Contrôles plus stricts dans les épiceries «Ce sera un travail de longue haleine»

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Selon des gens du milieu de la boucherie, le réemballage de la viande est monnaie courante dans l'industrie.

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Jean-François Guillet
La Voix de l'Est

(Granby) Le ministre de l'Agriculture, Pierre Paradis, a affirmé hier vouloir traquer les épiciers qui bernent leurs clients en réemballant des produits alimentaires, notamment la viande. Il a donné instruction à ses fonctionnaires d'étudier cette mesure, réagissant ainsi à la diffusion d'un reportage montrant que plusieurs épiciers changent les étiquettes pour que la viande ait l'air plus fraîche qu'elle l'est réellement.

«Nos producteurs produisent des viandes de qualité, les consommateurs ont le droit de manger des produits de qualité, et il n'y a pas de place pour les tricheurs entre les deux», a déclaré le ministre, hier matin.

Une équipe de Radio-Canada a révélé que les employés d'un magasin IGA enlèvent chaque matin la viande des étalages et en retire l'emballage. On sent alors les produits avant de décider de les remettre sur les tablettes, avec un nouvel emballage.

Des cas comme ceux-ci étaient déjà connus, a convenu le ministre Paradis, puisque des établissements avaient déjà été mis à l'amende. «Cette pratique-là dure depuis un certain temps parce qu'il y a des infractions qui ont été commises et des gens qui ont été condamnés. Maintenant, est-ce qu'elle s'est généralisée depuis quelque temps? On pense que oui.»

«Ça a pris des proportions qui deviennent alarmantes», a-t-il ajouté.

«Chasse aux tricheurs»

Les propos du député de Brome-Missisquoi ont par ailleurs fait grand bruit chez des commerçants de ce secteur à Granby.

Les dirigeants des succursales Loblaws, Metro et IGA de Granby contactés par La Voix de l'Est, hier, avaient tous entendu parler d'une éventuelle interdiction de réemballage de produits alimentaires. Idem pour le resserrement du contrôle par les inspecteurs du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ). Cependant, aucun d'entre eux n'a voulu commenter, redirigeant le journal à leur maison-mère respective.

De son côté, Luc Langelier, propriétaire de l'entreprise Les Viandes du Mont, située rue Principale à Granby, voit d'un bon oeil la «chasse aux tricheurs». «Interdire le réemballage de la viande, c'est une très bonne affaire, a-t-il affirmé d'entrée de jeu. S'il y a des règles, c'est qu'il y a une raison. Ici, on ne ferait jamais ça parce qu'il y a des risques pour la santé. Et il n'y a aucune bonne raison pour tromper le client!»

L'homme d'affaires avoue toutefois que cette pratique est monnaie courante dans l'industrie alimentaire. «Je n'irais pas jusqu'à dire que c'est un fléau, mais c'est quelque chose qui est bien connu dans le milieu.»

Le profit avant tout

Michel Couture a travaillé durant plus de 25 ans dans le monde des supermarchés. Il est maintenant son propre patron à la tête de la Boucherie Jean-Guy, qui a pignon sur rue à Granby depuis des années. Il est du même avis que M. Langelier à propos du bien-fondé de la proscription du réemballage de la viande. «Ici, nous n'emballons rien d'avance. On ne vend que des produits frais. Ça devrait être comme ça partout en épicerie, mais ce n'est pas le cas. Si le ministère veut agir en "serrant la vis", je n'ai aucun problème avec ça. Malheureusement, il y en a qui sont prêts à vendre leur mère pour faire des profits», a-t-il imagé.

Au cours de sa carrière, M. Couture raconte avoir vu plusieurs de ses collègues contourner les règles. Il tient toutefois à préciser qu'il ne faut pas «mettre tout le monde dans le même panier». «Malheureusement, avec des histoires comme celle qui vient de sortir, ça donne une très mauvaise image à l'industrie de la boucherie. Même si c'est très fréquent, le réemballage dépend surtout du gérant (du rayon) de la viande parce que certains reçoivent des bonis (en fonction des pertes). Les propriétaires vont toujours dire que ça ne se fait pas dans leur commerce, mais dans la réalité, c'est autre chose.»

Trois semaines

M. Couture affirme avoir quitté le milieu des épiceries principalement en raison de pratiques de ravitaillement et de gestion de la viande qu'il déplore. «Quand les épiceries ont commencé à s'approvisionner avec de la viande sous vide, ils m'ont perdu. Je suis un vieux de la vieille et je suis contre ça. C'est un phénomène qui est dû, entre autres, au manque de main-d'oeuvre chez les bouchers. Souvent, quand le produit arrive au commerce, il a déjà deux semaines. On peut imaginer s'il est réemballé. J'ai souvent vu de la viande qui avait près de trois semaines. Quand les employés changeaient la date sur les paquets, ils mettaient un "R" à côté pour dire que l'emballage avait été refait. Ça servait à éviter que ça se répète une troisième fois. C'est complètement insensé!»

M. Couture estime par ailleurs que seulement 5% des entreprises dans le milieu travaillent, comme lui, avec de la viande fraîche. «Moi, la viande reste une journée et demie dans le comptoir, et on recommence. Je n'ai donc pas de problème avec la fraîcheur de ce que je vends. Et il ne faut jamais perdre de vue qu'être honnête, c'est toujours payant.»

Manque d'effectifs

Bien qu'il souhaite que des mesures de contrôle plus strictes soient mises en place par Québec, Michel Couture croit qu'il s'agit d'un «voeu pieux». «Je pense que ce sera très difficile de faire un suivi serré là-dessus. Il y a de moins en moins d'inspecteurs à cause des coupures. Le MAPAQ fonctionne beaucoup plus avec des plaintes qu'avec des visites annuelles sur le terrain. Surveiller les épiceries, les restaurants et les industries, c'est énorme! , a-t-il fait remarquer. Disons que ce sera un travail de longue haleine.»

Le Ministère compte 275 inspecteurs chargés de veiller à la salubrité des aliments. Leur travail serait facilité si on interdisait le réemballage des produits, selon le ministre.

L'inspection des aliments est régie à la fois par la loi provinciale et par la loi fédérale. M. Paradis discutera de la question avec son homologue à Ottawa, Gerry Ritz, lors d'une rencontre qui aura lieu aujourd'hui.

 

- Avec la collaboration de Martin Croteau, La Presse

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