Offres de Québec aux enseignants: «Odieux», dit le SEHY

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«Ça envoie un bien mauvais message aux profs, ça les démoralise», dit le président du Syndicat de l'enseignement de la Haute-Yamaska, Éric Bédard (à gauche). «On met tout sur leur dos pendant que les besoins sont criants», ajoute Martin Laboissonnière, représentant des enseignants du préscolaire et du primaire.

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Pascal Faucher
Pascal Faucher
La Voix de l'Est

(Granby) Augmenter la tâche des enseignants? Plus économique pour l'État, mais nuisible aux professeurs et aux élèves, affirme le président du Syndicat de l'enseignement de la Haute-Yamaska (SEHY), Éric Bédard.

En pleine austérité, Québec veut augmenter le nombre d'heures où les maîtres sont présents à l'école ainsi que le nombre d'élèves par classe, et ce, sans compensation. Un dépôt patronal qui fait bondir le président du SEHY.

«C'est odieux, dit M. Bédard. En fait, je n'ai pas de mot assez fort pour qualifier ça.» Il souligne qu'augmenter le nombre d'heures de travail à l'école n'est qu'une baisse de salaire déguisée: l'enseignant devra faire plus d'heures sur son temps de travail personnel (correction, planification) puisque le temps passé sur place est majoritairement consacré aux rendez-vous, formations et comités.

Donc, plus de travail pour moins de salaire. Comme si les enseignants ne travaillaient pas assez, dit Martin Laboissonnière, représentant des enseignants du préscolaire et du primaire. «Ils travaillent aussi le soir et les fins de semaine, dit-il. Je n'en connais aucun qui ne le fait pas.» Il se dresse contre ce «bénévolat imposé».

Besoins

«Les gens seraient surpris du nombre de professeurs qui travaillent à temps partiel simplement pour avoir le temps de faire toutes leurs tâches et de participer à tous les comités, dit Éric Bédard. L'enseignant a beaucoup de choses à faire à part enseigner. Les gens n'ont pas tous conscience de cette partie-là.»

Pendant ce temps, les spécialistes (techniciennes en éducation spécialisée, psychologues, etc.) interviennent de moins en moins par souci, là aussi, d'économie, dit M. Laboissonnière. «On met tout sur le dos de l'enseignant, dit-il, pendant que les besoins sont criants.»

Car depuis les années 1990, on intègre les élèves handicapés ou en difficulté dans les classes régulières, mais sans que l'aide requise soit au rendez-vous, déplore le SEHY. «L'enseignant est mieux formé pour déceler les problèmes, mais il ne peut pas tout faire, dit M. Bédard. Surtout s'il passe la moitié de son temps à s'occuper d'élèves qui grimpent dans les rideaux.»

«Les autres élèves ont droit à un enseignement de qualité, aussi», dit Martin Laboissonnière.

Impact

Dans cette optique, l'augmentation de deux à trois élèves par classe, à partir de la troisième année du primaire, n'a aucun sens aux yeux du SEHY, affilié à la Fédération autonome de l'enseignement. Le ministère de l'Éducation soutient que puisque la réduction du nombre d'élèves par classe n'a pas amélioré les résultats scolaires, le contraire ne nuira pas non plus.

«Je n'y crois pas, dit M. Bédard. Quand t'as moins d'élèves, t'as plus de temps pour t'occuper de ceux en difficulté, c'est logique.» Si les résultats scolaires n'ont pas augmenté, il est de notoriété publique que plus d'élèves terminent leur secondaire et se rendent jusqu'au cégep ou à l'université.

«Avec 50 élèves qui sont bons, ça ne fait peut-être pas de différence, dit M. Laboissonnière. Mais dans une classe régulière, ça a plus d'impact.»

Une chose est sûre, on en remet sur les épaules des professeurs, dit Éric Bédard. Dans un contexte où, rappelle-t-il, le quart des étudiants en enseignement abandonnent durant leurs années d'université et 20% laissent tomber la profession durant leurs cinq premières années de travail.

Le président du SEHY n'aime pas qu'on parle de l'enseignement comme d'une vocation, un mot qui, selon lui, réfère à une époque où les professeurs étaient encore plus mal payés et encore moins bien considérés. La stratégie actuelle du gouvernement lui fait le même effet.

«Ça envoie un bien mauvais message aux profs, ça les démoralise, dit-il. Si j'étais étudiant en éducation, j'y penserais à deux fois.»

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