Dix ans en cour... et ça se poursuit!

Martin Castilloux, Brian Bordo, Martin Clohosy et Gilles... (photos La Voix de l'Est)

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Martin Castilloux, Brian Bordo, Martin Clohosy et Gilles Couture patientent au palais de justice de Granby. Avec Werner Kyling, ils sont les derniers accusés du projet Cure à attendre leur procès.

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Pascal Faucher
La Voix de l'Est

(Granby) Le 8 juin 2005, la SQ, la GRC et des policiers américains débarquaient dans la région de Bedford pour mettre au jour un présumé réseau de production et de vente de cannabis ayant des ramifications le long de la frontière avec les États-Unis.

Baptisée «projet Cure», l'opération policière a fait état de mille livres de marijuana transigées chaque année depuis 15 ans et de biens infractionnels s'élevant à 5 millions$, dont l'hélicoptère personnel du chef de clan allégué, Werner Kyling.

Une quarantaine de personnes ont été arrêtées. Onze d'entre elles, dont M. Kyling, ont été visées par une extradition vers les États-Unis. La preuve semblait accablante.

Dix ans plus tard, M. Kyling et quatre de ses présumés complices - Brian Bordo, Martin Castilloux, Martin Clohosy et Gilles Couture - attendent encore leur procès en Cour supérieure, à Granby.

Que s'est-il passé?

Extradition

L'opération a été mal conçue dès le départ, affirme l'avocat des derniers accusés, Me Thomas Walsh. Intarissable sur ce sujet, le juriste sherbrookois montre d'abord du doigt la requête en extradition, déposée «sans aucune preuve américaine», affirme-t-il.

«Il n'y avait pas un maudit témoin nulle part, et rien dans les conversations téléphoniques enregistrées non plus», dit Me Walsh. Selon lui, les autorités policières espéraient que Werner Kyling, qu'elles voulaient faire coffrer depuis des années «meurt en prison aux États-Unis».

Le juge James Brunton n'a pas vu les choses ainsi et a, dans son jugement de 2006, refusé l'extradition par manque, justement, de preuve. Ne restait plus qu'à accuser la «cellule Kyling» au Québec.

Entre-temps, des accusés sont trouvés coupables, d'autres non. Pour M. Kyling et sa «garde rapprochée», les procédures continuent de s'étirer jusqu'au procès, en 2010, des délais auxquels le principal intéressé n'est pas étranger par ses multiples requêtes à la cour.

Le procès pour trafic de drogue et gangstérisme a duré cinq mois, à Sherbrooke, et fut à l'image de presque toutes les comparutions du vieil Hollandais: des états d'âme, des pleurs, de nombreuses demandes et, finalement, un verdict de culpabilité... annulé deux ans plus tard par la Cour d'appel.

Selon le plus haut tribunal du Québec, le juge ne s'était pas assuré que tous les jurés soient suffisamment bilingues. Le principal intéressé aura donc purgé 30 mois de sa sentence de huit ans de prison.

Nouveau procès

Encore une fois, le célèbre vendeur de copeaux de bois a fait faux bond à la justice, mais le ministère public ne s'est pas démonté et a recommencé tout le processus. Un nouveau procès est prévu pour novembre 2015.

La cour entend présentement les requêtes de la défense, et le juge Guy Cournoyer doit rendre aujourd'hui sa décision concernant la première requête, qui vise à faire annuler le procès pour cause de délais déraisonnables.

Au cas où elle est rejetée, le tribunal en entendra une deuxième visant à faire annuler la preuve d'écoute électronique. Si cela échoue, Me Walsh en présentera une autre pour abus de procédures. Et si cela échoue... Non, l'avocat indique qu'il n'en présentera pas d'autres.

Il réitère que les crimes attribués à Werner Kyling sont «minimes» et «ne valaient pas un mégaprocès». Le mot «acharnement» revient souvent à sa bouche. «La cause est devenue un monstre, dit-il. L'État a joué avec des millions qui auraient pu être utilisés à bien d'autres choses, comme la santé ou l'éducation.»

La Couronne n'est pas de cet avis. «C'est pas rare, des deuxièmes procès, dit Me Robert Rouleau, qui dirige l'équipe de procureurs du Bureau de lutte au crime organisé à Granby. Il y a parfois des troisièmes et des quatrièmes procès.»

Il rappelle que «le délai d'appel a été très long» dans ce dossier et que si l'on retranche aussi les procédures d'extradition, la préparation au premier procès n'a duré que deux ans et demi, incluant «la centaine de requêtes» déposées par la défense.

Quant aux affirmations répétées de Me Walsh voulant que le ministère public «n'ait pas de preuve» contre Werner Kyling, Me Rouleau répond que «tout le monde a droit a son opinion», mais que «ce n'est pas la réalité du dossier».

«Vous comprendrez que, pour le moment, je ne peux faire plus de commentaires, car le procès s'en vient.»

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