Suicide d'un vétéran de 65 ans: «On a eu l'impression d'être laissés seuls là-dedans»

Thomas Sawyer souffrait d'un syndrome du stress post-traumatique....

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Thomas Sawyer souffrait d'un syndrome du stress post-traumatique.

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Jean-François Guillet
La Voix de l'Est

(Granby) Thomas Sawyer, un ancien combattant de 65 ans d'East Farnham, est mort le 29 décembre 2014 à la suite d'une «prise en charge questionnable» par le personnel du Centre hospitalier de Granby (CHG). C'est ce que conclut le coroner Gilles Sainton dans son rapport rendu public hier.

La mort de l'ex-soldat soulève également des questions sur l'aide accordée aux vétérans de l'armée canadienne.

Depuis la guerre à laquelle il avait participé il y a une trentaine d'années, Thomas Sawyer souffrait d'un syndrome du stress post-traumatique. Il consommait de l'alcool en grande quantité, était en perte d'autonomie et vivait seul.

Selon sa famille, sa détresse n'a pas été prise au sérieux, un avis partagé par le coroner.

«Il y avait plusieurs facteurs de risque de suicide. De plus, le 20 septembre 2014, Thomas Sawyer a été admis au Centre hospitalier de Granby suite à une ingestion massive d'alcool et aurait mis le feu à sa cuisinière dans un but suicidaire. Pourtant, suite à cette visite, aucune note au dossier ne permet de croire que de l'aide supplémentaire ait été proposée», peut-on lire dans le document daté du 20 janvier.

La fille de M. Sawyer affirme, quant à elle, que la famille l'avait souvent amené aux urgences. «On leur avait donné plusieurs informations sur son état. Chaque fois, il a été renvoyé à la maison comme si de rien n'était.»

Récidive

Poursuivant sa descente aux enfers, l'ancien combattant a à nouveau été transporté au CHG le 28 décembre. Un voisin l'a trouvé «en état d'ébriété avancée» dans sa résidence.  L'homme avait été malade. Il y avait des bouteilles vides un peu partout dans son logement.

Les services d'urgence ont rapidement pris la relève. Il était alors 16 h 50. Une heure plus tard, les paramédics sont arrivés à l'hôpital de Granby.

Allongé sur une civière, M. Sawyer a été évalué par une infirmière au triage. Son discours était incohérent. Près de 2 h 30 se sont écoulées avant qu'un urgentologue voie le patient. Au terme de son examen, le médecin a conclu à une intoxication à l'alcool ainsi qu'à un possible traumatisme crânien. Un bilan sanguin prélevé vers 21 h 30 a fait état d'un taux d'alcoolémie de «près de deux fois la concentration létale (mortelle)», précise le rapport.

Le vétéran est mort le lendemain matin.

Dans son «analyse des causes et des circonstances du décès», le coroner remet notamment en doute le suivi auprès de l'ex-militaire après son admission au CHG. «M. Thomas est arrivé à l'urgence vers 17 h 50, mais il n'a rencontré un médecin qu'à 20 h 20 alors qu'il était fortement intoxiqué par l'alcool. Pourtant, l'infirmière note qu'[il] aurait pris une grande quantité d'alcool (au moins 120 oz en 24 h) et qu'[il] ne répond que par des sons. La prise en charge de Thomas Sawyer est questionnable», soutient-il.

Conclusions

Au terme de son enquête, le coroner a conclu que M. Sawyer est décédé d'une «insuffisance multiorgane dans le contexte d'intoxication aiguë à l'alcool». Il a également souligné qu'il «s'agit très probablement d'un suicide».

«Pour une meilleure protection de la vie humaine, je recommande au comité de la qualité de l'acte médical du Centre hospitalier de Granby d'évaluer la prise en charge de Thomas Sawyer [...] et d'apporter les correctifs nécessaires», a indiqué Gilles Sainton.

Questionnée au sujet de possibles lacunes dans la prise en charge de M. Sawyer après sa première visite au CHG, la responsable des communications au CIUSSS-Estrie, Joan Beauchamp, a tenu des propos évasifs. «M. Sawyer n'était pas suivi chez nous. Nous n'avons aucun dossier en santé mentale sur lui.»

«Nous avons reçu le dossier du coroner le 4 mars. Des analyses sont en cours, a-t-elle poursuivi. Il est trop prématuré pour se prononcer à ce moment-ci.»

À l'issue de l'investigation du CHG, des correctifs doivent être transmis par l'établissement de santé au coroner au cours des trois mois suivant la date de réception de son rapport, a précisé Mme Beauchamp.   

«Ils ne sont plus les mêmes hommes»

Pour Robert Bertrand, responsable du groupe Anciens combattants québécois, la mort de Thomas Sawyer n'est qu'une autre preuve du manque d'aide pour les vétérans. «Du moment qu'ils vont à la guerre, ils ne sont plus les mêmes hommes. Certains d'entre eux vivent des traumatismes qui restent pour la vie. Et ils préfèrent se tuer que d'endurer la douleur et de ne pas recevoir les soins dont ils ont besoin.»

Selon lui, les vétérans ne peuvent compter ni sur le gouvernement, ni sur l'armée.

Ce n'est pas la fille de Thomas Sawyer qui le contredira. «Malheureusement, dit-elle, on a eu l'impression d'être laissés seuls là-dedans.»

 

- Avec la collaboration de La Presse

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