Le Petit Cordonnier change de mains

L'arrière-grand-père des frères Langlois, Justinier, s'est lancé en... (photo fournie par la famille Langlois)

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L'arrière-grand-père des frères Langlois, Justinier, s'est lancé en affaires au début du 20e siècle en ouvrant une cordonnerie à Knowlton.

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Michel Laliberté
La Voix de l'Est

(Granby) Ce ne sont pas les défis qui ont manqué à Jean Langlois. Depuis 1958, le cordonnier a vu défiler devant lui des clients qui lui amenaient toutes sortes de choses à réparer. «On avait des femmes de Québec qui descendaient. On était le seul endroit capable d'ajuster leurs bottes. Elles avaient de gros mollets», se rappelle-t-il avec un généreux sourire. «On a aussi fabriqué une botte pour un éléphant du Zoo qui s'était blessé.»

Des anecdotes, M. Langlois en a des milliers. Tout comme ses frères Denis et Réal ainsi que leur père Charles. Le quatuor était réuni la semaine dernière pour parler du Petit Cordonnier. Fondé en 1921, le plus vieux commerce de Granby change de mains, tournant du fait même une page de l'histoire de Granby. Quatre générations de Langlois se sont en effet succédé dans l'atelier de l'entreprise au cours des neuf dernières décennies.

C'est l'arrière-grand-père des frères Langlois, Justinier, qui a lancé la famille dans le secteur de la cordonnerie. Il a établi son commerce à Knowlton, au début du 20e siècle. Le jeune commerçant a ensuite déménagé les siens, dont son fils Ludger, à Montréal. Mais quelques années plus tard, la famille quitte l'île pour installer leur cordonnerie à Granby. Elle élit domicile au 41, rue Principale, où se trouve aujourd'hui la pharmacie Uniprix. À l'époque, les hôtels Windsor et Granby se trouvent dans le même secteur de la Ville, souligne Denis Langlois.

La cordonnerie aura pignon à cette adresse pendant 25 ans. La réalité sociale de l'époque est illustrée par une affiche dans la vitrine du commerce: «Shoes repaired while you wait». «On avait beaucoup de clients anglais», se souvient Charles, qui a commencé à travailler très jeune aux côtés de son père, Ludger.

En 1958, âgé de 10 ans, Jean Langlois se joint à eux pour travailler les week-ends. Il évoque le sens de l'humour de son grand-père. «Il y avait des clients qui venaient souvent voir mon grand-père. Ils s'ostinaient avec lui. Sur toutes sortes de choses. Je me rappelle une fois où mon grand-père en avait eu assez. Il avait pris deux semelles, avait mis de la colle et était allé à l'église. Il les avait mis sur le banc d'église avant que la personne ne s'assoie. Elle ne s'en est même pas aperçue», raconte-t-il sous les regards amusés de ses frères.

En 1974, la cordonnerie familiale, qui occupe alors l'ancien édifice de la Commission des liqueurs sur la rue Principale (site aujourd'hui occupé par le centre pour personnes retraitées Le Riverain), est détruite lors d'un incendie. Charles Langlois se met alors à la recherche de nouveaux locaux.

Il visite les anciens magasins Canadian Tire (rue Saint-Jacques) et Lasalle (rue Leclerc). Mais il revient sur la rue Principale, une artère que la famille ne quittera jamais, en achetant l'ancien édifice du supermarché Mullin. Un gros risque financier, estime Denis Langlois, soulignant le nombre d'immeubles abandonnés dans cette partie de la Ville, mais surtout l'état de décrépitude de la bâtisse.

«On pouvait passer d'un logis à l'autre en passant par de gros trous dans les murs», dit-il, formant de gros orifices avec ses mains. «J'ai vu les plus gros rats de ma vie», ajoute-t-il en riant. «Ils (ses enfants) me disaient que c'était de la cochonnerie», renchérit son père âgé aujourd'hui de 94 ans.

Fructueuse transaction

La transaction - et les rénovations titanesques - s'est finalement avérée fructueuse pour le patriarche. L'édifice du 20 de la rue Principale accueille toujours la belle boutique de chaussures qui porte le nom de la famille. Et tout juste au coin, à un jet de pierre de l'entrée du pont Patrick-Hackett, se trouve le Petit Cordonnier.

Jean Langlois a pris la relève de son père au milieu des années 70. Le jeune homme a la bosse des affaires. En plus d'un atelier pour monsieur et madame Tout-le-Monde, il exploite une cordonnerie industrielle dans les années 80 et 90. L'usine de la rue Boivin, qui a déjà compté une vingtaine d'employés, a fabriqué des sacs à main et des porte-documents. La PME produisait aussi des moulures de logo destinées à des patins et à des jambières de hockey.

Les deux dernières années ont toutefois été très difficiles pour M. Langlois. L'année dernière, il a eu de graves problèmes au coeur. Et à peine était-il remis, son coeur a de nouveau été ébranlé; il a appris que son épouse Andrée souffrait d'un cancer généralisé. Elle est décédée en mai. Le couple était marié depuis une quarantaine d'années.

M. Langlois avait temporairement fermé son commerce en juin 2014 pour accompagner sa conjointe dans cette épreuve. Il a rouvert boutique après son départ, il y a quelques semaines. Mais, comme il le dit, son coeur et sa tête sont ailleurs. À 66 ans, il était temps de passer à autre chose, soutient-il.

Ses clients lui manqueront, dit M. Langlois. Il les salue d'ailleurs et les remercie de lui avoir confié autant de défis.

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