Nos députés ont-ils tenu leurs promesses ?

Chose promise, chose due. Les députés sortants interrogés par La Voix de l'Est... (photos archives La Voix de l'Est)

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Pascal Faucher
Pascal Faucher
La Voix de l'Est

(Granby) Chose promise, chose due. Les députés sortants interrogés par La V oix de l'Est affirment tous avoir rempli leurs promesses de 2008. Mais dans les faits, les résultats sont moins concluants.

La saga des lits

Pierre Paradis, PLQ, Brome-Missisquoi

Le vétéran député de Brome-Missisquoi fait peu de promesses. Mais il a indiqué, lors de sa dernière campagne, qu'il aimerait voir 60 nouveaux lits en Centre d'hébergement de soins de longue durée (CHSLD) à Cowansville afin de décongestionner l'hôpital. Ces lits se font toujours attendre. La controverse, non.

Le dossier a été on ne peut plus épineux. Le tiers des 60 lits a d'abord été dévolu - et construit - à Farnham. Pour les autres, les coûts se sont avérés supérieurs à la subvention disponible. De nouvelles données ont aussi montré des besoins à Bedford. La querelle a alors éclaté entre Pierre Paradis et des acteurs locaux qui l'accusaient, pour l'attribution de lits, de privilégier sa ville natale de Bedford au détriment du chef-lieu de Brome-Missisquoi.

Presque tous les membres du conseil d'administration du CSSS de la Pommeraie, sauf une, ont démissionné en bloc pour protester. Le choix du terrain a aussi été au coeur d'une controverse, forçant Québec à réévaluer la situation. Retour à la case départ.

«Ça a été plus "bisbillant" que je ne l'aurais escompté», reconnaît Pierre Paradis, qui a, insiste-t-il, toujours travaillé pour maintenir 40 nouveaux lits à Cowansville.

Aujourd'hui, les lits supplémentaires à Cowansville et le projet d'agrandir le CHSLD de Bedford sont entre les mains du CSSS, dit M. Paradis. Bedford est notamment «prête à aller en appel d'offres».

«Dans les minutes où c'est entre les mains de l'Agence de la santé et de services sociaux, je serai très insistant», promet-il. Le député libéral mentionne qu'«on a considérablement augmenté les budgets de soins à domicile dans Brome-Missisquoi».

Poste de police

Autre sujet sensible, Pierre Paradis a, il y a quatre ans, établi comme priorité la construction d'un nouveau poste de police à Dunham. Encore une fois, il y a loin de la coupe aux lèvres, mais les auspices s'annoncent plus favorables.

Plusieurs négociations entre le député et les maires de sa circonscription plus tard, on a convenu de bâtir un nouveau poste central - l'actuel est désuet - toujours à Dunham et d'ériger quatre postes satellites à Farnham, Bedford, Sutton et Lac-Brome. «Oui, ça a pris du temps, mais on ne peut pas matraquer un consensus, dit le député. La population ne se sentait pas desservie avec un seul poste central.»

Cette fois-ci, le dossier est entre les mains de la Société immobilière du Québec. «Ça procède correctement», dit M. Paradis, sans donner d'échéance. Le nouveau terrain a notamment été acquis à Dunham.

«On a travaillé fort»

François Bonnardel, ADQ, (maintenant CAQ), Shefford

Comme Pierre Paradis, le député de Shefford avait mis beaucoup de son poids politique dans la construction d'un nouveau Centre d'hébergement de soins de longue durée (CHSLD) à Granby, cette fois-ci de 160 lits en partenariat public-privé, plaidant que le dossier «traînait sur les tablettes» depuis 2002. Il y est toujours.

«C'est devenu notre CHUM à nous, déplore M. Bonnardel, qui se présente à nouveau dans la circonscription de Granby. On était prêts depuis un maudit bout. C'est épouvantable.»

Le député caquiste blâme des soumissionnaires acceptés puis refusés et des changements de garde aux agences gouvernementales. Et il n'évoque plus que 66 lits supplémentaires. «L'engagement ferme, c'était 66 lits, dit-il. On espère un coup de pelle après le 5 septembre.»

À petits pas

Le député s'était aussi engagé à mettre sur pied un centre spécialisé de la petite enfance qui accueillerait des bambins souffrant de troubles envahissants du développement. De concert avec la Maison des familles de Granby, il aurait été baptisé À petits pas.

Cette fois-ci, le projet a été carrément abandonné. «Les familles des Granby sont bien encadrées par les services actuels», dit maintenant M. Bonnardel.

«On a eu de nombreuses rencontres, avec tout le monde. J'ai eu énormément de discussions, mais ça n'a pas pris forme comme je l'aurais souhaité. Ce dossier spécifique a été laissé de côté.»

En 2008, M. Bonnardel avait aussi promis une unité mère-enfant à l'hôpital de Granby, promesse qu'il a réitérée cette semaine, assurant qu'il ne s'agissait pas «que du recyclage».

Cette fois-ci, le projet est «entamé», dit-il, et doit être déposé cet automne à l'Agence de la santé et des services sociaux de la Montérégie. «On a approfondi le dossier et on a travaillé fort avec le gouvernement pour avoir des fonds additionnels», assure-t-il.

