La montée étonnante de Bernie Sanders

Bernie Sanders, candidat à l'investiture démocrate et seul... (photo Associated Press)

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Bernie Sanders, candidat à l'investiture démocrate et seul parlementaire américain à se revendiquer socialiste, est partout dans la presse américaine ces jours-ci.

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Maxime Massé
La Voix de l'Est

(Granby) Le nom de Bernie Sanders, seul parlementaire américain à se revendiquer socialiste, est partout dans la presse américaine ces jours-ci. Le politicien de 73 ans a attiré 10 000 personnes lors d'un rassemblement il y a une semaine à Madison dans le Wisconsin, soit la plus grande foule observée en ce début de campagne des élections primaires.

Dans l'Iowa, l'écart entre lui et Hillary Clinton a fondu de 45 à 16 points en à peine deux mois, selon un sondage Quinnipiac. Du côté du New Hampshire, son retard sur l'ancienne première dame des États-Unis est passé de 31 à 8 points durant la même période, d'après des baromètres WMUC/NBC.

Ces deux États seront les premiers à se prononcer en février prochain dans le cadre de la course aux primaires. Sa montée inattendue dans les intentions de vote en a étonné plusieurs, à commencer par Rafael Jacob, chercheur en résidence à l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand.

«Ça me surprend dans la mesure où ce n'est pas nécessairement le candidat qui a priori semble le plus charismatique, le plus susceptible de soulever les foules. C'est un sénateur de 73 ans qui n'est pas le meilleur orateur au monde.»

«Par contre, c'est beaucoup moins surprenant quand on considère à quel point il y a un appétit aux États-Unis pour le changement, pour un candidat qui est authentique et qui dit se battre pour la classe moyenne et les ouvriers», souligne M. Jacob.

Clinton et Marois, même combat?

Tout comme Pauline Marois a dû le faire de ce côté-ci de la frontière, Hillary Clinton doit lutter contre l'image de bourgeoise que certains électeurs lui collent à la peau. Une perception qui n'est pas étrangère à la soudaine hausse de popularité de M. Sanders, comme l'explique M. Jacob.

«Hillary Clinton invite de par son parcours personnel, de par son statut social et financier - c'est une multimillionnaire depuis des années accusée d'être très proche de l'élite de Wall Street - un adversaire beaucoup plus populiste à se présenter contre elle. Bernie Sanders connaît un certain succès, en énorme partie, à cause d'Hillary Clinton directement.»

Mais malgré le courant populiste dans l'électorat et le début de campagne chancelant de Mme Clinton, M. Jacob estime que Sanders aura fort à faire pour menacer sérieusement la candidature de sa rivale.

«Il a une chance qui est je dirais très petite. Car même s'il attire des milliers de personnes dans des rassemblements, c'est beau tout ça, mais en même temps, ce n'est pas rien ce qu'Hillary Clinton a comme atout. On ne parle pas seulement de fonds de campagne, elle a l'establishment pratiquement entier du parti démocrate derrière elle.»

«La côte est très, très à pic pour Bernie Sanders. Elle n'est pas impossible à monter, mais elle est très à pic», résume le spécialiste de la politique américaine.

D'autant plus, dit-il, que si Sanders apparait comme étant plus progressiste sur plusieurs enjeux tels que l'inégalité des revenus et l'accès aux soins de santé, sa plateforme électorale n'est pas si éloignée de celle de Mme Clinton.

«Un des défis, pour ne pas dire le défi principal de M. Sanders, c'est qu'il n'est pas si différent que ça de Mme Clinton», affirme M. Jacob qui rappelle qu'ils ont voté plus souvent qu'autrement de façon similaire lorsqu'ils siégeaient tous deux au sénat.

«Le ton qu'elle emploie peut être différent à certains égards, mais au niveau de leurs valeurs, de leur idéologie, ils sont très, très proches», ajoute-t-il, soulevant que les deux sont clairement associés à l'aile gauche du parti démocrate.

Plusieurs propositions de Mme Clinton visant à diminuer les écarts de richesses et aider les minorités ethniques s'inscrivent aussi dans la mouvance sociale-démocrate, fait remarquer M. Jacob.

Un momentum dur à conserver

M. Jabob rappelle d'ailleurs que la campagne présidentielle est encore très jeune. Ce n'est en effet que dans sept mois que les élections primaires prendront officiellement leur envol. Reste à voir si M. Sanders saura éviter de trébucher et continuer de chauffer Mme Clinton d'ici là.

«Présentement, oui, il est populaire. Mais est-ce que ce momentum peut durer? , s'interroge M. Jacob. Un de ses plus gros obstacles, c'est ça. Il y a beaucoup de gens au niveau du parti démocrate qui ont beaucoup de misère à l'imaginer non seulement président, mais aussi comme un candidat viable pendant très longtemps.»

Mais qu'il s'agisse de Mme Clinton ou de M. Sanders, si jamais l'un des deux remporte l'investiture démocrate et parvient à devenir le 45e président des États-Unis, il s'agirait assurément d'une élection historique.

«Ça serait une première dans un cas comme dans l'autre. On aurait soit le premier président se disant lui-même socialiste ou la première présidente de l'histoire. Si c'est un de ces deux candidats qui l'emporte, il va y avoir une page d'histoire qui va être tournée. On ne sait juste pas laquelle ça pourrait être pour l'instant.»

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