Une superstructure qui ne réglera rien

Jean-François Landry, président du syndicat du centre jeunesse... (photo Alain Dion)

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Jean-François Landry, président du syndicat du centre jeunesse de la Montérégie, Steve Carter, vice-président pour la région de Granby du conseil central de la Montérégie (CSN), Lucie Bouthillette, présidente du syndicat du Centre de réadaptation en déficience intellectuelle de la Montérégie-Est-CSN, Gisèle Gince, présidente du syndicat des travailleuses et travailleurs du CSSS de la Haute-Yamaska-CSN.

photo Alain Dion

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<p>Cynthia Laflamme</p>
Cynthia Laflamme
La Voix de l'Est

(Granby) «On dirait que pour le gouvernement, plus c'est gros, plus c'est efficace, alors que sur le terrain on constate l'inverse.»

Steve Carter, vice-président pour la région de Granby du conseil central de la Montérégie (CSN), et les porte-paroles de différents syndicats de services sociaux ont réagi au projet de loi 10, réformant le réseau de la santé et des services sociaux, hier, dans les bureaux de la CSN.

Les syndicats du Centre de réadaptation en déficience intellectuelle de la Montérégie-Est, des travailleurs du CSSS de la Haute-Yamaska et du centre jeunesse de la Montérégie, ont tous exprimé leurs craintes de la perte de proximité que semble vouloir instaurer la réforme de Gaétan Barrette.

« À chaque fois que l'intervenant et une direction de proximité voudront prendre une décision dans ce cadre-là pour le bien-être d'un usager, on devra attendre la réponse de la superstructure, loin des usagers et des besoins, de l'environnement de la personne concernée et de son entourage », appréhende Lucie Bouthillette, présidente du Syndicat du Centre de réadaptation en déficience intellectuelle de la Montérégie-Est-CSN.

«Ça va prendre combien de temps? C'est fini l'approche personnalisée», lance-t-elle.

Selon son interprétation du projet de loi, plutôt que d'avoir des listes d'attentes dans les établissements de proximité et spécialisés, les usagers du réseau de la santé et des services sociaux devront faire une seule file, ce qui augmenterait le temps de traitement.

Dans le néant

Les intervenants ne savent toutefois pas ce qui les attend. «On ne sait pas exactement comment ça va se passer, avoue Mme Bouthillette. Le projet de loi, c'est un squelette, on n'a pas la chair autour de l'os.»

Il est également difficile de connaître les effets réels et concrets de la dernière réforme, en 2005, qui a vu naître les Centres de santé et de services sociaux (CSSS).

«On a vu, avec la première fusion, qu'il n'y a rien qui s'est amélioré, fait-elle valoir, sans pour autant s'appuyer sur des données statistiques. Donc il y a une inquiétude, c'est sûr, qui se développe devant tout ce gros monstre pour la Montérégie. On se dit que ça n'a rien amélioré avec toutes ces petites fusions en 2005. Qu'est-ce qui va arriver avec cette grosse fusion?»

Elle donne en exemple le système de santé en Alberta, qui a des superstructures en santé. «Ce sont des mégacentres qui n'incluent même pas les services sociaux et les constats sont unanimes : ça ne va pas du tout. Ils ne sont pas capables, avec les superstructures, de répondre aux besoins de la population, et ils ne sont pas réglés, les problèmes.»

Comme les différents services sociaux sont peu ou pas abordés dans le projet de loi, ils craignent que ceux-ci soient engloutis dans la superstructure.

Réforme douloureuse

«Ce qu'on pense, c'est qu'on risque de perdre des services sociaux, une notion d'expertise, une notion de services, qui va toucher directement la population à ce niveau-là», évoque Jean-François Landry, président du syndicat du centre jeunesse de la Montérégie.

«L'image que j'ai en tête, ajoute Mme Bouthillette, c'est comme si on avait 10 maisons avec la fondation qui s'effrite, et qu'on se dit: on va toutes les ramener une à côté de l'autre, et on va améliorer les affaires. À part de faire des dégâts dans le déménagement, je vois pas en quoi ça va régler les affaires.»

En centre jeunesse, ce sont plutôt les coupures dans le financement qui font mal, précise M. Landry,

«Plus ça va, plus il y a des coupures en enfance, indique-t-il. Présentement, on est environ à 400 jeunes en attente d'être évalués. C'est beaucoup. Ça veut dire qu'en Montérégie, il y a 400 jeunes dans différents milieux, qui sont dans une situation de vulnérabilité, qui attendent de voir un intervenant. Est-ce que si on n'avait pas de coupures, on pourrait avoir plus de personnes qui pourraient investiguer ces milieux-là? La réponse est oui. Avant les fusions, bon an mal an, ça se faisait beaucoup mieux, on n'arrivait pas à 400, on était beaucoup en bas de ça.»

Pas consultés

«C'est une réforme antidémocratique, croit quant à elle Gisèle Gince, présidente du syndicat des travailleuses et travailleurs du CSSS de la Haute-Yamaska, puisque le ministre sera omnipotent avec de nombreux pouvoirs, dont celui de nommer tous les conseils d'administration. Il n'y aura donc plus d'élus pour voir le changement d'un oeil critique et attentif aux besoins de la population. Elles vont aller où, les personnes qui vont vouloir questionner les gestionnaires?»

Steve Carter déplore également que personne dans le réseau n'ait été consulté avant le dépôt du projet de loi qui, selon le ministre Barrette, devrait alléger le système et la paperasserie. La réforme, telle qu'elle a été annoncée, prévoit la fusion de tous les CSSS d'une région ainsi que de l'agence qui les chapeaute, pour créer un Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS). Le ministre se garde le choix de qui composera le conseil d'administration.

Dans les CISSS, explique M. Landry, il y aura neuf missions dirigées par une personne. Cependant, rien ne garantit que ce soit un directeur provenant du même secteur d'activité qui aura le poste, ajoute-t-il.

«Il n'y a rien qui nous dit que ça va être notre directrice générale qui va être reconduite pour la mission jeunesse. Faut comprendre qu'on fait affaire avec un ministre qui a lui-même négocié quelque chose pour ses collègues et qu'il l'a défait comme ministre après. Faut partir du principe qu'on fait affaire avec ce personnage. Qui qu'il va placer là, on ne sait pas.»

Il regrette par ailleurs que le nombre d'employeurs dans le milieu de la santé diminuera de façon drastique dans la région, si le projet est adopté dans sa forme actuelle, pour n'atteindre qu'une seule porte d'entrée pour l'un des établissements de la Montérégie. Si un candidat échoue ou ne séduit pas suffisamment l'employeur par ses compétences, il ne pourra tout simplement pas travailler en Montérégie, expose-t-il.

Ce que ces syndicats de la CSN voudraient? «Notre objectif final, c'est qu'il y en ait pas, de fusion des établissements», conclut M. Landry.

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