L'agriculture combinée à la science textile

À la barre de Protec-Style, François Simard souhaite... (photo Janick Marois)

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À la barre de Protec-Style, François Simard souhaite développer l'étonnant potentiel de l'asclépiade, cette plante indigène très répandue qui pousse dans un champ ou un bord de route près de chez vous.

photo Janick Marois

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Marie-France Létourneau
Marie-France Létourneau
La Voix de l'Est

(Granby) Une entreprise de Granby, spécialisée dans le développement de produits textiles écologiques, s'est donnée pour mission d'exploiter l'étonnant potentiel de l'asclépiade, une plante indigène très répandue qu'on retrouve dans les champs et les bords de route. Un projet unique sur la planète, a affirmé hier le président fondateur de Protec-Style, François Simard.

«Personne n'utilise la fibre d'asclépiade. Ici, on peut en faire des tricots, des robes. Personne au monde n'a encore fait ça», soutient M. Simard.

L'asclépiade produit une «cocotte» qui s'ouvre à l'automne lorsqu'elle est mûre et répand des graines munies de soie. Les papillons monarques, en particulier, affectionnent cette plante et s'en nourrissent.

Selon François Simard, la fibre produite à partir des soies de l'asclépiade peut avoir plusieurs applications, dont la production d'un textile pour la «mode éthique». «Ça peut aussi être un absorbant pétrolier hyper performant. Ça absorbe jusqu'à40 fois son poids. C'est aussi un isolant thermique naturel. Ça a la même capacité d'isolation que le polar, mais à 1/5 du poids. Ça pourrait avoir un intérêt pour la Défense nationale par exemple. Même la graine est bonne. L'huile qui en est extraite peut entrer dans la fabrication de soins pour la peau», détaille-t-il.  

Ingénieur de formation, M. Simard n'est pas un nouveau venu dans l'industrie du textile. Il a oeuvré 20 ans, entre autres à titre de vice-président recherche et développement, chez Stedfast, une entreprise de Granby spécialisée dans la fabrication de tissus technologiques.

Soie Québec

Protec-Style a commencé ses activités de façon modeste en 2008, à Saint-Jean-sur-Richelieu. La PME, installée depuis juin dans l'incubateur industriel de Granby, travaille sur différents produits. Mais c'est à partir du début de 2011 que l'idée de la transformation de l'asclépiade s'est imposée, à la suite d'une rencontre entre François Simard et Pierre Larose, «un expert en fibre naturelle» de la Société Chemos.

Les choses ont déboulé assez rapidement par la suite. Le projet Soie Québec, lancé par Protec-Style, a été mis en place et a su rallier plusieurs acteurs autour d'un même objectif. Il bénéficie d'un investissement global de près d'un million de dollars provenant de partenaires privés et publics.

Protec-Style jouit de l'appui des ministères de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ) ainsi que du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation (MDEIE). L'entreprise peut aussi compter sur le soutien du programme PARI du Conseil national de recherche Canada et du CLD de la Haute-Yamaska.

Pour mener à bien sa mission, la PME a développé des partenariats notamment avec Filspec, un des plus grands filateurs nord-américains, Oratex, un manufacturier de tricots de performance, ainsi que Mekinac Nature pour la transformation de l'huile. Bref, la table est mise pour commercialiser la fibre qui a été baptisée Monark, dit François Simard.

Première récolte

La première récolte de «cocottes» s'effectuera à la mi-septembre. «Nous avons quatre hectares à l'essai cette année. Mais nous allons en semer40 à l'automne. Ce sera la plus grande surface d'asclépiade au monde», soutient M. Simard. Daniel Allard, producteur agricole de Sainte-Thècle et président de Mekinac Nature, en Mauricie, participe au projet.

Protec-Style fournit la semence et s'engage à acheter la récolte. Avec l'équipement spécialisé fait sur mesure qui devrait bientôt être installé dans ses locaux de l'incubateur industriel, l'entreprise purifiera et nettoiera la fibre qui sera par la suite transformée par ses partenaires. Déjà, une première commande de fibre, qui sera utilisée à des fins de textile, a été reçue.

L'entreprise qui, pour l'heure compte quatre employés, a déménagé à Granby parce que la ville est au «coeur d'une dynamique industrielle nationale», dit le chef d'entreprise. Aussi, selon lui, il est «difficile de se passer des avantages d'un incubateur industriel pour une entreprise en développement». La transition vers une production industrielle s'en trouve facilitée, fait-il valoir.

Protec-Style souhaite combiner la force de l'agriculture à la science textile. Et pour y arriver, François Simard ne semble pas manquer d'idées.

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