Le pouvoir de l'anonymat

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«On ne joue pas à la police et on ne remplace pas la police. On est une alternative pour transiger l'information», explique Normand Desloges, président local d'Échec au crime en Haute-Yamaska et dans Brome-Missisquoi.

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Karine Blanchard
La Voix de l'Est

(Granby) Trafic de stupéfiants. Contrebande de tabac. Recel. Braquage d'un dépanneur. La force d'Échec au crime, une ligne téléphonique d'informations criminelles, est de recueillir de façon anonyme des renseignements auxquels les policiers auraient difficilement accès ou qui ne viendraient jamais à leurs oreilles autrement. Une quarantaine de dossiers destinés aux services policiers de la Haute-Yamaska et de Brome-Missisquoi ont été ouverts en 2014.

«On ne joue pas à la police et on ne remplace pas la police. On est une alternative pour transiger l'information», explique Normand Desloges, président local d'Échec au crime en Haute-Yamaska et dans Brome-Missisquoi.

L'organisme, établi au Québec depuis 1997, est affilié à Crime Stoppers, qu'on retrouve dans 20 pays. La ligne 1-800-711-1800 est quant à elle disponible au Québec et collecte de l'information pour des crimes commis partout en province, à l'exception de Montréal qui possède sa propre centrale.

«La solidité d'Échec au crime est l'anonymat de l'émetteur de l'information. C'est ce qu'on garantit», précise M. Desloges.

Un informateur qui appelle à la centrale s'adresse à un proposé et non à un policier. Ni son nom ni son numéro de téléphone ne sont demandés. Et il n'y a aucun afficheur, précise Normand Desloges.

L'information est acheminée au corps policier concerné, qui doit ensuite effectuer un retour à la centrale.

Informer, avancer et boucler

Les renseignements refilés aux policiers se divisent en trois catégories. Ils peuvent permettre de déclencher une enquête, comme ce fut le cas récemment à Halifax. Ceux-ci ont permis de stopper un présumé complot en vue d'une tuerie dans un centre commercial à la Saint-Valentin.

Ils peuvent également permettre de donner un deuxième souffle à une enquête déjà en cours, mais pour laquelle les informations sont insuffisantes.

Enfin, ils peuvent représenter le dernier maillon manquant pour boucler l'investigation.

L'avantage pour les policiers d'avoir accès à une telle courroie de transmission: ils peuvent mettre la main sur des informations auxquelles ils n'auraient peut-être pas accès autrement, ou plus difficilement.

Certaines personnes refusent en effet de collaborer avec eux pour diverses raisons: soit parce qu'elles refusent de témoigner à la cour, qu'elles ont des antécédents judiciaires, qu'elles craignent des représailles ou parce qu'elles veulent dénoncer un proche pour un crime quelconque dans l'anonymat total, par exemple.

Le seul inconvénient pour les forces de l'ordre est qu'elles ne peuvent retracer l'informateur pour l'interroger ou le citer à comparaître lors d'un éventuel procès, explique M. Desloges.

La force du public

La collaboration du public porte ses fruits, a récemment rappelé le directeur du Service de police de Granby, Marco Beauregard, pour expliquer en partie la hausse du taux de résolution des crimes au cours des dernières années.

Quarante-cinq dossiers provenant d'Échec au crime ont été acheminés aux corps policiers de la Haute-Yamaska et dans Brome-Missisquoi en 2014. À l'ensemble de l'Estrie, 185 dossiers ont été ouverts l'an passé.

Et le nombre de renseignements est en augmentation. «Plus le service est connu, plus il est utilisé, plus il donne des résultats», remarque Normand Desloges, ajoutant que bon nombre de citoyens ne connaissent pas encore l'organisme et son fonctionnement.

Depuis sa création, 378 millions de dollars de stupéfiants ont été saisis. Les informations recueillies ont aussi permis de récupérer une valeur de 10 millions de dollars en propriétés (biens volés, par exemple).

Échec au crime - qui est financé par le gouvernement via l'argent du crime saisi et des commanditaires - propose un système de récompense qui peut atteindre un maximum de 2000 $.

La personne qui a fourni l'information doit se manifester lorsqu'elle apprend que ses renseignements ont mené à une opération policière ou une arrestation. Pour s'assurer qu'elle conserve l'anonymat, un système a été mis sur pied afin de lui permettre de récupérer sa récompense, dont le montant est établi en fonction de la gravité du crime.

Depuis la création de l'organisme, près de 100 000 $ en récompenses ont été distribués dans la province.

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