Une coop agricole... qui existait déjà

Étienne-Alexis Boucher, PQ, anciennement Johnson

En 2008, l'aspirant député Étienne-Alexis Boucher lance idée d'une coopérative agricole qui fournirait écoles et hôpitaux, un marché de 6 millions$. Seul hic: le concept existait déjà.

Il était en branle, en fait, mais n'avait pas encore vu le jour. C'est aujourd'hui le cas avec Saveurs des Cantons, un organisme sans but lucratif de Coaticook qui propose un catalogue de 700 produits venant d'une trentaine de producteurs des Cantons-de-l'Est.

«Quand je rencontrais des intervenants, soit je précédais ou j'avais été précédé par cet organisme, indique M. Boucher, qui tente désormais de se faire élire dans la circonscription de Richmond, en Estrie. J'ai plutôt décidé de m'allier avec eux!»

Les produits de la ferme sont livrés directement aux hôtels, restaurants et institutions clients. Pour les écoles et hôpitaux, «c'est encore en développement», dit le député péquiste, qui estime avoir rempli son engagement.

«On aimerait que les ventes explosent plus, mais c'est intéressant et ça gagne à être mieux connu. Ça complète les marchés publics.»

Lac Roxton

M. Boucher avait aussi promis que les riverains du lac Roxton, à Roxton Pond, seraient tous connectés à un réseau d'égout et d'aqueduc dès 2009, afin de réduire la pollution du plan d'eau. Le projet n'a été réalisé qu'en partie.

Le tiers des riverains sont aujourd'hui branchés, indique le maire Raymond Loignon. Les 2e et 3e phases, afin de «faire le tour du lac», doivent éventuellement s'amorcer. «On attend une réponse du ministère (des Affaires municipales) pour la subvention», dit M. Loignon.

Au coût de 10 M$, les dernières phases doivent elles aussi être payées en parts égales par la municipalité, Québec et Ottawa. Le maire de Roxton Pond ne peut fixer d'échéancier.

Étienne-Alexis Boucher reconnaît qu'il n'a «pas réussi à attacher l'ensemble des ficelles» pour les 2e et 3e phases. «J'aurais été enchanté de voir le ministère des Affaires municipales répondre aux besoins plus rapidement. J'espère que les travaux seront complétés durant le prochain mandat.»

Il estime avoir «grandement contribué à faire avancer le dossier». «Ça a été long, du travail reste à achever, mais je ne vois pas ça comme une promesse ratée», dit-il.

«J'ai plutôt décidé de m'allier avec eux!», dit Étienne-Alexis Boucher, qui se présente aujourd'hui dans la circonscription de Richmond.

Recherche médecin désespérément

Marie Bouillé, PQ, Iberville

La péquiste Marie Bouillé avait fait de la santé son cheval de bataille, insistant sur le besoin d'avoir davantage de médecins et de groupes de médecine familiale (GMF) dans sa circonscription.

Malgré ses efforts, Iberville n'a accueilli aucun nouveau médecin ni GMF depuis quatre ans, reconnaît la députée péquiste. «Je n'ai pas chômé, j'ai approché plusieurs médecins, dit-elle. Je suis tenace. Mais les jeunes médecins sont énormément sollicités.»

Elle affirme qu'il s'agit de stratégies donnant des résultats «à moyen terme» et que «ce que j'ai semé, je vais le récolter». «Il y a 250 médecins qui finissent leur formation chaque année. À un moment donné, on va en ressentir les effets.»

La circonscription ne compte que deux cliniques médicales, soit à Saint-Césaire et à Iberville - ainsi qu'un bureau privé, à Saint-Georges-de-Clarenceville - pour 54 000 habitants. «C'est pas beaucoup, dit Mme Bouillé. On est très mal desservis.»

Parmi les démarches entreprises par la députée figure la bourse Carrie Derrick, qui récompense une étudiante prometteuse en sciences, au cégep ou à l'université. Jusqu'ici, deux des lauréates étudient en médecine et pourraient revenir pratiquer dans leur coin de pays.

Ville centre et marché public

Mme Bouillé s'était aussi prononcée en faveur de reconnaître Saint-Césaire comme ville centre, en plus d'y aménager un marché public. Les deux projets ont aussi fait patate, mais la députée a peu à y voir.

Le marché public n'a existé qu'un été, en 2009. Puis, plus rien. «La Ville n'a pas trouvé le projet concluant» et ne l'a pas reconduit, dit Mme Bouillé.

Constat similaire pour l'idée de ville centre. Les déchirements vécus à l'hôtel de ville de Saint-Césaire, incluant de nombreux changements de garde, en ont sonné le glas. «C'était le désir de la Ville, mais elle n'a pas réitéré sa demande, dit Mme Bouillé. Je suis une fille d'équipe. Je pousse quand j'ai du monde avec moi.»

L'appellation aurait permis à Saint-Césaire d'obtenir une meilleure reconnaissance de la part du ministère des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire, donc une plus grande facilité à se faire entendre à ce niveau.

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