cher de bureaucratie et ça nous coûte plus cher à nous. Quand on partage les travailleurs, les deux employeurs payent chacun un billet d'avion pour partager les frais. Là, il faut retourner des travailleurs chez eux pour en faire venir des nouveaux. Ça ne fait pas de sens.»

Un meilleur rendement

Le gouvernement fédéral n'a jamais caché qu'il a changé les règles du jeu dans l'espoir de voir les producteurs agricoles embaucher davantage de Canadiens. Mais leur rendement est loin de s'approcher de celui des travailleurs étrangers, soutient M. Lamarre.

«Les gars (travailleurs étrangers) font 60 heures semaine dans le champ, qu'il fasse soleil ou non. Il n'y pas de Québécois qui font ça. En bout de ligne, je les paie au même taux horaire, sauf qu'ils ramassent deux fois moins de pommes», indique le directeur des opérations de Coteau Rougemont qui embauche des Mexicains et des Guatémaltèques.

Et encore faut-il les trouver. Plus facile à dire qu'à faire, puisque bon nombre des travailleurs saisonniers retournent aux études à l'automne. Et ce type de travail est de moins en moins populaire en raison des difficultés à obtenir du chômage.

Mme Levasseur, qui est la propriétaire du verger Au coeur de la pomme de Frelighsburg, en sait quelque chose, elle qui embauche seulement des travailleurs d'ici. «Chaque année, je me demande si je vais réussir à trouver assez de monde et j'en ai seulement besoin de 6-7 pour faire ma récolte. Imaginez le casse-tête pour les producteurs qui doivent embaucher 30, 40 et 100 travailleurs.»

Celle-ci dénonce d'ailleurs l'inaction du député conservateur et ministre d'État, Petite entreprise, tourisme et Agriculture, Maxime Bernier, avec lequel elle n'a jamais été en mesure de communiquer malgré plusieurs tentatives. «C'est certain qu'on va en faire un enjeu électoral», laisse-t-elle tomber.

 

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