Un « manque de professionnalisme »

Joyce Arsenault (à l'avant-plan), qui est accompagnée de... (photo Janick Marois)

Agrandir

Joyce Arsenault (à l'avant-plan), qui est accompagnée de ses soeurs Sylvie et France, estime qu'un « manque de professionnalisme flagrant » du personnel de l'hôpital de Granby aurait mené au décès de sa mère, le 3 juin dernier.

photo Janick Marois

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

Jean-François Guillet
La Voix de l'Est

(Granby) Aberrant. C'est ce mot qu'utilise Joyce Arseneault pour qualifier ce qu'elle estime être un «manque de professionnalisme flagrant» du personnel de l'hôpital de Granby ayant mené, croit-elle, au décès de sa mère, le 3 juin. Elle est d'avis que sa mort aurait pu être évitée si elle n'avait pas contracté une bactérie qui s'apparente au Clostridium difficile durant son hospitalisation.

Joyce Arseneault est infirmière depuis une dizaine d'années. Elle a tenu à lever le voile sur ce qu'elle considère comme «une série d'erreurs inconcevables» commises par des membres de l'équipe médicale du centre hospitalier de Granby (CHG).

«Quand tu ne connais pas le milieu de la santé et qu'un parent meurt après avoir eu le C. difficile, tu te dis certainement que c'est un hasard. Que les gens qui l'ont soigné ont tout fait pour éviter ça. Mais je sais que ça n'a pas été le cas pour ma mère. Ne serait-ce que pour sauver une personne, pas question que ça passe sous silence!», a-t-elle lancé en entrevue hier, encore sous le coup de l'émotion.

Celle qui travaille dans un établissement de soins de santé de Laval a indiqué que sa mère, Albina Caron-Arseneault, a été hospitalisée le 9 mai après avoir subi des traitements de chimiothérapie pour un cancer de la moelle osseuse. La Granbyenne âgée de 79 ans avait aussi des problèmes pulmonaires. «Son système immunitaire était à plat, a illustré sa fille. Elle devait donc être isolée pour être protégée. Elle pouvait attraper n'importe quoi.»

En ce sens, Joyce Arseneault estime que la pièce où était alitée sa mère n'était pas assez éloignée d'autres chambres accueillant des patients en isolement. «Quand tu as au moins trois gros cas de personnes infectées par des bactéries sur un même étage, la moindre des choses est de les mettre le plus loin possible des gens qui ont une santé fragile. Ce n'est pas ce qui est arrivé», a-t-elle affirmé.

Protocole

Selon l'infirmière, de nombreux effectifs ayant travaillé au cinquième étage durant le passage de sa mère au CHG ont aussi fait des entorses «majeures» au «protocole».

«Il y avait des infirmières, des préposées et même des étudiants [en soins infirmiers] qui entraient et sortaient d'une chambre d'isolement à l'autre pour aller porter un verre de jus, un objet ou ramasser une poche de linge. C'est arrivé à plusieurs reprises. Le problème, c'est que ces personnes ne portaient pas de masque, de gants et de sarrau comme c'est requis. Avec autant de manque de rigueur, pas surprenant que ma mère ait attrapé le C. difficile.»

Joyce Arseneault a mentionné que les traitements prodigués à sa mère ont porté leurs fruits peu de temps après son admission. L'état de santé de la dame aurait basculé après qu'elle ait contracté une virulente souche de C. difficile, a-t-elle assuré.

«Je suis restée près de ma mère pendant qu'elle a été hospitalisée. Je voulais être présente pour suivre les traitements. Je l'ai vue reprendre du mieux pour ensuite piquer du nez. Ça s'est fait très vite. Elle était asymptomatique, mais la Dre [Mirabelle] Kelly [microbiologiste-infectiologue au CHG] m'a confirmé à 99,9% que c'était un cas sévère d'infection au C. difficile.»

«Pas de bon sens»

Mme Arseneault a également remis en doute la «rapidité d'action» du CHG et le déploiement de mesures pour éviter une possible propagation de ce type d'infection.

«Quand tu sais qu'il y a plusieurs cas de C. difficile, tu l'affiches tout de suite à l'entrée [de l'hôpital]. Pas juste sur l'étage concerné. Tu mets un gardien qui demande aux gens de faire attention et de se laver les mains avec du désinfectant. L'hôpital de Granby a réagi seulement quand ma mère s'est mise à aller mal, quelques jours avant sa mort le 3 juin vers 5 h 30. Pourtant, il y avait déjà des gens infectés avant. Ça n'a pas de bon sens d'agir comme ça!»

«Rien n'a été laissé au hasard»

Le Dr Michel Poirier, directeur des services professionnels par intérim à l'hôpital de Granby, n'écarte pas la possibilité de quelques lacunes de la part du personnel de l'établissement. Le médecin est néanmoins d'avis que rien n'a été laissé au hasard en ce qui concerne le suivi auprès d'Albina Caron-Arseneault, décédée le 3 juin. Idem au sujet des mesures prises pour contrer la récente éclosion de C. difficile au 5e étage.

« La promotion des mesures d'hygiène de base avec le lavage des mains et le port des équipements individuels de protection, on le fait de façon continue auprès de tout le personnel. Je ne vous cacherai pas qu'on n'atteint pas le 100 %. D'ailleurs, il n'y a aucun établissement au monde qui l'a non plus. C'est impossible avec le va-et-vient », a indiqué le Dr Poirier, appelé à commenter les propos de Joyce Arseneault, la fille de la défunte.

Outre le fait de mettre en doute le suivi du « protocole » dans des cas de patients en isolement, la femme a affirmé que sa mère a contracté le C. difficile. Ce qui lui aurait été confirmé par la Dre Mirabelle Kelly, microbiologiste-infectiologue au CHG.

Le Dr Poirier a tenu à remettre les pendules à l'heure à ce sujet. « Quand on pose un diagnostic clinique, il y a plusieurs éléments qui peuvent nous amener à penser à un pronostic. Dans le cas [de Mme Arseneault], il y a effectivement plusieurs éléments qui allaient vers [une infection de C. difficile]. Mais il n'y a pas de test qui l'a confirmé officiellement », a-t-il précisé.

Joyce Arseneault, elle-même infirmière, a également déploré que la chambre de sa mère, dont la santé était précaire, soit à proximité de celle de patients en isolement. Selon le Dr Poirier, il s'agit d'une réalité à laquelle n'échappent pas les hôpitaux régionaux. « Dans les énormes hôpitaux où ils ont plusieurs cas d'isolement pour une même bactérie, ils peuvent avoir des unités qui y sont dédiées. Mais ce n'est pas notre cas à Granby. »

Le Dr Poirier a confirmé qu'une éclosion de C. difficile a bel et bien eu lieu entre les murs du CHG, le 1er juin. Deux cas ont été diagnostiqués au 5e étage. Les mesures habituelles de désinfection du département et la restriction des visites ont alors été enclenchées les 2 et 3 juin, pour être levées ensuite. « On n'a aucun avantage à agir lentement avec [le C. difficile], a-t-il mentionné. Tout a été suivi à la lettre. »

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer