Avoir trop chaud... par un froid polaire

Considérée par plusieurs comme une mauvaise herbe, l'asclépiade... (photo archives La Voix de l'Est)

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Considérée par plusieurs comme une mauvaise herbe, l'asclépiade possède d'étonnantes propriétés.

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Marie-France Létourneau
La Voix de l'Est

(Granby) Après avoir prouvé ses capacités d'absorption des produits pétroliers, la fibre d'asclépiade a démontré ses vertus isolantes. Un alpiniste a récemment atteint le sommet du mont Lafayette, aux États-Unis, par un froid polaire, vêtu d'une combinaison contenant de l'asclépiade. Et l'expérience a réservé des surprises!

«Il a eu trop chaud. C'est comique, hein?», a laissé tomber hier François Simard, président de Protec-Style, l'entreprise granbyenne à l'origine de l'exploitation de la fibre d'asclépiade.

Détail: si l'alpiniste et président d'Archimed Medical, Jean-François Tardif, était au chaud dans ses vêtements, le froid, lui, était tellement mordant (-35 degrés C avec le facteur vent, semble-t-il) que son matériel électronique (téléphone cellulaire, caméra GoPro et appareil photo) n'a pu fonctionner au sommet, selon M. Simard.

Cette expédition au mont Lafayette (1600 mètres) dans des conditions hivernales rigoureuses représentait en fait un «pré-test», car la fibre sera véritablement mise à l'essai en avril 2016, alors que M. Tardif se rendra sur le toit du monde, au mont Everest (8848 mètres).

«Nous avons clairement fait la démonstration hors de tout doute raisonnable que l'asclépiade procure suffisamment de chaleur. Le pré-test a été pertinent. Nous allons prendre l'année pour raffiner notre concept pour avoir des vêtements adaptés à l'Everest, où c'est une question de vie ou de mort si le vêtement n'est pas efficace», souligne François Simard.

Chlorophylle intéressée

Considérée par plusieurs comme une mauvaise herbe, l'asclépiade est une plante indigène très répandue. Elle produit une «cocotte» qui s'ouvre à l'automne lorsqu'elle est mûre et répand ses graines munies de soie. Les papillons monarques, en particulier, affectionnent cette plante et s'en nourrissent. Mais elle a aussi d'étonnantes propriétés que Protec-Style s'est donné pour mission de faire découvrir.

L'automne dernier, l'entreprise a décroché un contrat avec Parcs Canada pour la fourniture de 800 trousses d'urgence en cas de déversement pétrolier. Un kilo d'asclépiade peut absorber 50 litres d'huile, a souligné M. Simard, qui mène des activités de recherche et développement sur cette fibre depuis trois ans.

Le fabricant de vêtements de plein air québécois Chlorophylle s'intéresse grandement, lui aussi, à l'asclépiade, dont la fibre est aussi connue sous le nom de soyer. Le président de l'entreprise de Chicoutimi, Marc Tremblay, a d'ailleurs accompagné Jean-François Tardif au mont Lafayette et il devrait être de l'expédition à l'Everest. À tout le moins, il souhaite rejoindre le camp de base.

«L'histoire qui vient avec ce produit est aussi intéressante que ses performances. C'est en lien direct avec les valeurs de nos clients qui aiment la nature. Nous sommes très enthousiastes par rapport à ça. C'est un projet important pour nous», a dit hier à La Voix de l'Est le président de Chlorophylle.

L'entrepreneur, qui n'a pas testé personnellement la combinaison contenant de l'asclépiade, confirme être intéressé à développer éventuellement une ligne de vêtements contenant du soyer. «Je pense que ça peut être un substitut aux isolants qu'on utilise actuellement», dit-il, tout en précisant qu'il s'agit encore pour l'instant d'un «projet de recherche».

 François Simard de Protec-Style souhaite implanter des installations pour y effectuer la transformation secondaire liée aux propriétés textiles. Granby est dans sa mire pour ces opérations. «Quand la technologie va être à maturité, c'est un spin-off (une société commerciale née d'une scission d'une société plus grande), Fibre Monark, qui va la commercialiser», dit-il. Selon lui, les choses pourraient bouger dès l'an prochain.

Il a été impossible hier de joindre l'alpiniste Jean-François Tardif.

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