Survivre au quotidien: Azimut, l'oreille attentive des démunis

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Le coordonnateur de l'Azimut, Jocelyn Roy, est témoin des problèmes de l'itinérance au quotidien.

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Karine Blanchard
La Voix de l'Est

(Granby) Un homme sans bas, frigorifié, qui a passé la nuit dans un conteneur. Un jeune qui dort emmitouflé dans des couvertures sous un balcon.

Ces scènes sont tout sauf fictives. Jocelyn Roy, coordonnateur de l'Azimut de Granby, a entendu toutes ces histoires.

L'itinérance n'est pas l'affaire que des grands centres, rappelle-t-il. Elle existe aussi à Granby. Selon les échos qu'il reçoit, environ 50 personnes y vivraient dans les rues. «Il faut s'ouvrir et voir que ça existe», dit-il.

Le mandat des deux intervenants et de lui-même: être en quelque sorte l'oreille attentive de la clientèle du Partage Notre-Dame, qui sert en moyenne 125 repas le midi. L'organisme offre accueil, accompagnement, activités, ateliers et relation d'aide.

«On fait des ateliers pour rehausser leur estime de soi. Souvent quand tu es rendu pauvre et jugé par la société comme étant une espèce de crève-la-faim, de va-nu-pieds, c'est dur pour ton estime», dit l'intervenant.

Le Partage est un lieu de rencontre pour ceux qui vivent dans la pauvreté. «Il y en a qui sont ici pour socialiser. Les gens n'ont pas beaucoup de sous, mais ils ont les moyens de venir dîner pour 2 $. Des fois, on fait juste se promener et jaser avec le monde. Certains vivent des situations psychologiques pas faciles et on essaie de les référer. Ce n'est pas toujours évident.»

Le même scénario

L'intervenant observe fréquemment le même scénario. Les gens qui se retrouvent à la rue ont souvent eu un loyer dans le passé, mais faute de pouvoir en acquitter leur paiement, ils se font mettre à la porte. Ils éprouvent ensuite des difficultés à se dénicher un autre logement. Ils peuvent ensuite dormir quelques nuits chez des amis, séjourner dans un centre d'hébergement quelque temps, puis être de retour dans la rue. Et ainsi de suite.

Certains vont jusqu'à commettre des délits afin de passer l'hiver au chaud. Un homme lui a avoué, un jour, qu'il projetait de briser la vitre d'un commerce pour écoper d'une peine d'emprisonnement. «Il m'a dit qu'il sera mieux en prison, qu'il sera nourri, qu'il aura un toit, un lit. J'essaie de faire valoir que ce n'est pas la solution, qu'il aura un dossier. Mais il s'en fout parce qu'il en a déjà un», raconte-t-il.

Un matin où le mercure atteignait -25 degrés l'hiver dernier, il a retrouvé un homme frigorifié endormi dans un conteneur au seuil de la porte du Partage Notre-Dame. «Il est arrivé ici les pieds gelés, pas de bas dans ses souliers percés en plein mois de février, raconte-t-il. Quand il est rentré, il boitait parce qu'il avait de la misère à se tenir sur ses pieds qui étaient gelés.»

Jocelyn Roy a aussi rencontré un homme d'une vingtaine d'années qui fréquentait le Partage Notre-Dame pour boire un café le lendemain. Il dormait emmitouflé dans plusieurs couvertures installées en dessous de la corniche d'un immeuble. «Il a passé l'hiver dehors et il était très à l'aise avec ça. Un moment donné, il va vieillir et ça ne fera plus», dit-il, en précisant que ceux qui vivent dans la rue par choix ne représentent qu'une infime minorité.

Certains le font afin de mieux s'alimenter. «Avec 600 $ par mois, ils disent que ce n'est pas assez pour se loger et manger. L'été, même s'ils sont obligés de dormir dehors, ils mangent bien. C'est le compromis. Personnellement, je trouve ça dur qu'un Québécois n'ait pas de toit sur la tête parce qu'il veut manger comme il faut.»

Être mieux

L'intervenant social est d'avis qu'en offrant du logement social aux plus démunis, cela permettrait de freiner l'itinérance. «Le logement social avec supervision, coaching, personnel intervenant et plan d'action, je sais que c'est la recette. On peut amener les gens à être mieux», estime-t-il.

Il cite en exemple une maison d'hébergement de Sherbrooke qui accueille cette clientèle en lui proposant un logement à prix abordable, tout en l'encadrant dans une démarche de réinsertion sociale. Pendant ce temps, les locataires n'ont plus à déployer des efforts afin de combler leurs besoins essentiels, comme s'alimenter et se loger.

«J'ai bien aimé la mission et je ne comprends pas qu'on n'ait pas ça à Granby. On a un bassin de clientèle assez élevé pour avoir un projet viable, estime-t-il. Il y en a plusieurs qu'on pourrait remettre sur la mappe.»

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