«Je suis toujours en campagne électorale. Lorsque l'élection approche, c'est juste que le rythme accélère un peu», relativise le député de 62 ans. Et la recette qui assure ses réélections est simple. Beaucoup de terrain, beaucoup de poignées de main et beaucoup d'écoute. Tous ceux qui ont trempé dans le monde des communications vous le diront, le sujet favori des gens est eux-mêmes. Ce principe, Pierre Paradis l'applique avec un naturel déconcertant, tout en n'oubliant pas de les inciter à se présenter aux urnes le 4 septembre prochain.
Les discussions s'enchaînent. M. Paradis s'enquiert de la santé de l'une, de l'entreprise de l'autre, demande des nouvelles d'untel. Dans ce comté qui l'a vu grandir et qu'il arpente depuis plus de 31 ans à titre de député, il trouve toujours une connaissance commune à évoquer. Aux jeunes, qu'il aborde avec la même aisance que les adultes, il parle de leurs études, leurs aspirations, partage une idée ou un conseil.
«Ceux qui ont compris que ton rôle en politique est de porter le message de tes gens à Québec, et non de leur imposer le message de Québec en leur faisant croire qu'ils n'ont rien compris, durent toujours un peu plus longtemps», dit M. Paradis.
Discutant tantôt d'agriculture, tantôt du conflit étudiant, celui qui est souvent qualifié de mouton noir du Parti libéral n'oublie pas de raconter une anecdote politique qui trouve toujours une oreille attentive auprès de ses interlocuteurs.
Une porte à la fois
Parti de ce terrain ami qu'est l'Exposition agricole de la municipalité que le député sortant habite depuis des décennies, c'est une porte après l'autre qu'il s'en va tenter de convaincre les électeurs de lui réitérer leur appui, ou bien de changer de camp. All politics is local disent les anglophones. Ce principe aussi, Pierre Paradis l'applique à la lettre.
À la sortie de sa voiture, un maire l'attend, prêt à aller cogner aux portes avec son député. Pierre Paradis est un fin renard. Tous ne sont pas derrière lui et il sait que le bilan de son gouvernement est lourd à défendre. Mais quand vient le temps de défendre le sien, c'est un récit rempli d'anecdotes qu'il raconte. Et il sait après chaque porte s'il a réussi à convaincre l'électeur de voter pour lui, et si oui, quel sera le rayonnement de sa visite. Une bonne rencontre amènera peut-être 25 votes de plus, estime-t-il. Davantage, si la personne est connue et a du pouvoir. Simple calcul politique.
D'une rencontre à l'autre, le député sortant tutoie tout le monde. Presque sans exception. Qu'il connaisse la personne en face de lui depuis une minute ou un quart de siècle. De tu à tu, la conversation s'installe rapidement, le discours passe mieux, la compréhension semble meilleure.
C'est ainsi qu'il aborde la femme qui l'accueille dans l'entrée d'une maison surplombant une colline. Tout de suite elle l'avertit. Elle lui est favorable, mais son mari est teinté de bleu péquiste. Ça sera plus difficile. Il va donc à sa rencontre sans tarder. La conversation démarre en une fraction de seconde et les deux discutent de ce qu'ils peuvent faire pour régler les problèmes les plus urgents de l'endroit. Des pistes de solutions sont avancées. À défaut de le convaincre, il aura semé le doute dans son esprit. Les autres visites seront sans embûche, toujours avec le même accueil chaleureux, mis à part cet homme âgé qui refuse d'aller voter, justement en raison des politiciens. Encore là, rien ne dit qu'il ne changera pas d'idée d'ici le grand soir.
Bien qu'il ait fait durer le suspense quant à son désir de se représenter à la prochaine élection, comme à l'habitude, Pierre Paradis n'est visiblement pas prêt à quitter le rôle de député de Brome-Missisquoi.
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