Vent d'inquiétude dans les campagnes

La production de volailles est l'un des secteurs... (photo archives La Voix de l'Est)

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La production de volailles est l'un des secteurs touchés par la gestion de l'offre et la grande région de Granby serait l'une des plus affectées au Canada, si elle était abolie.

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Antoine Lacroix
La Voix de l'Est

(Granby) La grande région de Granby serait l'une des plus atteintes au Canada si la gestion de l'offre était abolie, selon Pierre-Luc Leblanc, président des éleveurs de volailles du Québec

Alors que les discussions ont repris entre le Canada et 11 autres pays pour créer la plus grande zone de libre-échange du monde (le Partenariat transpacifique), la question de la gestion de l'offre inquiète les producteurs laitiers et de volailles partout à travers le pays. Les agriculteurs locaux ne font pas exception.

«Ce n'est pas compliqué, s'ils touchent à la gestion de l'offre, la grande région de Granby et la Montérégie serait sûrement l'une des plus touchées. Ça serait pas mal rough ici, ça ferait mal», déplore Pierre-Luc Leblanc, président des éleveurs de volailles du Québec.

Ce dernier avoue carrément avoir passé quelques nuits blanches, tellement l'enjeu le préoccupe.

Les producteurs canadiens d'oeufs, de lait et de volaille redoutent l'abandon du système de gestion de l'offre, comme le demandent plusieurs pays qui participent aux négociations du Partenariat transpacifique.

Joint par La Voix de l'Est à Maui, dans l'archipel enchanteur d'Hawaii où se déroulent les négociations, le lobbyiste et président des éleveurs de volailles des Cantons-de-l'Est, Benoit Fontaine, a confié qu'une entente serait sur le point de se conclure. «Nous attendons ça avec impatience. Une conférence de presse est prévue vendredi (demain). En plus, avec l'annonce de la campagne électorale qui débuterait ce week-end, c'est vraiment annonciateur que le dénouement est sur le point d'être connu», dit-il en se croisant les doigts, en espérant que la gestion de l'offre sera maintenue comme auparavant.

«C'est un système qui fonctionne, plaide l'éleveur de volailles, qui possède des poulaillers à Saint-Alphonse-de-Granby. Les gens disent que la gestion de l'offre fait augmenter les prix... alors que ça ne peut pas être plus faux! Le coût de la viande de volaille a augmenté de 3%, tandis que ceux du porc ou du boeuf, de plus de 15%. Et ces viandes ne font pas partie de la gestion de l'offre.»

 Doté de trois grands piliers (contrôle des importations, planification de la production et fixation des prix par les producteurs), ce mécanisme a été mis en place dans les années 1970 pour assurer une certaine stabilité aux producteurs et contrôler la fluctuation des prix (voir encadré).

L'intouchable

Dans une entrevue accordée à l'agence de nouvelles financières Bloomberg, le premier ministre Stephen Harper a assuré que son gouvernement protégera «du mieux qu'il le pourra» les intérêts de tous les secteurs de l'industrie canadienne. De son côté, devant des centaines de producteurs inquiets venus manifester devant ses bureaux vendredi dernier, le ministre d'État fédéral à l'Agriculture, Maxime Bernier, a promis qu'Ottawa protégera intégralement le système de gestion de l'offre.

«Beaucoup de gens ont besoin de la gestion de l'offre, au Québec, ça fournit 92 000 emplois directement. Et ça monte à 4000 en Montérégie. Ça représente beaucoup d'argent», soutient Pierre-Luc Leblanc, également producteur de dindons à Saint-Paul-d'Abbotsford.

«Nous, on est pour cet accord, pourvu que ce soit équitable pour tout le monde. Ce n'est pas égal. Aux États-Unis, les fermes sont subventionnées, pas ici. En plus, les Américains possèdent des normes bien moins serrées que nous, donc on a des produits de bien meilleure qualité», ajoute-t-il.

En 2013, le Canada comptait 10 845 fermes d'élevage de bovins laitiers et de production laitière et 2720 fermes d'élevage de volailles et de production d'oeufs. La plupart de ces installations sont au Québec et en Ontario.

Les douze pays impliqués dans les négociations sont le Canada, les États-Unis, le Mexique, le Chili, le Pérou, la Nouvelle-Zélande, l'Australie, le Brunei, la Malaisie, Singapour, le Japon et le Vietnam.

«En France, ils ont abandonné le système de gestion de l'offre en 1997. À cette époque, les prix étaient bons et les marchés en croissance. Or, au cours des années, le prix du lait a chuté de 75% en France. Les producteurs espèrent s'en sortir avec des subventions, mais ça ne marche pas. Ils sont en crise actuellement. Ils sont dans la rue parce qu'il y a des suicides et de la détresse psychologique», a indiqué au journal Le Quotidien Daniel Côté, président du Syndicat des producteurs de lait.

Selon des articles de journaux européens, un agriculteur se suiciderait au deux jours en France.

 

- Avec la collaboration de La Presse Canadienne et du Quotidien

 

Qu'est-ce que la gestion de l'offre?

Pour organiser la production de poulet au Canada et veiller à ce que les magasins et les assiettes soient toujours remplis de poulet frais, notre industrie utilise une méthode de gestion des risques appelée «gestion de l'offre». Ce système permet aux producteurs de l'ensemble du pays de faire correspondre leur production avec la demande canadienne. En d'autres mots, nous déterminons prudemment la quantité de poulet dont aura besoin le Canada et nos producteurs veillent à produire cette quantité. C'est simple, non? (Le calcul peut s'avérer être un sacré casse-tête, mais l'idée est simple en tout cas.) Grâce à ce système, les consommateurs sont assurés d'avoir une offre fiable d'aliments frais, de haute qualité, à un prix raisonnable. En veillant à la stabilité et à ce que le producteur reçoive un juste rendement pour son travail, la gestion de l'offre élimine également la nécessité d'offrir des subventions ou d'utiliser l'argent des contribuables: elle permet d'avoir une industrie saine et viable où les producteurs peuvent réinvestir avec confiance dans leurs communautés et leur entreprise. (NDLR: La logique s'applique aussi aux autres secteurs touchés: le lait, les oeufs de consommation, les oeufs d'incubation et les dindons).*

* Tiré du site des producteurs de poulet du Canada

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