"Ce jour-là, on allait conduire mes grands-parents à l'aéroport. Quand j'ai aperçu l'avion, je voulais absolument y monter. La crise que j'ai faite quand j'ai réalisé que je ne partais pas avec eux! À partir de là, l'aviation est devenue une grande passion. Je voulais faire ça", relate le Bromontois, qui est aujourd'hui aux commandes d'un Airbus 330 chez Air Transat.
Mais atteindre ce couronnement en carrière ne s'est pas fait en criant ciseau. Il lui a d'abord fallu franchir bien des étapes. Entré dans les cadets de l'air à 14 ans, il obtient une bourse pour piloter un planeur, puis une bourse pour piloter un avion. Un diplôme collégial en sciences pures, une licence en vol de nuit, une autre pour piloter des avions multimoteurs, une licence en vol commercial, un permis pour vol aux instruments et un cours en instruction de vol ont d'abord été nécessaires.
"À 26 ans, j'étais prêt à opérer un avion de ligne." Pour accumuler de précieuses heures de vol, il travaille alors pour diverses compagnies: Air Schefferville "l'école à la dure dans des conditions météorologiques difficiles", se rappelle-t-il , Avionair, Canair Cargo, Air Inuit...
Puis à 30 ans, il tente sa chance chez Air Transat où il obtient un poste de pilote. C'était il y a 16 ans. Malgré sa longue expérience, le commandant Brisebois affirme que la routine ne prend jamais le dessus, en raison de la complexité du travail. "Non, ce n'est pas comme conduire une auto. Les conditions de vol changent, l'équipage, la destination... Environ 90 % de la préparation se fait avant le vol. Il faut vérifier la route, le carburant, les instruments, le plan de vol, etc. Il est nécessaire d'être à l'affût et prêt à toute éventualité."
Comme cette fois où, en route vers Paris, il a dû atterrir d'urgence en Irlande parce qu'une passagère venait d'être victime d'un AVC.
Fascinés
Daniel Brisebois est toujours surpris de constater à quel point sa profession suscite l'intérêt des gens. "Tout le monde est fasciné par ce que je fais. Ils me posent plein de questions. Avant le 11 septembre 2001, les gens avaient le droit de venir nous voir dans le cockpit, c'était agréable. Maintenant, on n'a pratiquement plus aucun contact avec les clients. On est cloisonnés et on doit respecter des procédures très strictes", dit-il, bien conscient néanmoins de l'importance de ces mesures.
Globe-trotter
L'aviateur est généralement basé à l'aéroport P.-E.-Trudeau à Montréal, mais il lui arrive aussi de s'établir ailleurs, simplement pour le plaisir de la chose. Rencontré à sa résidence de Bromont, cette semaine, Daniel Brisebois revenait d'une affectation de deux mois à Vancouver, où il a aussi séjourné en 2005, 2006 et 2007.
Et même si en cours d'entrevue, il affirme que "plus je voyage, plus je me rends compte que je veux vivre chez moi...", il repartira le 17 septembre prochain, en compagnie de sa conjointe, pour s'installer sur l'île de Java en Indonésie durant quelques mois. "Je vais transporter des musulmans vers La Mecque en Arabie saoudite", lance-t-il, le plus simplement du monde.
Jet set, la vie de pilote de ligne? Quand même... L'été, il se rend principalement en Europe, tandis que l'hiver l'amène davantage vers le Sud. Les grandes métropoles, les beaux hôtels, les plages idylliques et les paysages à couper le souffle font donc partie intégrante du travail. M. Brisebois et son équipage disposent généralement de 48 heures à destination avant de reprendre la route du ciel. "Ça nous laisse du temps pour en profiter. Paris, par exemple, c'est comme mon chalet. J'y vais une vingtaine de fois par année, alors je connais les bonnes adresses", confie-t-il.
Quand on lui demande l'endroit au monde qu'il préfère, l'homme est incapable d'en cibler un seul. "Il y en a plusieurs, c'est dur à dire." Il hésite moins à nommer l'endroit le plus fou: "Le Caire!"
Le spectacle, toutefois, n'est pas que sur Terre. La nuit, de l'intérieur de sa cabine de pilotage, il est aux premières loges pour contempler la splendeur des aurores boréales et les étoiles filantes.
Fatigant
Mais au-delà du prestige de la profession, il y a aussi l'absence, la fatigue et le décalage horaire. Avec un horaire normal d'environ 80 heures de vol par mois, il doit prendre soin de lui. "Pour bien fonctionner, j'essaie de me reposer le plus possible à la maison, de bien manger et de faire de l'exercice. L'horloge interne sait toujours l'heure qu'il est à Montréal. Il n'y a pas de recette miracle pour combattre les effets du décalage. Le corps ne s'habitue pas à ça. Dix-sept ans de vols transocéaniques, c'est dur pour l'organisme."
Rien cependant pour atténuer sa passion de voler. "Après 22 ans dans l'aviation, j'aime encore mon métier. Je veux piloter jusqu'à 65 ans", dit-il sans détour.