Un long passé de persécutions

Kamber Turk et sa femme Ceylan sont prêts... (photo Julie Catudal)

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Kamber Turk et sa femme Ceylan sont prêts à passer plusieurs mois dans le petit sous-sol de l'église de Rougemont pour éviter de retourner dans leur pays.

photo Julie Catudal

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<p>Cynthia Laflamme</p>
Cynthia Laflamme
La Voix de l'Est

(Rougemont) Les conditions ne sont pas idéales pour les Kurdes qui vivent en Turquie depuis plusieurs années en raison de la radicalisation et de l'islamisation de l'État. La famille Turk a demandé l'asile politique au Canada en 2012 après avoir vécu plusieurs actes de persécution. Elle a trouvé asile à l'église de Rougemont vendredi pour éviter la déportation. Elle raconte son histoire.

«En Turquie, j'avais un petit dépanneur, raconte Kamber Turk, par l'entremise de son ami et interprète Maksuni Oerde. On était sur une route principale et, comme on vendait de l'alcool, on avait des problèmes avec des gens. Comme on était dans une petite place, ils te connaissent et, à cause de ta race et de ta religion, tu as toujours des problèmes.»

Kamber, sa femme Ceylan, leurs enfants Sila, Helin et Derine, et le frère de Kamber, Orhan, sont Kurdes et de confession alevi. Dans l'est de la Turquie habitent 20 à 27 millions de Kurdes, principalement au Kurdistan. La religion islamique de courant sunnite prédomine en Turquie.

L'histoire du peuple kurde est vaste, mais les faits marquants qu'ont vécus les Turk - nom de famille imposé par les Turcs il y a quelques générations - remontent à 1984, au début d'une guerre entre les deux peuples, qui s'est poursuivie jusqu'en 1999. «À cette époque, le gouvernement turc accusait la plupart des Kurdes d'aider les militants kurdes, relate l'interprète. Pour cela, beaucoup de villages, entre 5 et 6000, ont été rasés, vidés par les forces de l'État turc. À cette époque, les Turk vivaient dans un petit village et le gouvernement leur a donné l'ordre de le quitter.»

Comme des centaines de milliers de Kurdes, la famille a été déplacée vers l'ouest, où on a tenté d'assimiler ses membres et où on les a persécutés, poursuit M. Oerde. Kamber et son frère aîné, Fevzi, arrivé à Rougemont en 2000, disent même avoir été arrêtés et battus par la police puisqu'ils étaient soupçonnés d'aider les militants kurdes. À cela s'ajoutaient des contrôles routiers où on pouvait facilement identifier les Kurdes, qui ne recevaient pas alors le même traitement.

«Depuis 2002, l'islamisation et la radicalisation montent de jour en jour. Les Kurdes sont persécutés depuis des siècles à cause de leur religion parce qu'ils refusaient d'être comme des musulmans sunnites. Tous ces facteurs ne donnent pas de chance.»

Avant de quitter la Turquie, Ceylan était obligée de porter le voile. «Ma femme ne pouvait pas se promener comme elle veut», rapporte Kamber, rencontré hier dans le sous-sol exigu de l'église. Ce n'est qu'un exemple de persécution dont sa famille a été victime.

Au bout des démarches

Maintenant, il ne leur reste plus que l'aide politique et de la population, notamment grâce à un comité de soutien. Les Turk pourront demander un examen des risques avant renvoi (ERAR) en mai, un an après la décision de refus. Par contre, il y a une période de cinq mois où ils n'auront pas de statut et devront demeurer dans le sous-sol de l'église.

«C'est pas logique, commente l'interprète. Tu fais une demande, tu sais que ta demande d'appel va être de quatre mois maximum et les gens n'ont jamais le temps pour faire une demande d'ERAR (NDLR: puisque déportés). C'est le jeu de l'immigration.»

Dans le cas d'Orhan, il a une autre chance, mais il faudrait qu'il quitte le Québec pour faire une demande pour rejoindre sa famille légalement. Ce statut prend du temps à obtenir.

La famille espère que Chris Alexander, ministre de l'Immigration et de la Citoyenneté, lui donne sa résidence permanente pour des considérations d'ordre humanitaire, ou du moins un statut temporaire pour en faire la demande. Et ils sont prêts à passer plusieurs mois à l'église, s'il le faut, assure Kamber Turk.

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