Ultime tentative pour éviter la déportation: la famille Turk se réfugie à l'église

Sila, 11 ans, Derine, 1 an, Helin, 5 ans et leur... (photo Alain Dion)

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Sila, 11 ans, Derine, 1 an, Helin, 5 ans et leur mère Ceylan Turk, dans l'église de Rougemont qui sera leur nouveau refuge. Elles vivront d'espoir d'être acceptées comme réfugiées, tout comme le conjoint de Ceylan, Kamber, et le frère de ce dernier, Orane.

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<p>Cynthia Laflamme</p>
Cynthia Laflamme
La Voix de l'Est

(Rougemont) Arrivée au bout des démarches judiciaires possibles pour rester au Canada, la famille Turk a choisi de demander l'asile à l'église de Rougemont, hier à 16 h. Elle compte y habiter jusqu'à ce que le ministre de l'Immigration du Canada lui accorde l'asile.

«Ils ont besoin de support psychologique, croit Maksuni Oerde, ami de la famille arrivé au Canada il y a plus de vingt ans et qui agit à titre d'interprète pour la famille. Ils ne se sentent pas bien, mais c'est la seule démarche qui leur reste.»

Arrivés comme réfugiés en 2012, Kamber Turk, sa femme Ceylan, les trois enfants du couple et l'oncle Orane se sont installés à Rougemont. Ils ont été invités à quitter la Turquie par le frère aîné de la grande famille Turk, Fazid, arrivé dans la région en 2000, pour trouver asile au Canada.

«En entrant comme réfugié, tu reçois une permission temporaire d'habiter au Canada», explique Ruth Phaneuf, la directrice de l'école Saint-Michel, que fréquentaient les deux filles les plus âgées du couple jusqu'à maintenant.

«Mais en mai dernier, on leur a dit qu'ils ne seraient pas acceptés comme réfugiés», poursuit celle qui a pris la cause à coeur. C'est alors qu'a commencé une bataille juridique devant la Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada (CISR). La décision défavorable à l'endroit de la famille a été rendue la semaine dernière et on lui a ordonné de quitter le pays hier, à 17 h.

L'avis du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a été demandé. Hier matin, la réponse reçue donne raison au Canada. «Le Haut Commissariat a trouvé ça raisonnable. Ce matin, on savait que c'était fini, il n'y avait plus aucune autorité juridique qui pouvait les défendre», laisse tomber Mme Phaneuf.

«J'étais déçue parce que nos enfants sont bien intégrés ici, même nous, lance la mère des trois enfants. Ils vivent avec la culture d'ici. C'est difficile de quitter.»

Comme tous les recours juridiques ont été épuisés, la famille passe maintenant en action politique. «La dernière carte qu'on utilise, c'est de se réfugier à l'église», souligne la directrice au nom des Turk.

Municipalité, école et communauté religieuse de Rougemont se sont mobilisées pour offrir l'asile à la famille. Traditionnellement, quelqu'un de poursuivi pouvait se réfugier dans un lieu de culte. «La société civile respectait ce droit d'asile, note le curé Gérald Ouellette. Et ça continue encore aujourd'hui d'une certaine manière à certains moments. Ça nous fait plaisir d'être associés à ce mouvement parce que je connais ces gens quand même un peu. Ce sont de bonnes gens qui s'efforcent de gagner leur vie convenablement. Il y a eu des changements dans les lois fédérales à propos de l'immigration, c'est ce qui complique leur vie en ce moment. Sans ces changements alors qu'ils étaient déjà ici, ils seraient déjà acceptés comme réfugiés.»

Nouvelles règles

Le 15 décembre 2012, le gouvernement conservateur a en effet resserré les règles pour l'octroi d'asile afin que les demandes soient entendues plus rapidement. Par conséquent, les personnes qui ont besoin de protection reçoivent une réponse plus rapidement et celles qui n'en ont pas besoin sont renvoyées plus rapidement dans leur pays, lit-on sur le site internet d'Immigration Canada.

On peut également y lire que «[l]e Canada offre une protection à certaines personnes se trouvant sur son territoire qui craignent la persécution ou qui seraient en danger si elles devaient quitter le pays». Parmi ces dangers, on compte la torture, la menace à la vie et le risque de traitements ou de peines cruels et inusités. La commissaire aurait fait savoir que la situation en Turquie a déjà été difficile, il y a bien longtemps, mais qu'elle l'est moins aujourd'hui.

Alors pourquoi les Turk ont-ils demandé l'asile? Ils sont Alevis (une religion minoritaire en Turquie) et Kurdes, deux critères de persécution dans leur pays d'origine, selon Maksuni Oerde.

Mme Phaneuf craint également que Sila, 11 ans, et Helin, 5 ans, soient ostracisées dans leur pays d'origine étant donné qu'elles ont étudié au Québec, d'autant plus que la scolarisation ne serait pas bien vue pour les filles. «Pour nous, Sila et sa soeur sont un modèle de persévérance et de travail, témoigne la directrice d'école, la gorge nouée. Ce sont des élèves très talentueuses. Actuellement, elles sont bien mieux au Canada qu'en Turquie.»

Encore espoir

Pour leur séjour d'une durée indéterminée à l'église de Rougemont, Kamber, Ceylan, Sila, Helin, Derine et leur oncle Orane se sont vu donner du mobilier pour un minimum de confort et de commodités. Des proches leur apporteront de quoi manger puisqu'ils ne pourront pas sortir pour s'en procurer, de peur d'être arrêtés et déportés. Et un professeur viendra enseigner aux enfants sur place.

«Je suis tellement content que les gens soient là pour nous aujourd'hui, déclare le père de famille. Quand je vois que les gens nous supportent comme ça, j'ai espoir.»

«La vie est dure, mais je suis tellement soulagée. Si je n'y croyais pas, je ne serais pas ici aujourd'hui», dit pour sa part sa femme Ceylan.

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