Survivre à l'innommable

C'est d'abord pour dénoncer ces horreurs et pour... (photo Janick Marois)

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C'est d'abord pour dénoncer ces horreurs et pour sensibiliser qu'Andréanne Dubois a écrit l'histoire de Julie.

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<p>Marie-Ève Martel</p>
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est

(Farnham) C'est à l'adolescence, à travers explorations et nouvelles expériences, que nous nous départissons d'une partie de notre innocence. Qu'arrive-t-il quand celle-ci nous est plutôt arrachée de la manière la plus ignoble qui soit? Pour son premier roman, Andréanne Dubois raconte l'histoire d'horreur d'un viol collectif.

Moins de six mois ont été nécessaires à cette enseignante de français en 2e secondaire à l'école secondaire Jean-Jacques-Bertrand pour entamer et compléter ce premier tome, un rêve qu'elle caresse depuis l'enfance. À l'époque, elle ne devait toutefois pas deviner qu'elle aborderait un thème aussi lugubre que celui dans lequel elle s'est plongée l'an dernier.

Comme lecteur, on assiste non seulement à la terrible agression, mais aussi à ses suites, médicales et judiciaires, dont Julie, une adolescente de quatrième secondaire qui vit tout un cauchemar après avoir subi les sévices de ses agresseurs, garde de profondes cicatrices.

Pour dresser un portrait réaliste de la situation, Mme Dubois a mené de longues recherches sur le sujet. Elle a aussi rédigé le récit à la première personne. «Quand j'écris, je me mets à la place de Julie. Je voulais écrire au "'je"' pour qu'on puisse s'identifier à elle, qu'on puisse se mettre à sa place», dit-elle.

Dénoncer et sensibiliser

C'est d'abord pour dénoncer ces horreurs et pour sensibiliser qu'Andréanne Dubois a écrit l'histoire de Julie.

«Je voulais montrer que ça arrive, dit-elle. On en entend parler à Montréal, dans les nouvelles, mais en région, on n'en entend pas parler, même dans les écoles.»

Même s'il est publié dans la collection Jeunesse des Éditions La Semaine, Brisée est un livre qui s'adresse davantage aux jeunes adultes qu'à un public adolescent. «C'est très dur», indique cette mère de trois enfants.

Dur, dit-elle? Le chapitre où elle décrit la violente agression sexuelle est carrément insoutenable. «Ce passage-là suscite beaucoup de commentaires, indique l'auteure. Ça dérange. J'ai un de mes élèves qui s'est arrêté là et qui n'a pas pu continuer.»

L'auteure cherchait ainsi à briser les tabous qui continuent de contraindre les victimes au silence. «Ça fait dix ans que j'enseigne. Les élèves, surtout les filles, viennent nous voir, elles nous parlent, mais il faut que ça reste secret. C'est tabou. C'est triste.»

Ce sont les confidences reçues au fil des années qui ont inspiré le roman de Mme Dubois, qui a aussi lu quelques témoignages sur Internet. Mais jamais elle n'avait côtoyé quelqu'un qui avait vécu un viol collectif.

Du moins, c'est ce qu'elle croyait, jusqu'à la publication de son récit. «Après avoir lu mon livre, il y a deux personnes - deux adultes - qui sont venus me dire qu'elles avaient vécu la même chose, se remémore l'auteure. J'étais sous le choc. Ce que j'ai écrit, ce n'est pas supposé être vrai, c'est de la fiction...»

«Mais ce que je voulais, poursuit-elle, c'était de dénoncer. Briser le silence. Alors j'y suis arrivée.»

Andréanne Dubois travaille actuellement à la rédaction d'un autre roman. Pas question toutefois d'en dévoiler davantage, si ce n'est qu'elle y aborde un sujet tout aussi sombre. «Je ne sais pas pourquoi j'ai encore un sujet qui est lourd», lance-t-elle.

Un projet plus lumineux, pour les plus jeunes, est aussi dans les cartons. «Quand j'écris, je sors les griffes, je deviens triste et en colère. Ça va faire du bien d'essayer autre chose!»

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