Famille décimée sur la 10 : «Ils avaient une super belle vie»

Vincent Dupuis, 30 ans, Ariane Elie-Desjardins, 37 ans... (photo tirée de Facebook)

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Vincent Dupuis, 30 ans, Ariane Elie-Desjardins, 37 ans et leurs enfants, Béatrice 3 ans et Romain, 1 an, se rendaient à Sherbrooke pour un souper chez un ami de longue date quand le drame est survenu.

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(La Presse) Vendredi, la Terre a cessé de tourner pour Claude Dupuis. Il était au travail quand il a reçu un appel de la police. Au bout du fil, des mots irréels ont résonné. Son fils venait de mourir dans un accident tragique survenu sur l'autoroute 10, à la hauteur de Granby. Il apprendrait plus tard que sa bru et ses deux seuls petits-enfants avaient aussi péri.

«Je suis tellement bouleversé...», a-t-il commencé, avant d'être emporté par les sanglots. Quatre jours après les événements, le père endeuillé avait toujours bien peu de mots pour décrire sa souffrance.

Vincent Dupuis, 30 ans, Ariane Elie-Desjardins, 37 ans, et leurs enfants Béatrice, 3 ans, et Romain, 1 an, se rendaient à Sherbrooke pour un souper chez un ami de longue date. Pour une raison encore inconnue, leur voiture a foncé dans un camion-citerne qui s'est enflammé. L'enquête ne dit pas encore ce qui a pu se passer.

«Là, j'ai trop de rage et trop de peine pour penser à [la cause], explique M. Dupuis. Mais mon ti-loup était dans la voie de droite... alors il y a quelque chose de pas normal. [...] Quand on demande des détails de l'enquête, ils nous parlent en paraboles... Je ne suis pas né de la dernière pluie. Je me dis bien qu'ils savent des choses et qu'ils ne peuvent pas tout dire.»

Une famille exemplaire

Le couple semblait filer le parfait bonheur. Ensembles depuis une dizaine d'années, Vincent et Ariane «avaient une super belle vie», selon un ami qui a voulu leur rendre hommage en conservant l'anonymat.

«Vincent était un gars vraiment sympathique et facile d'approche, raconte cet ami. Il était assez rationnel, ne partait jamais sur une dérape. Il était très posé et toujours accueillant.» Et Ariane? «Elle était une perle, une mère dévouée qui adorait ses enfants. Elle avait une vie parfaite avec ses deux petits.»

Au bout de son rêve

Vincent se passionnait pour l'art dramatique et la littérature. Adolescent, il a fait partie de la troupe de théâtre de l'école secondaire Jean-Baptiste-Meilleur, à Repentigny.

«Tout jeune, il savait où il s'en allait, raconte son père avec fierté. Dans une boîte, quand il était petit gars, il avait écrit: "Un jour, je serai recteur d'université." Il m'a toujours dit qu'il passerait sa vie sur un campus.»

C'est ce qu'il a fait. Il a fait sa maîtrise au département de langue et littérature françaises de l'Université McGill et son mémoire portait sur le théâtre d'Alexandre Hardy.

Il a voulu transmettre sa passion en enseignant la littérature française au collège Jean-de-Brébeuf et au collège Gérald-Godin de Montréal. Il a poursuivi ses études au post-doctorat jusqu'en France, d'où il revenait d'un périple de plusieurs mois avec sa petite famille.

«Ils étaient revenus le 17 juillet. Le 19, c'était la fête à Romain. Il a eu 1 an. Vincent est resté deux semaines, avec nous, et là... cette tragédie...», raconte son père, avant d'être submergé par l'émotion.

Selon sa page Facebook, Ariane était originaire de Montréal et aurait fait ses études au collège F.A.C.E., une école d'art. Elle travaillait chez Visa Desjardins depuis quelques années.

«C'était une personne discrète, à sa place. C'était la femme idéale pour mon garçon», témoigne son beau-père.

M. Dupuis espère maintenant que le sort s'acharne sur quelqu'un d'autre. Dans la dernière année, il avait déjà perdu son père, sa soeur, sa mère et son beau-père. À cette triste liste s'ajoutent maintenant son fils, sa bru, sa petite-fille et son petit-fils.

«Ça fait beaucoup... J'ai enterré assez de personnes, a-t-il laissé tomber, la voix brisée par l'émotion. Là, j'espère que le p'tit Jésus va nous laisser tranquilles, ma femme, ma fille et moi...»

Circonstances inexpliquées

L'accident mortel s'est produit peu après 18 h, vendredi, à la hauteur du kilomètre 73 de l'autoroute 10, entre les sorties Granby-Cowansville et Granby-Bromont. Des collisions impliquant trois voitures et un camion-citerne destiné au transport d'essence se sont succédé. La voiture occupée par la famille Dupuis-Elie-Desjardins s'est retrouvée coincée sous le camion-citerne et les deux véhicules se sont enflammés. La cause de l'accident est inconnue.

«L'enquête du coroner est toujours en cours. Par contre, concernant les allégations de rage au volant qui ont été véhiculées par certains médias, de notre côté, on n'établit pas de lien direct entre les deux événements. Mais ce sera au coroner de le confirmer», a déclaré Aurélie Guindon, porte-parole régionale de la Sûreté du Québec.

L'accident est survenu à 1 km d'un important chantier de construction. À proximité de ce même chantier, un carambolage impliquant six véhicules et un camion semi-remorque avait fait deux morts et trois blessés l'été dernier.

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