Projet de loi 20: ras-le-bol chez les médecins de la région

Le président de l'AMOY, Jacques Bergeron, qui représente... (photo Janick Marois)

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Le président de l'AMOY, Jacques Bergeron, qui représente près de 300 médecins de la région.

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Jean-François Guillet
La Voix de l'Est

(Granby) «Discriminatoire et inacceptable». Ce sont les mots qu'emploie le président de l'Association des médecins omnipraticiens d'Yamaska (AMOY), Jacques Bergeron, lorsqu'il est question du projet de loi 20. Selon ce dernier, le bras de fer entre le ministre de la Santé et les docteurs ne fait qu'amplifier la grogne au sein des troupes.

«Ce que nous vivons en ce moment, c'est l'équivalent d'un électrochoc. Et plutôt que nous stimuler, ça accentue le cynisme de plusieurs médecins de famille. Nous constatons qu'il y a un problème dans l'accès aux soins de première ligne. Une partie du diagnostic du ministre Barrette est bon, mais pas le traitement qu'il a choisi d'appliquer», clame le Dr Bergeron, qui représente près de 300 omnipraticiens de la région membres de l'AMOY.

Un des principaux points qui soulève l'indignation demeure l'imposition de quotas. Une «approche coercitive» que déplore haut et fort le médecin de famille cumulant près de 35 années de pratique. «Le Dr Barrette se base sur de l'arithmétique pour affirmer qu'un patient va occuper un omnipraticien l'équivalent d'une heure par année en moyenne. D'où sort-il cette donnée? C'est complètement arbitraire d'imposer un quota de 1500 patients à un médecin sans tenir compte de la réalité dans laquelle il évolue. C'est carrément discriminatoire et inacceptable.»

Le projet de loi 20 prévoit notamment que les obligations des médecins varieront en fonction des années d'expérience et des heures travaillées dans les hôpitaux, puis en clinique. Par exemple, un omnipraticien qui compte 15 à 24 ans de pratique devra assurer le suivi auprès d'un minimum de 1260 usagers. À cette contrainte s'ajoute, entre autres, celle d'exercer six heures par semaine dans un établissement de soins de santé.

«Méprisant et sexiste»

Au cours des dernières décennies, le fossé entre le nombre d'hommes et de femmes médecins s'est nivelé. Selon le Dr Bergeron, près de 90% des nouveaux médecins de famille sont de la gent féminine.

Pourtant, il est d'avis que le projet de loi 20 ne prend pas en considération cette donnée dans l'équation. «La plupart des femmes recherchent un meilleur équilibre entre le travail et la vie personnelle. Et c'est tant mieux. Plusieurs d'entre elles ont aussi des enfants. En ce sens, je trouve que le projet de loi du Dr Barrette est particulièrement méprisant et sexiste envers mes consoeurs qui commencent leur carrière.»

Répercussions

Exode des médecins, déshumanisation de la pratique. Si le ministre Barrette garde le cap en «faisant la sourde oreille» aux nombreuses récriminations des omnipraticiens, la liste des répercussions néfastes dans le réseau de la santé pourrait s'allonger, estime celui qui travaille au Centre médical Robinson. «Si le projet de loi va de l'avant tel quel, ce sera pire qu'actuellement. Le réflexe naturel et humain fera en sorte que les gens vont regarder la grille d'équivalences en essayant de trouver la solution qui les pénalisera le moins.»

Le spectre de la réforme laisse aussi entrevoir le fait que des médecins abandonnent leurs patients pour aller pratiquer à l'hôpital «pour se simplifier la tâche». «Je ne veux pas agiter d'épouvantail, mais ce serait vraiment catastrophique!», lance M. Bergeron.

En mode solutions

Plutôt que broyer du noir, le Dr Bergeron et ses collègues ont déterminé une «liste d'alternatives» au projet de loi 20.

La première solution consiste à valoriser le travail de première ligne, en donnant la même exemption pour la pratique en clinique que dans les hôpitaux.

«Actuellement à Granby, il y a environ 5000 personnes qui sont en attente pour être prises en charge par un médecin de famille, souligne le président de l'AMOY. Un meilleur équilibre entre le travail en bureau et en établissement (hôpital) viendrait en partie rétablir la situation», estime-t-il.

De plus, l'omnipraticien est d'avis que les examens annuels systématiques devraient être rayés de la carte. Son nouveau mantra réside en «l'accès adapté». «Il n'y a pas de baguette magique, mais c'est une approche qui commence vraiment à faire son chemin. En fait, c'est un mode de plages horaires plus flexibles. On parle de taux de rendez-vous fixes de 20% à 30%. Le reste demeure disponible pour voir des patients rapidement, explique-t-il. En abolissant les suivis annuels, on peut libérer de 10% à 20% de plage horaire. C'est majeur.»

La dernière solution pour désengorger les urgences passe par l'ajout d'une clinique réseau à Granby, croit M. Bergeron. «Il suffit de repenser notre façon de travailler, pas de sortir des idées d'une boîte de Cracker Jack, image-t-il. En souhaitant que le ministre de la Santé délaisse la ligne dure.»

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