Trottier abandonne son rêve

«Ça été un beau rêve, mais je ne... (photo Janick Marois)

Agrandir

«Ça été un beau rêve, mais je ne peux en demander plus à mon épouse. Vivre avec un alpiniste, ce n'est pas facile. Elle en a déjà assez enduré», estime André Trottier.

photo Janick Marois

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Michel Laliberté
Michel Laliberté
La Voix de l'Est

(Roxton Pond) André Trottier abandonne l'idée de s'attaquer aux 8848 mètres du mont Everest. L'aventurier de 74 ans, qui voulait devenir le plus vieil alpiniste au monde à fouler le plus haut sommet de chacun des sept continents, a choisi de se consacrer à sa famille.

«Ça a été un beau rêve, mais je ne peux en demander plus à mon épouse. Vivre avec un alpiniste, ce n'est pas facile. Elle en a déjà assez enduré», estime M. Trottier.

Le résidant de Roxton Pond a longuement réfléchi à son record, mais surtout aux impacts passés, présents et futurs occasionnés dans son entourage par cette quête inédite. La raison s'est fait entendre, a-t-il expliqué en substance.

Son état de santé a également fait pencher la balance, reconnaît-il. Les dernières années ont été chargées d'épreuves. Il s'est fait opérer pour un cancer de la prostate, puis quelques mois plus tard pour un cancer des intestins. Sa deuxième bataille contre le Grand mal l'a fortement ébranlé.

Se promener avec un sac collé à l'abdomen, parce qu'il ne contrôlait plus ses intestins, est une expérience pénible et humiliante, dit-il. «Ça été tough. Je vomissais tout le temps. De la bile à la fin. Je voulais crever. Et ce maudit sac... Ça semblait facile à mettre au début, mais... Je ne souhaite ça à personne», raconte-t-il.

Délivrance

Heureusement, ses séances de traitement pour diminuer le polype dans ses intestins ont été efficaces. Et la chirurgie pour le retirer s'est bien déroulée. Aucune séquelle. Une délivrance, soutient M. Trottier.

La montagne a habitué l'aventurier à la souffrance. Il est toujours revenu de ses expéditions en grande forme prêt à repartir le lendemain pour un autre sommet. Ses combats contre ces cancers l'ont toutefois changé physiquement. D'une charpente costaude, l'homme des montagnes apparaît maintenant plus svelte, moins solide. Il continue, cela dit, de tirer sa force de sa grande détermination. Son regard direct et franc nous dit qu'il n'y a toujours pas grand-chose à son épreuve. Aussi, son sourire nous convainc qu'il est à l'aise avec sa décision de se donner de nouveaux défis.

C'est en lisant une biographie de George Mallory que M. Trottier s'est fait à l'idée qu'il devait oublier l'Everest. L'alpiniste britannique, qui pourrait avoir été le premier humain à franchir la mythique montagne en 1924, 19 ans avec Sir Edmund Hillary et Tensing Norgay, est mort laissant derrière lui son épouse et leurs trois jeunes enfants. Son corps a été retrouvé il y a quelques années. Le mystère plane toujours à savoir s'il est mort avant d'atteindre le sommet ou lors de sa descente.

Cette lecture a bouleversé le Roxtonais. «On comprend tout ce que son épouse a pu vivre. À mon âge, est-ce que ça vaut la peine de m'embarquer là-dedans? Je veux passer plus de temps avec mon épouse et avec ma famille.»

Carrière sur le tard

André Trottier a eu une belle carrière comme pilote des cargos qui sillonnent le fleuve Saint-Laurent. Il a entrepris sa carrière d'alpiniste sur le tard, alors qu'il entamait sa retraite. Ça ne l'a pas empêché de regarder le monde tout en haut de plusieurs célèbres montagnes. Son palmarès est éloquent (voir tableau). Outre l'Everest, il lui restait les monts Vinson (Antarctique, 4897 mètres) et Kosciuszko (Australie, 2228 mètres) pour passer à la postérité dans le cercle des alpinistes.

L'aventurier n'a pas pour autant mis une croix sur des sorties en altitude. Il a accompagné des amis cet automne au nord de Katmandou au Népal pour monter les 5033 mètres du mont Tsergu Ri. L'occasion était belle, à sa descente, pour visiter Lhassa, la capitale du Tibet. Un rêve, dit-il.

Il se promet plusieurs autres sorties. Des défis moins intimidants pour les mollets, doit-on préciser. Cette fois avec ses trois petits enfants. Le couple a acheté un véhicule motorisé usagé pour parcourir avec leurs héritiers les belles contrées canadiennes et américaines. «Il y a tellement de beaux endroits à visiter. J'ai la chance de le faire avec ma famille», se réjouit-il.

Abonnez-vous à La Voix de l'Est ou à LaVoixdelEstSurMonOrdi.ca

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer