La Montérégie et l'Estrie, reines de l'agrotourisme

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«Lorsque nous rencontrons le consommateur, nous pouvons lui dire comment cuisiner nos produits. Il trouve une mine d'informations impossible à retrouver en épicerie!», lance Caroline Pomerleau, une productrice maraîchère de Dunham.

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Étienne Fortin-Gauthier
La Voix de l'Est

La période qui s'étend du milieu de septembre à la mi-octobre est cruciale pour de nombreux acteurs du milieu de l'agrotourisme de notre région. Aucun moment de l'année n'est aussi primordial pour plusieurs entreprises, pour qui des dizaines, sinon des centaines, de milliers de dollars sont en jeu.

«Tout mon chiffre d'affaires se fait entre la mi-septembre et l'action de grâce. Chez nous, on accueille jusqu'à 2000 personnes par jour pendant cette période, c'est vraiment l'apogée», explique Hughes Lavoie, propriétaire du verger de la Pommeraie d'or à Rougemont. Si la pluie se met de la partie et que les clients restent à la maison, les conséquences socio-économiques peuvent être majeures. «Dans Rougemont, on parle d'au moins 1 million de dollars, sinon plus, qui est en jeu», ajoute-t-il, tout en se réjouissant du beau temps de la fin de semaine. La saison est encore jeune, mais jusqu'à maintenant, la clientèle est au rendez-vous.

Même son de cloche dans Brome-Missisquoi, la plus importante région viticole au Québec. «Je tire de l'agrotourisme automnal une bonne partie de mes revenus. Je fais 20% de mon chiffre d'affaires pendant les cinq ou six fins de semaine entre la mi-septembre et la mi-octobre. C'est énorme!», lance Charles-Henri de Coussergues, président de l'Association des vignerons du Québec et propriétaire du vignoble de l'Orpailleur à Dunham.

L'agrotourisme se définit comme une activité touristique complémentaire à l'agriculture et ayant lieu sur une exploitation agricole où le citoyen vient à la rencontre du producteur. «Avec la pomme, le vin, les citrouilles, les légumes et le miel, notre région est un modèle dans le genre. Ça représente évidemment des revenus impressionnants chaque automne. Certaines années, on a de la pluie quatre fins de semaine sur six et c'est dramatique. Il faut ensuite se serrer la ceinture et l'hiver est très long», indique M. de Coussergues.

Sortir le Montréalais de son île

Presque toute la clientèle des acteurs de l'agrotourisme de notre région provient de la grande région de Montréal. Si la compétition est forte pour attirer les Montréalais, la Montérégie et les Cantons-de-l'Est sont sans aucun doute les reines de l'agrotourisme. Les deux régions accueillent respectivement 43 et 31% des «agrotouristes» québécois, pour un total impressionnant de 74% de la clientèle disponible, révèle une récente étude de la Table agrotouristique de la Montérégie. C'est aussi dans ces deux régions que la majorité des quelque 600 producteurs agrotouristiques du Québec sont regroupés.

«La Montérégie est reconnue comme étant les ''jardins du Québec''. Nous n'avons pas hérité de ce titre pour rien! Au niveau de l'emploi, l'automne devient une période très importante», explique Brigitte Marcotte de Tourisme Montérégie. «Nous aimerions avoir 12 mois de septembre par année!», ajoute-t-elle avec enthousiasme. Tourisme Montérégie a investi quatre millions de dollars au cours des dernières années pour faire spécifiquement la promotion de l'agrotourisme.

«Le Montréalais a le goût de venir voir la campagne, donc ce n'est pas difficile de le faire sortir de la métropole. C'est un marché où l'on fait énormément de promotion. On constate que c'est une clientèle différente de celle de l'été, car elle fait davantage d'escapades d'un jour que des longs séjours», fait savoir Guylaine Beaudoin, conseillère en développement touristique au CLD Brome-Missisquoi.

La route des vins de Brome-Missisquoi a été l'un des premiers circuits en agrotourisme de la province. Il s'agit aussi de l'une des belles réussites québécoises en la matière. L'agroalimentaire dans Brome-Missisquoi a d'ailleurs connu un boom exceptionnel au cours de la dernière année. Le nombre d'entreprises dans ce domaine est passé de 1370 en 2011 à 1437 en 2012. Une hausse de 14%, qui illustre le dynamisme de ce secteur dans l'économie de la région.

Agrotourisme pédagogique

Charles-Henri de Coussergues a été l'un des premiers à croire au potentiel de l'agrotourisme dans Brome-Missisquoi, il y a de ça une trentaine d'années. Il constate qu'aujourd'hui, la clientèle embrasse cette idée d'aller à la rencontre de celui qui prépare ce qu'il mange et boit. «Plus que jamais, les gens veulent savoir comment on cultive et transforme ce qu'ils consomment. L'automne venu, ils font ce pèlerinage annuel où ils vont à la rencontre du producteur pour lui poser leurs questions», dit-il.

M. de Coussergues profite de ces rencontres avec les consommateurs pour leur en apprendre sur les productions maraîchères. «Je constate que les gens sont parfois mal informés sur certaines réalités de notre industrie, comme les produits biologiques. Si on veut acheter bio, il faut arrêter d'acheter à l'oeil, car les produits seront nécessairement moins beaux. Même chose pour le vin, qu'on filtre maintenant pour une question d'esthétique. Avant, on ne le faisait pas et les vins étaient beaucoup plus goûteux», dit celui qui apprécie l'agrotourisme notamment pour son aspect pédagogique. «C'est extrêmement motivant pour le producteur de pouvoir partager son savoir. C'est à cet endroit qu'on va chercher notre oxygène!», ajoute-t-il.

Même enthousiasme de la part de Caroline Pomerleau, une productrice maraîchère de Dunham. «Lorsque nous rencontrons le consommateur, nous pouvons lui dire comment cuisiner nos produits. Il trouve une mine d'informations impossibles à retrouver en épicerie!», confie-t-elle, tout en montrant avec fierté les courges et citrouilles qu'elle cultive.

Hughes Lavoie se réjouit de la qualité et du goût des pommes de cette année, qui ont un réel pouvoir attractif sur la clientèle. Il affirme que les visiteurs se font encore nombreux cette année dans ses vergers. «Depuis deux ans, nous avons de belles saisons. Et même lorsqu'il pleut un peu, les gens viennent quand même. Il y a aussi des groupes et des garderies qui viennent la semaine, ce qui permet d'enlever de la pression sur les fins de semaine», dit-il.

Le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec estime que si chaque consommateur ajoutait 30 dollars d'aliments québécois à son panier d'épicerie chaque année, cela entraînerait une augmentation de plus d'un milliard$ les achats de produits d'ici sur cinq ans.

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