Accès interdit au lac Brome : «La glace, c'est comme un tueur tranquille»

La Ville de Lac-Brome a installé des écriteaux... (photo Alain Dion)

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La Ville de Lac-Brome a installé des écriteaux un peu partout aux abords du lac pour dissuader les gens de s'y aventurer.

photo Alain Dion

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Jean-François Guillet
La Voix de l'Est

(Lac-Brome) Les services d'urgence ont fort à faire dans le secteur de Lac-Brome depuis quelques jours. Non pas en raison d'un nombre élevé de sinistres, mais plutôt pour surveiller les dizaines de personnes insouciantes, voire téméraires qui s'aventurent sur la mince couche de glace du lac Brome, faisant fi des pancartes bien en vue l'interdisant.

«Empêcher les gens d'aller sur la glace sur un grand plan d'eau comme le lac Brome, c'est tout un défi. Tu en sors 10 d'un côté et il y en a 10 autres qui se pointent un peu plus loin. Malheureusement, la glace donne souvent un faux sentiment de sécurité. En ce moment, c'est très hasardeux, même à pied», a indiqué le directeur du service des incendies de Lac-Brome, Pierre Laplante.

Bien qu'il s'agisse d'une problématique récurrente, la situation est «très préoccupante» en raison du début d'hiver en dents de scie, qui affecte directement l'épaisseur de la glace. Ainsi, depuis près d'une semaine, les sapeurs patrouillent dans les environs pour expulser les contrevenants, épaulés par les policiers de la Sûreté du Québec si besoin est. «Ça arrive de partout. Juste ce matin (hier), il y avait une vingtaine de personnes sur le lac. Les personnes mettent leur vie en danger et on ne peut pas les laisser faire, a insisté M. Laplante. En général, les gens comprennent. Mais c'est comme dans toutes choses, il y a toujours des personnes qui ont la tête dure.»

Bien que les pompiers aient accès à des équipements spécialisés, ceux-ci s'exposent à des risques bien réels en intervenant auprès des récalcitrants, a poursuivi le chef des sapeurs.

D'ailleurs, la municipalité a installé plusieurs écriteaux aux abords de la vaste étendue d'eau. Cela ne semble toutefois pas refroidir les ardeurs de plusieurs citoyens.

Effet d'entraînement

Selon le chef des pompiers, le coeur du problème réside principalement dans l'effet d'entraînement engendré par de nombreux «irréductibles», entre autres les amateurs de pêche blanche. «Pour certaines personnes, la pêche sur la glace est presque une religion. Ils sont prêts à tout pour pratiquer leur sport, même à risquer leur vie, dit-il. Et quand les gens voient des cabanes ou des gens sur le lac, ils se disent que c'est sécuritaire, alors que c'est tout le contraire.»

 Pour expliquer la dangerosité de se hasarder sur le lac Brome, M. Laplante fait valoir que l'épaisseur du couvert de glace est «très aléatoire». «La glace peut avoir quatre pouces à certains endroits, alors qu'elle est très mince juste à quelques pieds de là. Il y a des courants chauds dans certains secteurs, alors on ne peut rien tenir pour acquis. Surtout pas à ce temps-ci de l'année parce qu'il n'a pas encore fait assez froid», a-t-il mentionné, citant en exemple un conducteur de véhicule tout-terrain qui avait eu toute une frousse en janvier dernier, quand la glace a cédé sous ses roues.

Perception

Bien que le bilan des noyades au Québec tende à s'améliorer, le directeur général de la Société de sauvetage du Québec, Raynald Hawkins, est d'avis qu'un «gros travail de sensibilisation» reste à faire, surtout l'hiver.

«Au Québec, les perceptions ont tendance à s'enraciner. C'est difficile de convaincre un motoneigiste qui passe depuis 35 ans au même endroit qu'il doit changer ses habitudes. Même chose pour les gens qui patinent année après année sur le lac durant le temps des Fêtes. Pourtant, il faut toujours prendre en considération qu'un hiver doux accroît de façon significative le facteur de risque de bris de la glace, avec les conséquences qu'on connaît.»

D'ailleurs, avec le redoux annoncé au cours des jours à venir, le spécialiste en sauvetage invite la population à redoubler de prudence. «La glace, c'est comme un tueur tranquille, a-t-il illustré. Elle frappe quand tu ne t'y attends pas.»

Selon les statistiques de la Société de sauvetage, un total de six décès par noyade liés à des chutes dans l'eau glacée ont été répertoriés en Estrie et en Montérégie depuis 2011.

M. Hawkins a précisé qu'outre l'épaisseur de la glace, plusieurs points sont à observer avant de s'aventurer sur un plan d'eau en hiver. Primo, il faut s'abstenir de s'approcher des structures ou des roches, car la glace y est souvent plus mince aux abords. Une teinte bleutée ou translucide est aussi annonciatrice de la précarité du couvert. Idem pour les fissures majeures. Il faut également éviter autant que possible les embouchures des lacs ou des rivières.

«Profiter de l'hiver, c'est une question de gros bon sens, a laissé tomber M. Hawkins. Il vaut toujours mieux faire plusieurs vérifications que de risquer de faire la manchette.»

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