Non-paiement dans le programme d'aide québécois : les vignerons s'impatientent

Charles-Henri de Coussergues n'a pas l'intention de baisser... (photo Maxime Sauvage)

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Charles-Henri de Coussergues n'a pas l'intention de baisser les bras.

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Isabel Authier
Isabel Authier
La Voix de l'Est

(Granby) Il y a bientôt un an, le gouvernement péquiste annonçait une série de mesures pour venir en aide aux vignerons du Québec. Si ce Plan de commercialisation des vins québécois a assuré aux produits une meilleure place sur les tablettes de la SAQ, les vignerons, eux, attendent toujours l'argent qu'on leur avait promis.

Parmi ces mesures, on leur assurait notamment une bonification permanente de 18% et une aide financière supplémentaire de 2$ par bouteille certifiée. Selon Vin Québec, une bouteille vendue 15,40$ à la SAQ rapporte 8,70$ à son producteur. Avec le nouveau Plan de commercialisation, ce sont dorénavant 10,70$ qui retourneraient aux vignerons.

Or, l'argent tarde à se rendre jusqu'à eux.

Pour Charles-Henri de Coussergues de L'Orpailleur, cela représente plus de 100 000$ qui ne sont pas dans ses coffres. Non seulement le vigneron a concentré ses activités sur le réseau de ventes provincial, mais il a aussi dépensé 45 000$ pour préparer une parcelle de 5 acres en fonction des besoins futurs. Le président de l'Association des vignerons du Québec dit se sentir trahi par l'État après plusieurs années de négociations et amer par rapport au retard que prend le Québec en matière de viticulture.

«Cela fragilise l'avenir de la viticulture et de certains vignobles. Mais je ne baisse pas les bras. Nous allons nous battre.»

Propriétaire de longue date du Vignoble de la Bauge à Brigham, Simon Naud vend cinq de ses produits à la SAQ. Il donne l'exemple d'une bouteille vendue 15$ à son domaine et 15,10$ en succursale. Environ 5,90$ lui revient, alors que le coût de production dépasse les 6$. «Ce n'est pas un exercice rentable, mais les possibilités de vendre à l'extérieur sont tellement limitées...», dit-il, en relatant la longue saga entourant la commercialisation du vin d'ici au Québec.

L'entente tripartite de novembre 2013 entre le ministère des Finances du Québec, la SAQ et les vignerons permettait aux producteurs de rentabiliser leurs activités. «Ça devenait payant pour nous. Au début de l'année, la SAQ a passé des commandes massives, on a livré plusieurs caisses de vin. On a cessé la promotion dans les restaurants pour pousser davantage sur le réseau d'État. Oui, il y a eu une hausse impressionnante des ventes, mais on n'a pas reçu l'argent promis», résume M. Naud.

Selon certaines informations, le gouvernement libéral pourrait devoir jusqu'à 100 000$ à certains producteurs. Au Vignoble de la Bauge, ce manque à gagner frôle les 50 000$. «C'est choquant! Ce vin-là a été livré et vendu!», lance-t-il.

En affaires depuis 28 ans, ce dernier possède heureusement un bon inventaire et peut compter sur un solide réseau agrotouristique. Mais il s'inquiète pour d'autres vignobles plus récents dont les reins sont moins solides.

Simon Naud n'en veut pas à la SAQ qui, à titre de partenaire, a bien fait son travail, assure-t-il. Les ventes de vins québécois ont en effet augmenté de plus de 60% durant le premier trimestre 2014. Des moyens de pression à l'égard de la Société des alcools ne seraient pas la bonne solution, selon lui, pour régler la situation. «Le gouvernement dit qu'il va probablement payer ce qu'il nous doit, mais ça n'avance pas. Il faut faire de la représentation auprès de lui!»

«On ne veut pas de subventions, ajoute-t-il. Si on traitait les vins comme on traite les cidres, avec une marge bénéficiaire semblable, on serait contents.»

Deux paiements de retard

Denis Paradis du Domaine du Ridge à Saint-Armand espère lui aussi que le gouvernement assumera ses responsabilités financières. «Je souhaite que ça débloque. On n'a rien reçu encore. Ni le 31 mars, ni le 30 septembre», laisse-t-il entendre. Difficile de chiffrer exactement la somme qui lui est due, mais M. Paradis ne cache pas que c'est beaucoup d'argent.

Son Rosé Champs de Florence, par exemple, connaît un grand succès à la SAQ. Il a donc misé gros sur ses ventes en succursale... et il attend toujours les retombées. «On a mis le paquet à la SAQ. Je n'en ai pas manqué ailleurs par contre», se réjouit-il.

N'empêche, entre les opérations quotidiennes, la rémunération des employés et les autres obligations financières, la situation devient de plus en plus difficile à gérer. «Il y a de la pression partout. Ce n'est pas drôle du tout ce qui se passe.»

Interrogé sur l'influence possible de son frère Pierre Paradis, ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) dans ce dossier, il a précisé que l'argent provenait du ministère des Finances. «Mais je suis certain que le MAPAQ fait tous les efforts pour faire avancer les choses. Et s'il y en a un qui est sensibilisé au problème, c'est bien Pierre. Une grande partie des vignobles du Québec sont situés dans son comté, Brome-Missisquoi.»

Un employé

«On est plus jeune et plus petit que bien des vignobles, fait pour sa part remarquer le copropriétaire du Vignoble Les Petits Cailloux de Saint-Paul-d'Abbotsford, Martin Lavertu. Et on n'a rien reçu.»

L'homme avait remarqué que ses fonds commençaient à baisser dernièrement. «J'ai commencé à regarder les chiffres et j'ai justement vu le reportage à ce sujet à la télé.» Ce dernier estime que le gouvernement lui doit plus de 16 000$. À titre indicatif, cela représente l'embauche d'un employé pour une saison. «Ça paraît», dit-il.

M. Lavertu doute que le nouveau gouvernement honore l'engagement péquiste du 2$ par bouteille. Mais il trouverait bien dommage de quitter le réseau de la SAQ au moment où les vins québécois commencent enfin à percer. «Si nos produits ne sont pas à la SAQ, ce sont tous nos efforts qui tombent à l'eau...», fait-il remarquer.

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