Mort du lion Cecil : l'histoire continue de faire rugir

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Le directeur des activités zoologiques au Zoo de Granby, Alain Fafard, indique que la chasse ne signifie pas que les espèces ciblées ne sont pas préservées.

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<p>Marie-Ève Martel</p>
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est

(Granby) L'histoire de Cecil, ce lion à crinière noire abattu par un dentiste américain au Zimbabwe plus tôt ce mois-ci, continue de susciter l'indignation à travers le monde. Si la mort du félin est déplorable, voire cruelle, tant le taxidermiste Pierre Gévry que le directeur des activités zoologiques du Zoo de Granby, Alain Fafard, ne condamnent pas unilatéralement la chasse récréative, pourtant dénoncée par plusieurs défenseurs des animaux.

Signe que le sujet a touché une corde sensible, la nouvelle a généré au cours de la dernière semaine plus de 1,5 million de mentions à travers la planète, dans les médias et sur les réseaux sociaux selon Influence communication, une firme québécoise spécialisée dans l'analyse médiatique.

Plusieurs éléments indiquent que la traque de Cecil a été illégale - l'animal aurait entre autres été appâté pour sortir de la zone protégée où il vivait et les deux intermédiaires locaux ayant assisté M. Palmer n'auraient pas détenu les permis nécessaires. Les deux hommes ont d'ailleurs comparu hier.

Bénéfice du doute

Cela dit, M. Gévry laisse encore le bénéfice du doute au dentiste, un chasseur aguerri.

Le taxidermiste, dont les trophées de chasse africains représentent environ 60% de la charge de travail, rappelle que les safaris en Afrique sont régis par des principes fort similaires à la chasse récréative pratiquée au Canada et aux États-Unis.

M. Gévry, qui a naturalisé six ou sept lions au cours de sa carrière, se charge généralement d'importer les bêtes tuées par ses clients. Il indique que pour pouvoir ramener les restes de l'animal au pays, il faut s'assurer de détenir les permis et autorisations nécessaires, délivrés uniquement si l'abattage est légal.

Autrement, le chasseur s'expose à de lourdes amendes en plus de voir son butin saisi. «Je crois que s'il savait que c'était illégal, il ne l'aurait pas tué et il n'aurait probablement pas payé une telle somme [ndlr<saxo:ch value="226 128 137"/>: 50 000<saxo:ch value="226 128 137"/>$]. Il faut être bien informé avant de partir en voyage.»

Préservation

Alain Fafard indique pour sa part que la tenue d'une activité de chasse ne signifie pas que les espèces ciblées ne sont pas préservées. «En Afrique, comme ici, la chasse est accompagnée d'un contrôle des espèces», explique-t-il.

D'ailleurs, «le lion d'Afrique n'est pas si menacé que ça. Il y a des élevages d'animaux pour la chasse, ajoute le spécialiste. Les animaux sélectionnés pour l'abattage sont généralement plus âgés.»

Certaines espèces en réel danger d'extinction, comme les gorilles, sont cependant frappées d'une interdiction de chasse.

Ce loisir permettrait même de préserver les espèces sauvages. La chasse demeure un moteur économique important en Afrique, et finance l'élevage de bêtes. «Avec la chasse vient l'élevage, indique M. Gévry. Ça fait monter le cheptel. Probablement que s'il n'y avait pas de chasse, il y aurait beaucoup moins de bêtes.»

Chasse et braconnage

Il faut toutefois savoir distinguer la chasse sportive contrôlée et le braconnage. Comme il semble impossible d'éliminer cette pratique illégale, la solution se trouve à l'autre bout du spectre, selon M. Fafard.

«Le braconnage, dans la majorité des cas, c'est une chasse à grande échelle et on n'a aucun contrôle là-dessus. Il faut qu'il y ait un marché pour ça et c'est un marché très lucratif, même si une majorité de personnes s'y opposent. Au Zoo, ça fait longtemps qu'on sensibilise les gens, les voyageurs, à ne pas acheter de matériel fait d'animaux vivants. L'achat de viande, de fourrure ou d'objets faits à partir de défenses en ivoire, en peau d'animaux, c'est tout ça qui encourage le braconnage.»

Aurait-on autant crié au scandale si la proie avait moins frappé l'imaginaire ou si elle était moins «jolie» ? «Il aurait tué un éléphant, ça aurait été pareil. Mais je ne suis pas sûr qu'on en aurait entendu parler si ça avait été un gnou, par exemple», note Yannick Healey, qui travaille aux côtés de M. Gévry.

«Le lion d'Afrique est un symbole, c'est le roi de la jungle, reconnaît M. Fafard. Ce qui est dommage dans cette histoire, c'est que c'est Cecil qui était utilisé comme emblème du parc. On avait sûrement beaucoup investi en conservation dans ce lion-là.»

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