Le problème est attribuable à la vétusté des réseaux d'égout de nombre de municipalités dans la région. Leurs réseaux ne peuvent gérer toutes les eaux usées provenant des maisons, des commerces et des industries et qui sont dirigées vers les usines d'assainissement. C'est souvent le cas lorsqu'il pleut ou en période de fonte des neiges. Les débits dans les égouts augmentent. Saturés, les réseaux rejettent tout dans les cours d'eau. La situation est pire dans certaines municipalités qui déversent même des eaux usées en période de temps sec.
Les années 2010 et 2011 ont été pénibles pour plusieurs villes de la région, selon les évaluations de performance des ouvrages municipaux d'assainissement des eaux préparé par le ministère des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire (MAMROT). Durant cette période, les ouvrages de surverses - le nom donné aux tuyaux qui se rendent directement aux rivières à partir des réseaux d'égout - de Cowansville ont connu 1363 épisodes de déversements. Granby en a enregistré 771 et Saint-Pie, 525. D'autres municipalités ont également connus de nombreux débordements (voir tableau).
La réalité est pire, le nombre de surverses étant plus élevé que les données fournies par les municipalités. Dans son rapport annuel, le MAMROT souligne que 48,5% des ouvrages municipaux de surverses au Québec, parmi lesquels tous les principaux, sont munis d'enregistreurs. Ces équipements enregistrent le nombre de surverses et leur durée. Toutefois, ils ne calculent pas la quantité des eaux usées rejetée dans les cours d'eau, une donnée pourtant importante.
Vieux réseaux
Les responsables des réseaux d'égout des municipalités font tout en leur possible pour améliorer leur bilan. Les obstacles sont cependant de taille, note Sylvain Perreault, surintendant aux infrastructures de la Ville de Cowansville. «L'âge du réseau n'aide pas. On a beaucoup de secteurs qui datent des années 1970. Dans le temps, on mettait des réseaux unitaires (égout seulement). Il n'y avait pas de pluvial (pour les eaux de pluie). Quand il pleuvait, ça s'en allait dans la rivière. On ne peut plus faire ça aujourd'hui.»
Près de 50% des rues de la municipalité ne sont pas reliées à un égout pluvial, selon son estimation.
C'est sans compter l'indiscipline des résidants, souligne M. Perreault. «Plein de gens ont des broyeurs à déchets dans leur évier. C'est la pire invention. Ça bloque les tuyaux (d'égout), ça laisse plein de graisse qui les obstrue. Il faut que les gens cessent de les utiliser.»
L'obstruction des conduits d'égout réduit leur capacité de débit, ce qui provoque des surverses. Les eaux usées de ces conduits sont alors déviées vers les ouvrages de surverses puis déversées dans la rivière Yamaska ainsi que les ruisseaux Gear et Alder.
Parfois, les employés municipaux ne se rendent pas compte immédiatement qu'une surverse est en cours. Des 27 ouvrages de surverses de Cowansville, seulement sept en effet sont équipés d'un dispositif d'alerte. Pour les autres, seule une inspection visuelle - menée une fois par semaine, selon les exigences du MAMROT - peut déterminer si une surverse s'est produite ou est en cours. «Ça ne nous aide pas», dit M. Perreault.
La Ville veut remédier à cet aspect du problème. Des équipements de télémétrie seront installés cette année sur tous les ouvrages de surverses. «Ça va nous aider à intervenir plus rapidement. On essaie de s'améliorer.»
Note de passage
Le MAMROT tolère les débordements d'eaux usées pour toutes sortes de raisons. Néanmoins, il incite fortement les municipalités à éviter qu'ils ne surviennent par temps sec. Quand cela se produit, surtout si les ouvrages sont considérés importants, le MAMROT revoit à la baisse l'évaluation des municipalités. En 2011, les villes de St-Césaire (22%), Bromont (45%), Upton (57%) et Waterloo (72%) ont toutes obtenu une évaluation en bas de la note de passage de 85%.
Ces municipalités devront fournir au MAMROT un plan des travaux correctifs qu'elles entendent réaliser pour pallier leurs problèmes.
La semaine dernière, le ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Pierre Arcand, a annoncé la tenue d'états généraux sur la rivière Yamaska. La santé de la rivière fait d'elle l'affluent le plus pollué du fleuve St-Laurent. Les pratiques agricoles sont montrées du doigt pour expliquer l'état de la Yamaska. Les municipalités riveraines du cours d'eau sont aussi à blâmer, comme porte à croire les données liées aux surverses de leurs réseaux d'égout.