On estime à 283 millions le nombre d'armes à feu en circulation aux États-Unis. Dit autrement, cela représente 97 armes pour 100 personnes. Sur les 4,5 millions d'armes à feu produites en 2008 dans le pays, seulement 228 000 ont pris le chemin de l'exportation.
Le Brady Center, qui milite pour la régularisation des armes aux pays, estime à 30 000 annuellement le nombre de décès impliquant une arme à feu - 55 % de suicides et 41 % de meurtres.
Par comparaison, 179 homicides ont été commis à l'aide d'une arme à feu au Canada en 2010. Même avec une population dix fois moindre, ce chiffre reste proportionnellement bien en deçà des statistiques américaines. Les données recueillies par le gouvernement canadien évaluent à 740 536 le nombre d'armes à utilisation restreinte enregistrées au pays - 91 956 au Québec - , alors que dans sa dernière évaluation (effectuée à la fin des années 90), la GRC estimait à 76 millions ce nombre au sud de la frontière.
Accessibilité difficile
Tout est une question de culture, donc, mais aussi d'accessibilité. «Le processus pour obtenir une arme à feu prohibée aux États-Unis est différent. Dans la majorité des cas, c'est beaucoup plus facile qu'ici», explique Guy Faucher, directeur carabine et responsable de l'entretien au Club de tir de Granby. «Au Québec, on ne peut pas avoir une arme à feu comme ça. Pour les armes restreintes, c'est tolérance zéro. Il faut être patient, car il y a beaucoup de bureaucratie», poursuit-il.
En effet, acquérir le droit d'acheter et d'utiliser ce type d'arme nécessite plusieurs démarches. D'abord, les aspirants tireurs devront suivre la formation du Cours canadien dans le maniement des armes à feu à utilisation restreinte, dispensée par la Fédération québécoise de tir et qui dure une journée se terminant par deux examens.
«La plupart des gens demandent des cours pour aller travailler pour des agences de sécurité, les postes frontaliers ou les prisons... C'est une formation qui est obligatoire. Et il y a beaucoup de personnes qui cherchent tout simplement à joindre un groupe, un club de tir, car ils ont des amis qui y sont déjà», expose Jacques Dubé, directeur technique à la Fédération.
S'ils obtiennent 80 %, les candidats peuvent ensuite passer à l'étape suivante qui consiste en un examen similaire au premier, mais qui s'applique à l'ensemble des armes à feu. Par la suite, en vertu de la Loi sur les armes à feu (loi fédérale), la personne devra demander un permis de possession et d'acquisition auprès de la GRC qui fait une enquête, ainsi que la SQ, dans le cas du Québec.
À cette étape, trois personnes doivent signer comme quoi le requérant est apte à mettre la main sur un tel objet. «Il n'y a pas de recherches psychologiques serrées au bout de l'évaluation. C'est la signature des trois personnes qui fait foi que tu es un citoyen honnête et non violent. Elles attestent que tu peux posséder une arme à feu. Une personne peut signer et ensuite téléphoner à la GRC pour dire que ce n'est peut-être pas une bonne idée que cette personne soit en possession d'une arme à feu», clarifie Gérard Lortie, enseignant du cours d'acquisition et de possession d'armes à feu.
«Au Québec, oui c'est plus sévère qu'ailleurs. En même temps, on ne peut pas toujours connaître les intentions des gens. On prend pour acquis que les gens sont honnêtes et qu'ils désirent avoir une arme pour des raisons sportives», ajoute Jacques Dubé. D'ailleurs, les demandes de formation pour les armes à utilisation restreinte ont doublé cette année à la Fédération, passant de 3900 en 2011 à une projection de plus de 7000 en 2012.
Loi 9
La Loi 9, en vigueur depuis 2008, et selon laquelle une formation de quatre heures est obligatoire, exige d'être membre d'un club de tir pour devenir éligible à l'achat d'une arme à feu restreinte. Une fois cette étape passée, la GRC doit délivrer un permis de transport d'arme à feu, valide uniquement entre le domicile et le club de tir. Le trajet doit être déterminé d'avance.
Toutes ces étapes ne garantissent toutefois pas le droit d'être en possession d'armes. La Sûreté du Québec se garde beaucoup de latitude pour saisir une arme légalement enregistrée.
«Nous pouvons révoquer sans mandat des permis et des armes pour différentes raisons, comme la violence conjugale, un verdict de culpabilité d'un acte criminel ou une menace pour la sécurité de personnes», dit Martine Asselin, sergente à la SQ, qui ajoute que 739 permis ont été révoqués en 2010. «Dès que l'on embarque sur le terrain de la sécurité, nous agissons. Ensuite, ce sera à la cour de décider. Mais nous, on saisit.»