Une erreur humaine

Philippe Huard était un parachutiste expérimenté lorsqu'il a... (photo archives la Voix de l'Est)

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Philippe Huard était un parachutiste expérimenté lorsqu'il a sauté de l'avion le 10 octobre 2010 pour filmer un client de Parachutisme Nouvel Air qui sautait en tandem.

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Chantal Vallée
Chantal Vallée
La Voix de l'Est

(Granby) C'est un «moment d'inattention causé par un agent extérieur» survenu «dans les derniers instants du vol sous voilure» qui est responsable de la mort du cameraman-parachutiste Philippe Huard, le 10 octobre 2010 à Farnham, conclut le coroner Luc Malouin à la suite de l'enquête publique tenue en avril dernier.

«Une erreur de pilotage est la cause probable et directe de ce malheureux accident», écrit-il.

Le coroner Malouin rejette tout blâme envers l'école de parachutisme Nouvel Air de Farnham, l'employeur du parachutiste au moment du drame, contrairement aux rapports qui avaient été produits par la CSST et le coroner Jacques Robinson.

Ces deux rapports faisaient état de «trois manquements de la part de l'employeur pour expliquer l'accident et le décès», rappelle Luc Malouin. «L'enquête et l'audition des témoins ont démontré sans l'ombre d'un doute que ces conclusions sont erronées», écrit-il.

Nouvel Air pas en cause

Philippe Huard était un parachutiste expérimenté lorsqu'il a sauté de l'avion le 10 octobre 2010 pour filmer un client de Parachutisme Nouvel Air qui sautait en tandem. Pour des raisons qui demeureront sans doute à jamais inexpliquées, l'homme de 34 ans a trop tardé avant d'entreprendre les manoeuvres d'atterrissage et s'est écrasé violemment au sol. Il est décédé sur le coup.

Me Luc Malouin contredit les conclusions des rapports précédents selon lesquels le point de largage (l'endroit où les parachutistes sautent de l'avion) était déficient, ce qui aurait forcé le travailleur à «opter pour des techniques de pilotage pouvant le mettre en danger».

«Lors de la journée du 10 octobre 2010, près de soixante personnes ont effectué un saut en parachute et elles sont toutes arrivées au bon endroit à l'exception de M. Huard», écrit le coroner. «Si le largage avait été déficient, il est évident que des parachutistes seraient arrivés à l'extérieur de la zone prévue. Il est hautement improbable que le largage effectué pour toutes ces personnes, au même endroit, ait été déficient uniquement pour M. Huard», peut-on lire dans son rapport d'enquête.

Il ne croit pas non plus que «le terrain d'atterrissage présentait une zone de turbulence», contrairement à ce qu'avaient conclu la CSST et le coroner Jacques Robinson.

«La preuve entendue est à l'effet que l'endroit où les parachutistes arrivaient était exempt de turbulence la journée du 10 octobre 2010 puisque le vent provenait du nord et non du sud», écrit Luc Malouin.

Il rejette aussi l'argument invoqué dans les précédents rapports selon lequel «l'organisation du travail incite le travailleur à utiliser une voile pour laquelle ses compétences sont insuffisantes.»

«Selon moi, M. Huard était un sauteur expert, dédié à son sport», retient le coroner. «Il avait, sans l'ombre d'un doute, les compétences et l'habileté pour utiliser la voile qu'il a choisie», écrit-il. Philippe Huard cumulait 800 sauts au moment de son décès, dont près de 300 avec la voilure qu'il utilisait lors de l'accident.

«Je n'ai rien entendu dans la preuve qui me permet d'affirmer, comme le fait la CSST, que l'employeur met de la pression sur un parachutiste pour qu'il effectue des sauts à risque, poursuit-il. C'est très mal connaître le milieu du parachutisme que de faire de telles affirmations», fait valoir Luc Malouin.

«Chaque parachutiste est conscient qu'il met sa vie en péril lorsqu'il effectue un saut sans prendre toutes les mesures de sécurité nécessaires. Plus encore, chaque parachutiste connaît les dangers d'un atterrissage hors zone ou mal effectué et ne veut surtout pas avoir de séquelles d'une telle situation qui risque de mettre un terme à la pratique de son sport ou encore de lui faire perdre la vie», fait-il valoir.

En ouvrant le parachute à une altitude inférieure à celle du tandem, le cameraman touche le sol deux minutes plus tôt que les gens qu'il filme, ce qui lui donne «amplement le temps de faire son travail», retient le coroner.

Pourquoi?

Luc Malouin admet qu'on ne saura jamais complètement ce qui s'est passé le 10 octobre 2010.

Il rappelle que les parachutes modernes utilisés par les experts «ont des voilures très performantes qui peuvent atteindre facilement plus de 80 km/h avec un vent dans le dos». «Ils ont la caractéristique de répondre rapidement aux commandes du parachutiste et la moindre erreur de pilotage, en basse altitude, peut être fatale», note-t-il.

La seule certitude de Me Malouin, c'est que le parachutiste a été distrait, ce qui expliquerait pourquoi il a trop tardé avant d'entreprendre les deux virages à 90 degrés qui précèdent l'atterrissage.

Il rappelle que Philippe Huard était grippé ce jour-là. Il avait pris des «décongestionnants en vente libre» qui, selon l'urgentologue et expert en toxicologie René Blais, entendu lors de l'enquête, peuvent causer de la somnolence, de la fatigue et une perte de vigilance. Les photos et la vidéo prises par le cameraman pendant la chute libre sont toutefois impeccables: le coroner en conclut que M. Huard était en pleine possession de ses moyens.

La congestion nasale peut altérer la pression sur l'oreille interne et provoquer perte de conscience, douleurs, ou vertiges, avait aussi indiqué le Dr Blais. Impossible de savoir si ça c'est produit puisque aucune autopsie n'a été pratiquée sur le corps de la victime, note Me Malouin.

Un malaise

Interrogé lors de l'enquête publique du coroner, le père de la victime, Serge Huard,   s'était dit pour sa part convaincu qu'un malaise était responsable du moment d'inattention de son fils ayant causé sa mort.

Selon M. Huard, son fils souffrait d'une sinusite le jour du drame. «C'est une condition médicale qui l'a amené là. Moi, j'en suis convaincu», avait-il affirmé à l'époque.

«Les témoins l'ont tous vu passer à une hauteur normale. Tout était beau. Pourquoi a-t-il tardé à conclure sa descente? Il n'y a personne qui a la vérité. Il est parti avec. On est obligé de vivre avec ça», avait-il dit.

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