Dans la chambre du couple, les photos des enfants décédés, des poupons qui semblent dormir paisiblement, ornent un mur entre celles de leurs enfants vivants. Sur leur commode est posée l'urne qui contient les cendres de celui qui aurait été leur petit dernier, attendu avec tellement d'impatience. Au pied du lit, il y a les boîtes de souvenirs: les petites chaussettes, le seul pyjama que le petit ange aura porté, des photos qui témoignent de son trop court passage, des objets chargés d'émotivité.
Ce qui est pénible aussi, c'est de traverser des deuils aussi douloureux sans pouvoir être compris. Karine Viens s'étonne sans cesse de voir à quel point le deuil périnatal est tabou. «Lorsqu'une personne de 90 ans meure, on offre ses sympathies. Lorsque c'est un bébé, il ne faudrait pas en parler, c'est tabou», déplore-t-elle.
Il s'agit d'évoquer le sujet pour que les gens se sentent mal à l'aise. C'est pourquoi elle a fait parvenir un long texte à La Voix de l'Est intitulé «Comment accepter l'inacceptable?» dont nous reproduisons un extrait (voir autre texte) intitulé «Lettre à Victor».
«On a besoin de se faire dire 'c'est pas de ta faute', d'être écouté sans jugement, de pleurer», fait-elle valoir. «J'avais tellement de peine de faire de la peine aux autres!», évoque-t-elle.
Maladresses
Le jeune couple déplore les commentaires maladroits comme «Au moins, t'es encore là», «T'es jeune, tu vas en avoir d'autres», «Tu ne l'as pas connu, c'est moins pire», «Pense à autre chose», «Tu vas oublier ça». «Quand tu veux en parler, tu vois le regard des autres. Souvent, les gens ont peur de ça», remarque Dominic, en précisant que ces critiques ne s'adressent pas à ses amis proches.
La Voix de l'Est vous présente aujourd'hui et lundi un dossier à l'occasion du 15 octobre que l'association Parents orphelins aimerait faire reconnaître comme Journée québécoise officielle du deuil périnatal.
Comme on peut le lire sur le site internet «Nos petits anges au paradis», un groupe de soutien pour les parents endeuillés, une grossesse sur cinq environ ne se termine pas comme prévu... «Le deuil périnatal ou la mort du bébé est l'un des moments les plus atroces qui soient. Que ce soit la mort in utéro, la mort du nouveau-né à la naissance ou encore de graves malformations menant au décès futur du bébé, l'acceptation demeure très difficile et éprouvante», indique-t-on.
«Le deuil d'un bébé pendant la grossesse ou après, ce n'est pas le deuil du passé, comme le deuil d'un adulte. C'est le deuil de l'avenir, le deuil du futur et des projets qui viennent avec», apprend-on aussi en consultant le site internet.