Meurtre de Joseph Gobeille: l'accusé dit avoir agi de façon confuse

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La résidence de la rue Saint-Vincent, à Farnham, où l'agression s'est déroulée en septembre 2011.

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Pascal Faucher
Pascal Faucher
La Voix de l'Est

(Granby) Le jour où il a tué Joseph Gobeille, Christian Bertrand n'avait plus d'argent et était à l'aube de perdre son emploi. À cela s'ajoutent des années de ressentiment envers la victime, un ancien parent d'accueil qui l'avait battu et humilié, ainsi que vis-à-vis ses patrons qui ne l'estimaient pas.

«Je capotais, a expliqué le Montréalais de 51 ans, hier, au palais de justice de Granby. J'étais un peu perdu.»

Debout dans le box des accusés, l'homme au visage anguleux a relaté les événements qui ont précédé sa visite à Farnham, le 21 septembre 2011, pour tabasser l'octogénaire à l'aide d'une barre de métal. Premier témoin de la défense, il s'est exprimé de façon spontanée, mais brouillonne, dans un français où pointaient quelques jurons.

Quatre jours plus tôt, M. Bertrand a croisé un homme qui, lui aussi, avait séjourné chez M. Gobeille dans sa jeunesse. Il avait l'intention de le tuer lui aussi, mais s'est ravisé après lui avoir parlé. Comme lui, l'homme aussi avait été maltraité.

«Il m'a dit: "j'ai tourné la page", a dit l'accusé en répondant aux questions de son avocat, Me Jean-Marc Bénard. Ça m'a désarçonné agréablement. Je ne pouvais pas concevoir qu'on puisse sortir sain d'esprit d'une famille comme les Gobeille. Moi, je suis en thérapie depuis le cégep. J'ai été fucké toute ma vie. C'était toujours un malaise de vivre.»

Santé

Sa santé psychologique s'est ensuite aggravée, malgré cette rencontre. Il s'est rappelé que son emploi à la Station d'épuration des eaux de Montréal ne tenait plus qu'à un fil; il refusait d'y retourner et n'avait pu prolonger son arrêt de travail.

«Je n'avais plus de papier (NDLR: de médecin), pu de job, pu de blonde... Je n'arrivais pas à réfléchir. Je ne voyais même pas la possibilité de retourner à l'hôpital.»

De ses propres mots, il part de la métropole en direction de Farnham «comme sur le radar». «Dans la voiture, j'ai une souffrance énorme. J'avais comme le cerveau congestionné.» Arrivé dans la rue Saint-Vincent, il prend une barre de fer dans sa valise et s'assoit sur un banc. Il se souvient que M. Gobeille «en a battu du monde.» Il pense au suicide, mais écarte cette idée.

«Au loin, je vois sa maison. Je le vois qui sort sur sa galerie. (...) C'est signe qu'il faut que j'aille le voir. Je lui dis: bonjour M. Gobeille, savez-vous c'est quoi ça? C'est pour vous donner des petits coups sur la tête. Puis, je vois des formes blanches. Je suis dans la rue. J'entends "pépère"!».

Corrections

Plus tôt dans la journée, il a abordé son enfance marquée par la solitude et l'isolement. Dès sa naissance, il est placé en crèche, chez des religieuses, puis chez les Gobeille, où il subit de fréquentes corrections.

«La strap... Crisse, osti, c'est des coups, t'as mal aux fesses pas à peu près, et pour à peu près n'importe quoi. Je me souviens de la peur. Quand le bonhomme s'en venait. Je mangeais des volées quotidiennement. On était tout le temps sur nos gardes.»

L'accusé a décrit aussi comment ses parents d'accueil l'ont forcé à défiler «tout nu devant la visite, sur la pointe des pieds, comme une ballerine». Il est revenu dans sa vraie famille à l'âge de sept ans, où il est surpris de constater que son père ne lève pas la main sur lui. «C'était un maudit bon gars, a-t-il dit. Il était l'opposé de Gobeille.»

Christian Bertrand doit aujourd'hui être contre-interrogé par la Couronne, représentée par Me Claude Robitaille. La défense a annoncé que l'accusé admet les gestes commis, mais qu'elle plaidera la non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux.

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