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Coupes prévues de 130 M$ sur les honoraires des pharmaciens : les patients subiront les conséquences

Jean Provost, pharmacien-propriétaire, a tout fait pour réduire... (photo Alain Dion)

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Jean Provost, pharmacien-propriétaire, a tout fait pour réduire les coûts d'exploitation de sa pharmacie.

photo Alain Dion

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<p>Cynthia Laflamme</p>
Cynthia Laflamme
La Voix de l'Est

(Granby) «Si ça se réalise intégralement, ça va être catastrophique. Honnêtement c'est trop gros pour être vrai. J'ai encore de la misère à saisir l'ampleur. Tous les pharmaciens sont sous le choc.» Jean Thiffault, président de l'Association québécoise des pharmaciens propriétaires, réagit sur le projet de loi 28, déposé hier matin par le ministre de la Santé, Gaétan Barrette. La surprise reste en travers de la gorge des pharmaciens propriétaires, visés par des coupures prévues de 130 M$ dans leurs honoraires. M. Thiffault prédit un impact majeur pour la clientèle, qui en assumera une bonne partie des conséquences.

«Ça fait partie de l'effort budgétaire qu'on demande à tout le monde pour le retour à l'équilibre», a expliqué le ministre de la Santé, Gaétan Barrette. L'annonce a d'autant pris de court l'AQPP puisqu'elle était toujours en négociation avec le ministère quelques heures avant le dépôt du projet omnibus. «On était encore en train de négocier à minuit et quart. Mais pendant qu'on négociait, le projet de loi était déjà écrit. Alors tout ça c'était de la comédie, c'était de la frime, déplore, insulté, M. Thiffault. Ce qu'on négociait ça ne valait rien. Il n'y a pas de respect.»

Les pertes représentent 100 000$ nets pour chaque pharmacie. En moyenne, ce montant représente le salaire d'un pharmacien, croit le président de l'AQPP. «Mon loyer ne baissera pas demain, même si je perds la moitié de mon salaire, illustre-t-il. Ces montants-là, ce sont des pertes d'emploi, c'est clair. Ou une diminution des heures d'ouverture.»

Impact dans les services

Dans le cas de Jean Provost, pharmacien propriétaire de la franchise Jean-Coutu, rue Principale à Granby, les économies possibles dans son entreprise ont été faites. Dans les dernières années, il s'est procuré trois robots, dont deux servent à compter les pilules pour un patient et étiqueter les contenants et le troisième permet de faire les piluliers à une vitesse et une précision à la fine pointe. En libérant ainsi des employés, il a pu les déléguer ailleurs et permettre aux pharmaciens de consacrer leur temps aux conseils aux patients et à l'évaluation du dossier des clients.

«Couper, ça devient difficile, confie-t-il. On tombe dans une ère où c'est le patient qui va subir. Déjà, en ce moment, c'est difficile.»

En offrant une visite complète de sa pharmacie, M. Provost explique tout ce qui a été fait pour optimiser les services. Depuis quelques années, il offre, en plus des prescriptions, l'anticoagulothérapie afin de désengorger les bureaux des médecins. Ce service permet aux patients d'obtenir un suivi nécessaire et pour s'assurer que le traitement n'a pas besoin d'ajustements. En décrivant ce service dont il est fier, la déception est visible sur le visage du pharmacien, qui craint que l'anticoagulothérapie ne devienne une victime des coupes gouvernementales.

Parmi ses autres options, ses heures d'ouverture pourraient être diminuées, il pourrait y avoir des pertes d'emplois. Le temps d'attente pourrait également augmenter et les conseils pourraient être chargés.

Jean Provost emploie plus de 90 personnes. L'équipe compte neuf pharmaciens, en l'incluant, mais pour fonctionner comme il le voudrait, il lui en faudrait un dixième. Il est possible qu'ils doivent supprimer un poste de pharmacien si le projet de loi 28 est adopté tel quel.

Les honoraires reçus du gouvernement, en fonction du nombre de prescriptions traitées, servent à payer le loyer, les factures, les médicaments avant qu'ils ne soient vendus aux clients, mais surtout les salaires.

«Ça ne peut plus marcher»

En revanche, le projet de loi permettra aux pharmaciens de facturer trois actes médicaux: le renouvellement de certaines ordonnances, la prescription de médicaments pour des maladies qui n'ont pas besoin de diagnostic médical et la prescription de médicaments pour traiter une maladie déjà connue, par exemple le diabète.

Les pharmaciens pourront ainsi toucher 17 millions, selon l'estimation de Québec, ce qui permet d'éponger une partie de leurs pertes.

Cette mesure permettra elle aussi des économies, indique-t-on au bureau du ministre Barrette, puisque ces actes étaient jusqu'ici posés par des médecins. On n'a toutefois pas été en mesure de chiffrer ces économies hier.

Ces nouveaux actes pourront être posés grâce à l'application de la loi 41, adoptée depuis quelques années, mais tablettée depuis. En outre, mis à part ces trois actes médicaux, les autres ne pourront pas être facturés. «La Loi 41, on est pour. Oui, je veux donner plus de services, mais je pense que pour du service additionnel, il doit y avoir un honoraire, fait valoir M. Provost. Ou à tout le moins une réorganisation de l'assiette. C'est impossible! Ça ne peut plus marcher.»

«Les autres services que le ministre décide de ne pas couvrir, il nous refuse le droit de les charger. C'est contreproductif, martèle Jean Thiffault. La Loi 41, c'était pour améliorer l'accès aux soins de santé de première ligne. On demande au pharmacien d'en faire plus, mais on lui donne moins de ressources.»

«Le ministre s'est donné tous les droits, ajoute-t-il. Si ça ne fonctionne pas à son goût, il peut imposer des conditions de travail, des conditions salariales. Il s'est acheté un gros fusil qu'il nous met sur la tempe.»

Le projet omnibus comprend plusieurs mesures pour mettre en oeuvre des dispositions du discours sur le budget 2014, visant le retour vers l'équilibre budgétaire d'ici 2016.

- Avec la collaboration de Martin Croteau, La Presse

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