Explosion de l'usine Aldex : la CSST pointe l'employeur du doigt

Une soixantaine de sapeurs avaient combattu durant près... (photo archives La Voix de l'Est)

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Une soixantaine de sapeurs avaient combattu durant près de 10 heures le violent incendie qui était accompagné d'un imposant panache de fumée.

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Jean-François Guillet
La Voix de l'Est

(Granby) La négligence de la compagnie Produits chimiques Aldex a mené à la destruction de son usine, située rue Laurent à Granby, le 30 octobre 2013. De plus, l'entreprise a compromis la sécurité de ses employés, s'exposant à une amende avoisinant 62 000$. C'est ce que révèle le rapport d'enquête de la Commission de la santé et de la sécurité au travail (CSST) rendu public hier.

Dans son compte-rendu, l'inspecteur de la CSST-Yamaska, Julien Bérubé, a sévèrement réprouvé les dirigeants d'Aldex pour leur insouciance lors de l'aménagement d'une «salle d'urgence» où étaient transférés des produits chimiques hautement inflammables à l'origine de la déflagration. «Pour l'ensemble de la réalisation du projet, l'employeur a omis des étapes importantes pour assurer la santé et la sécurité des travailleurs et a pris des décisions dangereuses. Le projet n'a jamais été géré de façon sérieuse et rigoureuse», stipule le document.

Ces modifications ont été réalisées après que le Service des incendies de Granby soit intervenu à deux reprises sur les lieux, à la suite de plaintes de citoyens, soit le 21 mars puis le 4 juillet 2012. Dans les deux cas, le contenu de barils entreposés à l'extérieur était la source de fortes émanations chimiques.

La Ville a donc exigé que des correctifs soient entamés rapidement. Les travaux effectués par la compagnie, qui se spécialise dans la fabrication de résines utilisées dans les systèmes de traitement d'eau, se sont échelonnés du 19 juillet 2012 au 6 septembre 2013.

Cette démarche visait l'intégration des contenants dans une pièce adjacente à un réacteur servant à la production de polymère. Or, ce composé est obtenu par l'entremise d'un mélange d'eau et de styrène, un liquide très inflammable. Cet amalgame doit être retiré à l'occasion de l'équipement spécialisé sous de très hautes températures internes lors de la détection d'un problème de qualité.

«Pour empêcher qu'une grosse masse de plastique figé se retrouve dans le réacteur, l'employeur doit rejeter le contenu dans des barils situés dans la salle d'urgence. C'est ce qui s'est passé le jour de l'événement», a expliqué M. Bérubé.

Cette situation s'était produite deux fois sans anicroche avant l'explosion, a précisé l'inspecteur de la CSST. Il a ensuite rappelé la chronologie qui a mené au sinistre. «À 15 h 45, tous les occupants quittent la salle d'urgence. Entre 15 h 45 et 16 h 30, un travailleur lave le réacteur C. Il quitte l'établissement vers 16 h 30, puis à 16 h 45, l'explosion survient dans la salle d'urgence.»

Rappelons qu'un violent incendie s'en est suivi, duquel a découlé un imposant panache de fumée. Une soixantaine de sapeurs ont été dépêchés sur les lieux pour combattre le brasier durant près de 10 heures. Un large périmètre a été érigé et 250 résidences ont été évacuées. L'entreprise employait une vingtaine de personnes. Par miracle, aucune d'entre elles n'a perdu la vie lors de l'explosion.

Irresponsabilité

Julien Bérubé est sans équivoque: l'employeur a fait preuve d'irresponsabilité en ne concevant pas la salle d'urgence dans les règles de l'art. Il a également utilisé des équipements qui ne respectaient pas les normes de sécurité en lien avec la gestion et la manutention de produits chimiques potentiellement combustibles.

De fait, trois causes ayant provoqué l'explosion ont été identifiées durant l'enquête de la CSST. «La première est la conception (de la pièce), qui n'était pas faite pour recevoir un mélange en réaction de polymérisation qui génère des vapeurs inflammables. La deuxième est en lien avec la gestion de la santé et la sécurité au travail lors du projet de conception de la salle d'urgence. La troisième est la présence d'une source d'ignition qui a enflammé les vapeurs», a fait valoir M. Bérubé.

Une rallonge électrique servant à alimenter une pompe submersible, un éclairage fluorescent suspendu au plafond de la salle d'urgence ainsi que la présence d'électricité statique sur un réservoir en polyéthylène, tous non conformes, ont notamment pu provoquer l'embrasement des vapeurs accumulées dans la pièce. «Normalement, de tels équipements auraient dû être isolés pour empêcher les vapeurs inflammables de se rendre près des éléments sous tension ou d'une source de chaleur», a fait remarquer l'expert de la CSST.

La ventilation déficiente de l'endroit et l'ajout d'une mezzanine, le 12 octobre 2013, ont aussi pu jouer un rôle prépondérant lors du sinistre en restreignant l'échange d'air dans l'exigu local où s'entassaient les barils.

Amende salée

«La CSST considère que l'entreprise a été négligente. Comme elle a compromis la santé et la sécurité de ses employés, un constat d'infraction a été donné peu avant le 30 octobre 2014. La compagnie a contesté l'avis et c'est un juge de la Cour du Québec qui va trancher au cours des mois à venir», a indiqué la directrice du Service de la prévention et de l'inspection à la CSST - Yamaska, Hélène Hamann.

S'il est reconnu coupable, l'employeur s'expose à une amende allant de 15 698$ à 62 790$. Dans le cas d'une récidive, ce dernier pourrait écoper d'une contravention pouvant atteindre 156 976$.

La reconstruction de l'usine sur le même site est actuellement en branle. La production de polymère ne se fera désormais plus à Granby. «Il s'agit d'un choix de l'entreprise et non une recommandation de la CSST», a spécifié Julien Bérubé.

Les opérations devraient reprendre dès le début de 2015. Un suivi serré sera alors assuré par la CSST.

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