Fermeture de l'usine de Beaulieu Canada à Farnham entre l'amertume et le soulagement

L'intérieur de l'usine de Beaulieu Canada, à Farnham.... (photo fournie par Michel Rodier)

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L'intérieur de l'usine de Beaulieu Canada, à Farnham.

photo fournie par Michel Rodier

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<p>Cynthia Laflamme</p>
Cynthia Laflamme
La Voix de l'Est

(Farnham) Soulagés. C'est l'impression qu'avait Michel Rodier de ses collègues, le 30 décembre, lorsqu'ils ont quitté pour une dernière fois l'usine de Beaulieu Canada, située à Farnham.

L'entreprise avait annoncé la fermeture complète pour le 2 janvier, mais avec les journées fériées, les employés sont partis quelques jours plus tôt, non sans un soupir. «Je n'ai pas vu un employé qui était choqué, déçu, triste, commente M. Rodier, qui était à l'emploi de la filature depuis 42 ans. J'ai des photos des employés quand ils partent. Il n'y a pas grand personne qui n'a pas de sourire. Tout le monde s'est senti libéré.»

«Depuis le temps qu'ils avaient annoncé la première fermeture, je pense que les employés avaient hâte de sortir. Ils étaient tannés, renchérit un autre employé, qui préfère garder l'anonymat. Travailler avec la fermeture en tête, même les contremaîtres... Il y en a quelques-uns qui sont transférés à Acton, mais il y en a d'autres qui perdent leur emploi. Ils sont sortis la tête haute. Malgré tout, ils sont chanceux, Beaulieu, parce qu'il aurait pu y avoir du grabuge.»

Le temps des Fêtes de M. Rodier et André Dumont a été radicalement différent. Le premier avait cumulé le plus d'heures supplémentaires possible pour s'assurer un coussin financier. M. Dumont a quant à lui quitté son emploi plus tôt, après 30 ans de loyaux services. «J'étais écoeuré de l'atmosphère et je me suis trouvé une job ailleurs», explique-t-il. Cependant, il n'y est pas resté longtemps en raison de la maladie. Il a donc vécu un temps des Fêtes modeste.

Quelques personnes ont été transférées à l'usine de Beaulieu Canada d'Acton Vale. Moins d'une dizaine d'employés demeurent à l'usine pour quelques semaines, le temps de démanteler les installations de l'édifice à vendre, selon Michel Rodier.

Quelque 80 personnes sont touchées par la fermeture.

Lent déclin

L'entreprise a déjà connu des jours meilleurs. M. Rodier explique que Beaulieu Canada, autrefois Coronet Carpets, engageait à une certaine époque 600 personnes et le temps supplémentaire y était fréquent. «Quand c'était Coronet, on faisait du tapis, raconte-t-il. Coronet a acheté Peerless en 2002 à peu près, ils ont envoyé le tapis là-bas. Nous, on faisait les réparations, la filature. C'est là que ça a commencé à mal aller.»

En 2008, le salaire des employés a été diminué de quelques dollars l'heure. Certains soirs, l'usine fermait plus tôt en raison d'un manque de travail. «On se disait: ''ça ne peut pas continuer comme ça''. Ça faisait deux ans qu'on faisait ça», se rappelle Michel Rodier, qui voyait sa retraite approcher à grands pas.

Farnham n'en est pas à son premier coup dur. Avant Beaulieu Canada, Collins&Aikman y a fermé ses portes en 2008. Et chez Tarkett, - avec qui nous ne nous sommes pas entretenus - , la situation ne semble pas au beau fixe. «Ils sont sur le travail partagé, ils font trois jours semaines», affirme le travailleur, qui y avait postulé pour un emploi.

Mais la ville ne constitue pas un cas isolé. Dans les cas de Beauharnois et de Shawinigan, qui ont été désertés par de grands employeurs, les maires ont relevé leurs manches pour ramener des entreprises dans leur ville, affirme Michel Rodier. Natif et résidant de Farnham, ce dernier nourrit toutefois peu d'espoir que sa ville prenne exemple sur ces dernières. «J'aime bien le maire de Farnham, mais je trouve qu'ils ne font pas grand-chose pour attirer les usines ici et ils ne font pas grand-chose pour attirer les familles, laisse-t-il tomber. Ça s'en vient plus une ville dortoir qu'autre chose.»

Optimiste de nature, il garde toutefois un espoir face à Champag, une usine de champignons qui ouvrira à Farnham et créera plusieurs emplois.

«Ils faisaient tout pour fermer l'usine»

Dans toute cette histoire, les travailleurs ont l'impression d'avoir été abandonnés par les différents paliers gouvernementaux.

 «Peut-être que le gouvernement n'a pas fait sa part, mais l'usine n'a pas fait sa part, retient M. Rodier. En 2009, conjointement, le syndicat (CSD), le gouvernement et l'usine, Beaulieu Canada, étaient supposés faire un remaniement de l'usine. On était supposé redevenir autonomes face à Acton Vale. Ça ne s'est jamais fait. Le gouvernement n'a pas mis l'argent qu'il était supposé mettre. Il fallait donner des preuves comme quoi on allait redonner l'autonomie et on n'a jamais remis de preuves. Les employés sont très amers de ça. On a entendu dire qu'ils ont perdu [la subvention] parce qu'ils ne sont pas arrivés dans le temps. On aurait dit qu'ils faisaient tout pour fermer l'usine. C'est l'avis de beaucoup de monde à l'usine.»

«Je leur en veux beaucoup à la compagnie, de nous faire un coup de même, renchérit André Dumont. Ils font travailler les États-Unis plutôt que nous autres. J'en veux au gouvernement, aux deux paliers. Ils ne nous aident pas.»

Reste maintenant à ces employés, dont la moyenne d'âge est de 55 ans et l'ancienneté moyenne, de 32 ans, à distribuer leur curriculum vitae.

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