Marcy Lan et son conjoint - tous deux d'origine chinoise - opèrent le Dépanneur 7 jours à Cowansville depuis trois ans. Arrivés au Canada il y a un peu plus de cinq ans, ils ont d'abord habité Halifax avant de venir s'établir au Québec. Mais plutôt que Montréal, ils ont choisi Cowansville. Pourquoi? Parce qu'ils souhaitaient gérer un dépanneur et que la concurrence était trop forte dans la métropole, dit Mme Lam. Le couple et son fils louent et logent dans le bâtiment abritant leur commerce. Leurs journées de travail s'étirent de 6 h 30 à 21 h. «On est toujours ici», dit-elle en souriant.
La Chine lui manque, bien sûr, mais elle s'accommode bien de sa nouvelle vie à Cowansville, où «c'est plus calme», ajoute-t-elle, en soulignant que la grande majorité de ses clients sont très sympathiques à leur endroit.
Vivre dans un milieu anglophone leur facilite aussi la tâche... Car Mme Lam - comme plusieurs de ses compatriotes chinois - ne parle pas français, à l'exception de quelques mots spécifiques en lien avec ses affaires.
C'est d'ailleurs en raison de cette barrière linguistique que plusieurs préfèrent créer leur propre emploi, en achetant un dépanneur, fait-elle remarquer. «D'autant plus qu'ici, les possibilités de carrière sont assez limitées pour nous. En Chine, les gens travaillent surtout dans des bureaux. Ils occupent peu d'emplois physiques. Alors, opérer un dépanneur nous convient mieux.»
Depuis leur arrivée à Cowansville, la dame et son époux n'ont pas jugé bon d'offrir un bout de leur culture aux clients. On n'y vend pratiquement aucun produit asiatique. «Nos clients ne nous le demandent pas. De toute façon, nous préférons nous adapter à votre culture...», termine-t-elle.
Destination: Farnham
Une fois par semaine, durant 90 minutes, Leling et Gen suivent des cours de francisation au centre communautaire de Farnham, où ils sont installés depuis plusieurs mois. Le couple s'est inscrit de son propre gré et déjà, il est en mesure de dire quelques mots en français.
L'homme et la femme opèrent le dépanneur Li Gang de la rue Principale, qui appartient à un de leurs amis chinois. Le boulot prend presque toute la place dans leur quotidien. «On travaille 16 heures par jour, 7 jours par semaine. Heureusement, on vit au-dessus du commerce, alors on peut aller se reposer de temps à autre», confie Leling.
Un contraste immense avec leur vie en Chine, où ils étaient ingénieurs chimiques et travaillaient 40 heures par semaine... Pourtant, la dame assure qu'elle apprécie sa vie à Farnham et les gens qui y habitent. «La plupart des clients sont très gentils à notre égard; certains me parlent de ce qui se passe en ville. Il y en a qui me demandent parfois de la nourriture chinoise. Peut-être qu'un jour je leur en préparerai... si je trouve le temps!»
Quelques kilomètres plus loin, rue Saint-Paul, Yuan et sa famille accueillent les clients dans leur station-service/dépanneur depuis 2004. En Chine, monsieur était propriétaire d'entreprise, madame était bibliothécaire. Ils ont pourtant choisi de tout quitter pour l'avenir de leurs enfants. «Là-bas, la pression scolaire est énorme sur les enfants. Mon mari et moi, nous voulions qu'ils soient heureux. Même si ça représentait un sacrifice pour nous», confie Yuan.
Le sacrifice est en effet de taille. Après avoir vécu à Vancouver et à Montréal, ils ont choisi Farnham parce qu'ils y ont trouvé le type de commerce qu'ils cherchaient. Tous les jours de la semaine, ils ouvrent leurs portes de 5 h 30 à 23 h. C'est infiniment plus demandant qu'en Chine, où ils passaient 8 heures par jour dans un bureau, admet Yuan. «Travailler autant, ce n'est pas ce dont on rêvait, mais au moins, nous sommes nos propres patrons.»
Et les gens les ont bien accueillis, dit-elle, malgré le fait qu'ils parlent encore à peine français. «C'est très difficile, le français. On n'a jamais eu le temps d'apprendre votre langue. Peut-être que si on avait plus de temps...», glisse doucement la dame.
Sollicité
L'intérêt des Asiatiques est réel. Quelques fois par année, Simon Foisy se fait approcher par des immigrants chinois intéressés à acquérir son petit dépanneur de l'avenue du Parc à Granby. Jusqu'à maintenant, il a toujours refusé. «J'ai juste 50 ans et mon commerce va très bien. Ça prendrait une très belle offre pour me convaincre...», dit-il.
Selon lui, son dépanneur possède un atout de taille pour d'éventuels acheteurs étrangers: un logement à l'étage supérieur. «J'ai un 4 1/2 au-dessus du commerce et c'est ce qu'ils recherchent. S'ils achètent une place comme la mienne, ils peuvent loger à même le dépanneur et faire venir leur famille en leur fournissant un emploi.»