L'information provient du député de Shefford, François Bonnardel. Candidat de la CAQ dans la nouvelle circonscription de Granby, M. Bonnardel a par ailleurs relaté une conversation au cours de laquelle M. Gaudord lui aurait laissé entendre qu'il aurait aimé se présenter sous la bannière du Nouveau Parti démocratique au printemps 2011.
M. Bonnardel se demande si son adversaire libéral ne tente pas, par opportunisme, de se trouver un emploi en politique coûte que coûte. «Il souhaite trouver un train politique qui va aller assez vite pour réaliser son rêve d'être élu. Ses ambitions prennent le dessus sur ses convictions», dénonce-t-il.
En point de presse à 13 h hier, M. Gaudord a reconnu avoir approché la CAQ. Il voulait valider ses «convictions libérales» auprès des dirigeants de la nouvelle formation politique. La CAQ, a-t-il dit, avait annoncé qu'elle était ouverte à des militants de tous les horizons.
D'ailleurs, ce sont ses «convictions trop libérales», croit-il, qui ont fait que les dirigeants de la CAQ ont rejeté sa candidature au terme d'une entrevue.
Circonscription non disponible
De toute façon, a ajouté M. Gaudord, il avait déjà pris la décision de ne pas joindre les rangs de la CAQ puisqu'il était clair que M. Bonnardel allait être le candidat du parti dans Granby. Or, M. Gaudord tenait à se présenter dans la nouvelle circonscription. En raison de ces différends politiques et de la non-disponibilité de la circonscription, M. Gaudord a choisi de rester dans la famille libérale et d'être candidat.
Questionné à savoir quelles étaient ses «convictions libérales», M. Gaudord a parlé d'économie locale, du Plan Nord et des libertés individuelles. Quand on lui a posé à nouveau la question, il a hésité avant de dire qu'il avait perdu le fil de son idée, qu'il l'avait sur le bout de la langue. Son responsable des communications, Yves Guérard, est alors intervenu affirmant que le Parti libéral misait sur le développement des entreprises et sur la «manne» que représentent les «projets d'envergure» pour elles.
Nous n'avons pas reposé la question.
M. Bonnardel croit que l'intérêt de M. Gaudord pour la CAQ s'explique par les bons résultats du parti enregistrés dans les sondages en début d'année. La CAQ recueillait plus de 35 % des appuis des personnes sondées.
Sur ce point, le député Bonnardel a rappelé qu'il s'est joint à l'Action démocratique du Québec en 2006 lorsque la formation menée par Mario Dumont plafonnait à 12 % dans les intentions de vote. «Je n'ai pas hésité à être candidat pour l'ADQ. J'y suis allé pour défendre mes convictions.»
La CAQ a reçu entre 800 et 900 candidatures depuis décembre dernier, a indiqué Luc Normandin, le coordonnateur du parti pour l'Estrie.
M. Normandin n'a pas voulu dire pourquoi la candidature de M. Gaudord n'a pas été retenue par la direction de la CAQ. Il n'a pas voulu non plus montrer le document envoyé par M. Gaudord. «C'est confidentiel. Comme l'est l'entrevue», a-t-il dit.
Un agent libre
Québec Solidaire s'est également mêlé à cette chicane pré-électorale. Par voie de communiqué, le candidat du parti politique dans la circonscription de Granby, Éric Bédard, a reproché à M. Gaudord de se magasiner un emploi. Le Parti libéral, écrit-il, a jeté son «dévolu sur un agent libre que personne d'autre n'a voulu».
M. Bédard a aussi trouvé prétexte dans cette chicane entre les candidats caquiste et libéral pour s'interroger sur ce que leur parti attend d'eux en terme de financement. Combien MM. Bonnarel et Gaudord devront-ils verser à leur formation politique pour se présenter à l'élection, se demande-t-il.
La Presse révélait cette semaine que les partisans de la CAQ doivent s'engager à trouver, par des activités de financement, des montants de 10 000 $ à 25 000 $ s'ils veulent être candidats.
M. Bonnardel a qualifié la nouvelle de «ridicule». Le député fait valoir que tous les candidats des partis sont tenus d'organiser des activités de financement. «Les candidats de tous les partis ont des objectifs de financement. Ils doivent amasser de l'argent. Ç'a toujours été comme ça», soutient-il, ajoutant qu'on «ne va pas à la guerre avec des fusils à l'eau.»
La CAQ fait face à un défi important en terme de financement, a dit M. Bonnardel, puisqu'elle n'a pas d'associations de circonscription. Habituellement, les activités de financement sont organisées par les associations. «On n'a pas eu assez de temps pour en créer», a-t-il dit.