«À 99,9¢ le litre, on se garroche!»

Le Granbyen Yvan Simard était ravi de profiter... (photo Alain Dion)

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Le Granbyen Yvan Simard était ravi de profiter d'une «occasion en or» pour faire le plein du réservoir de son camion. «Ça fait drôle de voir les litres monter plus vite que le prix!», a-t-il lancé.

photo Alain Dion

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Jean-François Guillet
La Voix de l'Est

(Ange-Gardien) Voir des automobilistes le sourire aux lèvres avec le pistolet d'une pompe à essence à la main. Surréaliste, vous croyez? Pas dans les stations-service d'Ange-Gardien situées en bordure de l'autoroute 10, qui offrent du carburant sous la barre psychologique du dollar. Une «affaire d'or» que les conducteurs flairaient par dizaines, hier.

«À 99,9¢ le litre, on se garroche! Je ne me rappelle plus la dernière fois que j'ai vu ça. Ça fait drôle de voir les litres monter plus vite que le prix!» a lancé le Granbyen Yvan Simard en riant lors du passage de La Voix de l'Est, alors qu'il terminait de faire le plein du réservoir de son camion.

«J'arrive de Floride. Je me suis habitué à voir de l'essence pas trop chère là-bas. Je suis bien content de constater qu'il n'y a pas qu'aux États-Unis que le prix du pétrole baisse», a pour sa part indiqué Robert Larochelle.

Un peu plus loin, Alain Paquette avait les yeux écarquillés en observant ce qu'affichait la pompe devant lui. «Je surveille le prix du gaz sur internet et j'ai vu qu'il était à 1,04$ à Ange-Gardien. J'ai eu toute une surprise quand je suis arrivé ici. Je reste à Saint-Paul-d'Abbotsford. À moins d'un dollar, ils vont me revoir, c'est certain. Ça va faire tourner l'économie, parce qu'à 1,40$, les gens restent chez eux.»

De l'autre côté de la rue, Pierre Gingras s'affairait à remplir ses cinq gros bidons. «Ça vaut la peine de faire des réserves. Je vais à la Baie-James bientôt et l'essence coûte un prix de fou là-bas. J'ai aussi un pick-up. À 138 litres le plein, ça paraît! Si ça peut rester à ce prix-là, les gens ne s'en plaindront certainement pas. Surtout à la veille du temps des Fêtes.»

Achalandage

Le détaillant qui a lancé le bal à Ange-Gardien, jeudi midi, est le Marché du Village, affilié à la bannière Shell. Le propriétaire du commerce, Karl Roy, a concédé que son idée a eu des retombées instantanées sur ses ventes globales, malgré une baisse de sa marge de profit sur l'essence.

«Le but, c'est de faire du volume, a-t-il indiqué d'entrée de jeu. Les Fêtes s'en viennent et certains détaillants trouvent le moyen d'augmenter les prix. On ne veut pas embarquer dans ce jeu-là. Et il ne faut pas se le cacher, ça amène de l'achalandage dans la business. Près d'une personne sur trois fait des achats autres que l'essence.»

Le commerçant a mentionné qu'après s'être répandue sur les réseaux sociaux «comme une traînée de poudre», la nouvelle que des stations-service du coin vendaient l'essence «à bas prix» a eu des répercussions sur le terrain. «Ça a commencé lentement, mais vers 4 h 30, on a payé le prix. Trois à quatre autos par pompe, ce n'était pas rare. Et ça n'a pas lâché en soirée.»

Au-delà de la manne qu'occasionne cette affluence instantanée, le gérant du magasin, Pier-Olivier Despars, a constaté un changement d'attitude chez la clientèle. «C'est psychologique. L'essence à 99¢, ça paraît sur le moral des gens. Les clients fâchés parce qu'ils ont un petit problème, il n'y en a plus depuis hier (jeudi).»

Et s'il n'en tient qu'à Karl Roy, cette initiative s'échelonnera sur une longue période. «Notre but, c'est d'avoir toujours le prix le plus bas pour le carburant. Si on peut enlever un sou, on le fait. C'est plus plaisant de travailler dans une ambiance comme ça, plutôt que d'être celui qui monte le jeudi ou le vendredi. Si on peut rester sous la barre du dollar durant un mois, et même plus, on va le faire.»

De bonne guerre

La guerre que se livrent depuis quelques mois l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et les Américains aura finalement eu des répercussions positives pour les automobilistes dans la région. En fait, le Brent (référence mondiale) a amorcé une chute vertigineuse en juin, alors qu'il oscillait autour de 105$ le baril. Hier, il avoisinait 62$. Selon la porte-parole de CAA-Québec, Anne-Sophie Hamel, la tendance baissière du prix du pétrole devrait se poursuivre.

«Le marché est vraiment en chute libre. Et ça ne semble pas vouloir s'arrêter parce que le volume de production est toujours haut pour une demande qui ralentit, a-t-elle fait valoir. Il semble que le phénomène va se poursuivre.»

Dans la conjoncture, l'essence à moins d'un dollar le litre est «une très bonne affaire», a concédé la responsable des communications de CAA-Québec, car les coûts d'acquisition pour les stations-service des MRC Rouville, dont Ange-Gardien fait partie, Acton et Haute-Yamaska, entre autres, sont de 98,7¢ le litre. «Dans le cas des détaillants d'Ange-Gardien, la marge de profit est mince, mais ils ne vendent pas à perte, a-t-elle relaté. Ils misent sur le volume et ce sont les automobilistes qui sortent gagnants.»

Dans ce cas, qu'est-ce qui explique que les stations-service de Granby affichaient pour la plupart 1,07$ le litre, hier? «Dans les marchés assez stables, tant qu'il n'y a pas de détaillant qui décide de faire un mouvement à la baisse, personne ne se sent dans l'obligation de le faire. C'est ce qui doit se passer à Granby. La marge au détail se situe autour de sept sous par litre. C'est une marge confortable, elle pourrait sans doute descendre un peu.»

Rappelons que le prix à la pompe a atteint un sommet cette année à 145,5¢ le litre en avril. L'essence est également descendue sous les 1$ dans certaines stations-service de Sutton, hier.

Reste à voir si le mouvement se répandra à travers la région...

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